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L’appui à la destitution de Donald Trump monte encore

L’appui à la destitution de Donald Trump monte encore
AFP

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Une semaine après l’annonce du déclenchement d’une enquête formelle qui pourrait mener à la mise en accusation et au procès en destitution du président Trump, l’appui au processus continue de grimper dans l’opinion publique américaine.  

Dès les premiers jours qui ont suivi l’annonce d’une enquête à la Chambre des représentants sur un certain nombre d’actions du président Trump présumées passibles de destitution, l’appui au processus a fait un bond significatif. Vendredi dernier, je relevais que les trois premiers sondages publics disponibles indiquaient une hausse de l’appui pour la mise en accusation et l’éventuelle destitution du président Trump. S’agissait-il d’un accident de parcours? L’offensive menée par le président et son équipe pour défendre l’appel téléphonique du président et attaquer le rapport du lanceur d’alerte qui a lancé l’affaire est-elle parvenue à renverser cette tendance à la hausse?  

Non. Les nouveaux sondages confirment que les démocrates du Congrès peuvent compter sur de solides bases d’appui dans l’opinion publique pour mener à bien leurs travaux.   

Un nouveau sondage Yougov indique qu’une majorité (55%) croit cette enquête nécessaire. Les perceptions de l’affaire ukrainienne sont généralement négatives mais partagées entre les partis. Par exemple, 72% considèrent les actions de Trump dans l’affaire ukrainienne comme illégales (41%) ou légales mais inappropriées (31%) alors que 28% (presque tous des républicains ou des supporters de Trump) y voient des activités normales.   

L’enquête pourrait potentiellement convaincre une partie des républicains. Parmi les républicains, 7% croient déjà que le président a posé des gestes inappropriés et 34% veulent voir les faits avant de se faire une idée. Par contre, 59% se disent déterminés à défendre leur président. Aussi longtemps qu’un bloc solide de républicains restera sur ses positions, les membres du Congrès qui se sentent vulnérables à une contestation interne de leur siège dans le cadre des primaires resteront fidèles au président Trump.  

Un sondage Quinnipiac a posé la question directe : «Croyez-vous que le président Trump devrait être mis en accusation (impeached) et destitué (removed from office)?» Le 25 septembre, 37% répondaient par l’affirmative et 57% disaient non. Après cinq jours de couverture intense de l’affaire ukrainienne, le 30 septembre, les deux réponses étaient à égalité (47%/47%).    

Un sondage Reuters/Ipsos mené du 26 au 30 septembre indique que 45% approuvent la mise en accusation formelle (impeachment) de Donald Trump, alors que 41% sont d’avis contraire. L’approbation a bondi de huit points depuis le sondage précédent d’Ipsos (24 septembre; 37% en faveur et 45% opposés). Près des deux tiers ont entendu parler de l’affaire ukrainienne, contre 48% lors du précédent sondage.   

L’appui est évidemment très partagé en fonction des partis. Seuls 13% des républicains sont en faveur alors que 14% des démocrates s’y opposent. Chez les indépendants, l’appui est égal (38%/39%). De tels chiffres pointent pour le moment vers un vote fondamentalement partisan qui assurerait une mise en accusation appuyée essentiellement sur des votes démocrates, ce qui destinerait le processus à l’échec au Sénat. Une poursuite de la tendance des appuis à la hausse pourrait toutefois brouiller les cartes.  

Le taux d'approbation de Trump suivra-t-il?  

Une autre question pertinente est de savoir si ce processus et la place qu’il occupe dans l’espace médiatique suffiront à ébranler sérieusement l’appui au président Trump. L’approbation du président Trump a été remarquablement stable pendant tout son mandat. L’indice composé basé sur l’ensemble des sondages publics oscille généralement entre 40% et 45%. On a noté chez certains sondeurs une baisse des taux d’approbation depuis l’enclenchement du processus de destitution (par exemple, selon Ipsos, ce taux était à 43% le 24 septembre et est passé à 39% quelques jours plus tard), mais il faudra encore une bonne semaine avant d’obtenir une image plus précise.  

Dans l’ensemble, il faudra porter une attention particulière surtout aux opinions des électeurs républicains et des indépendants. Si les premiers vacillent et perdent confiance envers le président Trump, on verra peut-être des représentants républicains reluquer vers un oui à l’impeachment. Si les indépendants abandonnent en masse le président, ce sont les sénateurs du parti de Trump qui pourraient commencer à sentir l’eau devenir un peu chaude et pourraient ouvrir la porte à la destitution. Même si ce scénario reste encore difficile à envisager, il est moins inconcevable qu'il ne l'était la semaine dernière.   

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM