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Face-à-Face: Trudeau forcé de se défendre sur l'environnement et les géants du web

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Le premier ministre sortant Justin Trudeau a dû défendre sa crédibilité en matière de lutte contre les changements climatiques et a dû s’époumoner à assurer qu’il a réellement l’intention de taxer les géants du web, mercredi, au premier débat des chefs fédéraux en français.  

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Le chef libéral a dit comprendre que plusieurs électeurs se soient sentis trahis par sa décision d’acheter les infrastructures de l’oléoduc Trans Mountain au coût de 4,5 milliards de dollars.   

«La transition ne se passe pas du jour au lendemain vers une énergie plus verte. Il faut vendre notre pétrole à d’autres marchés que les États-Unis», a dit M. Trudeau au cours du Face-à-Face 2019, diffusé sur les ondes de TVA et LCN.   

L’animateur Pierre Bruneau venait d’exposer au premier ministre que plusieurs électeurs ne lui font plus confiance sur le plan de l’environnement, même s’il s’était fait le défenseur de la lutte contre les changements climatiques.   

«Je comprends. Ça a été une décision difficile [d'acheter Trans Mountain]», a admis M. Trudeau tout en répétant que les profits générés après l’expansion de cet oléoduc permettraient de financer de nouvelles technologies vertes.   

«Mais ce n’est pas seulement ça, notre plan. On a mis une limite absolue sur les émissions de gaz à effet de serre de l’Alberta», a-t-il par ailleurs fait valoir.   

Le chef conservateur Andrew Scheer a sauté sur l’occasion pour attaquer M. Trudeau et détourner l’attention de son propre plan environnemental, vertement critiqué depuis son dévoilement en juin.   

TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

  

«Vous êtes un hypocrite sur la question de l’environnement, a-t-il lancé. Il y a seulement un chef, ici, qui a deux avions pour sa campagne, et c’est vous. Un pour vous et un pour vos costumes et vos canots. Vous êtes un faux écologiste.»  

En point de presse après le débat des chefs, M. Trudeau a souligné qu’il avait également utilisé deux avions lors de la précédente campagne électorale, en 2015.
  

M. Scheer a de nouveau vanté son idée de corridor énergétique pancanadien, mercredi, le qualifiant encore une fois de projet «gagnant-gagnant».  

  

TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

«Ce n’est pas gagnant, d’imposer un projet au Québec», a rétorqué le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh, qui n’a pas manqué d’écorcher aussi M. Trudeau au chapitre de l’environnement.  

Notons que M. Scheer a savamment évité d’expliquer, lors du débat, pourquoi il avait décidé de ne pas prendre part à la grande marche pour le climat qui a récemment eu lieu dans plusieurs grandes villes canadiennes comme Montréal.  

Les géants du web s'invitent au débat  

M. Singh a par ailleurs critiqué le chef libéral pour n'avoir rien fait «concrètement» afin de taxer les géants du web pendant ses quatre ans de premier mandat.  

«Maintenant, vous dites: “On va peut-être le faire.” Comment les gens peuvent-ils vous croire?» a-t-il demandé.  

M. Trudeau a répliqué qu'il avait honoré la promesse qu'il avait faite en 2015, de ne pas le faire, et que son équipe était en train de s'assurer que «tout le monde va maintenant payer la taxe de vente sur les services numériques».  

Il a fait valoir qu'il avait voulu avoir une approche coordonnée avec les partenaires internationaux du Canada, soutenant que c'était une façon responsable de prendre une telle décision.  

Aide médicale à mourir  

Plus tôt dans la soirée, M. Trudeau a dit avoir l’intention de réviser la loi sur l’aide médicale à mourir dans les six premiers mois d’un prochain mandat, s’il est reporté au pouvoir.  

Il s’est toutefois gardé de préciser de quelle façon il voulait revoir les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir. Aussi ne sait-on pas si un gouvernement libéral réélu éliminerait le critère de mort raisonnablement prévisible, que plusieurs jugent trop restrictif.  

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Par ailleurs, M. Trudeau a semblé ouvrir la porte à une éventuelle décriminalisation de toutes les drogues. Il a dit ne pas vouloir prendre cette avenue «tout de suite». Interrogé à ce sujet par les journalistes après le débat, M. Trudeau a précisé que l'idée de passer à l'action à ce chapitre n’était pas dans les cartons des libéraux pour un prochain mandat.  

La question de l'avortement a lancé le bal  

Les hostilités avaient auparavant été lancées avec une question délicate pour M. Scheer, sur le droit à l’avortement.  

Le conservateur a été forcé d’expliquer une énième fois sa position sur cet enjeu.  

«C’est important, pour les gens, de savoir personnellement si vous, Andrew Scheer, croyez que les femmes devraient avoir le choix», a lancé M. Trudeau.  

M. Scheer avait d’abord été forcé de répéter qu’il n’a pas l’intention de rouvrir le débat sur l’avortement s’il est porté au pouvoir le 21 octobre.  

AFP

Dans un premier échange à deux avec le bloquiste Yves-François Blanchet, M. Scheer est demeuré vague sur ses opinions personnelles et s'est limité à dire qu’il voterait contre toute proposition législative d’un de ses députés visant à ramener la question de l’avortement sur la table.  

«Il n’y a pas de changement de position là-dessus», a insisté le chef conservateur.  

«Rien n’a changé là-dessus sous l’ancien gouvernement conservateur, rien n’a changé sous l’actuel et rien ne changerait sous un futur gouvernement conservateur», a-t-il ajouté.  

Saisissant la balle au bond, M. Trudeau a soutenu qu’il comprenait l’intention de M. Scheer, de respecter le droit canadien, mais que cela n’était pas une réponse satisfaisante pour les électeurs canadiens.  

«La réalité, c’est que des gouvernements et des premiers ministres sont élus pour défendre la loi et parfois la changer», a-t-il fait valoir.  

«Vous cachez vos valeurs et convictions personnelles, M. Scheer», a-t-il ajouté à l’adresse de son adversaire.  

Pressé de questions sur le même enjeu par MM. Blanchet et Singh, le chef conservateur a maintenu sa ligne.  

«Il y a beaucoup de Québécois et de Canadiens avec beaucoup de différentes perspectives sur cette question. C’est normal dans une population de 33 millions de personnes [elle dépasse en fait 37,5 millions de personnes]», s’est-il toutefois avancé.  

Entre autres sujets qui se sont retrouvés sur le tapis mercredi soir figurait également l'éventuelle intervention du fédéral dans la contestation judiciaire de la loi québécoise sur la laïcité. M. Blanchet, bien entendu, a sommé ses adversaires de ne pas s’immiscer dans les décisions de l’Assemblée nationale du Québec.  

Justin Trudeau a maintenu ses lignes habituelles sur cette question. «Je ne vais pas fermer la porte, comme gouvernement fédéral, à défendre les droits des personnes, que ce soit les droits des communautés LGBT, des femmes, des minorités», a-t-il dit.