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Un présumé meurtrier se dépeint comme une victime

Selon Ugo Fredette, sa conjointe l’aurait d’abord attaqué avec un couteau dans la cuisine

Un présumé meurtrier se dépeint comme une victime
Illustration Delf Berg

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SAINT-JÉRÔME | Témoignant en sanglotant pour sa défense, Ugo Fredette s’est pratiquement présenté comme une victime des événements ayant mené à sa mise en accusation pour deux meurtres.

Vêtu d’un veston gris et d’une chemise noire, Fredette a livré sa version des faits mercredi, au palais de justice de Saint-Jérôme, devant une salle bondée.

Véronique Barbe et Ugo Fredette.
Photo Facebook
Véronique Barbe et Ugo Fredette.

L’homme de 43 ans a raconté au jury les circonstances ayant mené à la mort de sa conjointe Véronique Barbe, dans leur maison de Saint-Eustache, le 14 septembre 2017.

Il a affirmé avoir tué la victime lors d’une chicane houleuse, après que celle-ci l’eût attaqué avec un couteau dans la cuisine.

D’après lui, la femme mesurant 5 pi et 4 po aurait également essayé de le « garrocher dans les marches », en plus de le menacer de le « faire coffrer par la police ».

Le couple vivait des moments difficiles dans les semaines précédant le drame et voyait un thérapeute. La femme de 41 ans voulait rompre et vendre la maison, ce à quoi l’accusé s’opposait.

Il était très amoureux de sa conjointe, avec qui il était en symbiose sur le plan sexuel.

« Véronique était très très chaude. Je n’ai jamais été capable de lui dire non », a-t-il dit.

Fredette a indiqué au jury ne pas se souvenir des gestes qu’il a posés à l’endroit de sa conjointe le jour du drame, à l’exception d’un coup de couteau sur le balcon.

L’accusé dit avoir des flashs de sa conjointe dans une mare de sang dans leur cuisine.
Photo courtoisie de la cour
L’accusé dit avoir des flashs de sa conjointe dans une mare de sang dans leur cuisine.

« C’est un flash, je vois Véronique couchée sur le dos dans la cuisine, avec un couteau dans la poitrine, et il y a plein de sang », a-t‐il relaté.

La victime a été poignardée à 17 reprises, selon le pathologiste.

L’accusé a fui avec un enfant de six ans ayant assisté à la scène d’horreur.

« Tout ce que j’ai comme image, c’est Véronique couchée dans le sang. Ça me hante, ça me dégoûte, je l’aimais, ma blonde », a répété Fredette durant son témoignage larmoyant.

Panique

L’accusé s’est ensuite arrêté dans une halte routière de Lachute pour aller faire ses besoins dans un boisé, laissant l’enfant seul dans le véhicule.

À son retour, il a paniqué en voyant que le jeune n’était plus dans le camion F250.

Un couteau ensanglanté a été retrouvé dans l’évier de la cuisine.
Photo courtoisie de la cour
Un couteau ensanglanté a été retrouvé dans l’évier de la cuisine.

Fredette aurait alors aperçu un aîné qui tirait l’enfant par les bras, semblant tenter de le faire monter dans son véhicule.

« J’ai l’impression qu’il va se faire enlever. J’ai dit au monsieur de [le] lâcher en l’agrippant par le collet. Il m’a donné un coup, ça a brisé mes lunettes, j’ai engagé le combat », a-t-il résumé, répétant qu’il ne voulait que protéger l’enfant.

Dans la bagarre, le quadragénaire a projeté l’homme de 71 ans au sol.

« J’ai entendu un bruit sourd, comme un craquement. Il n’y a eu aucun mouvement après ça, le monsieur ne bougeait plus, il était inerte, il ne respirait pas », a-t-il noté.

Ne voulant pas « le laisser à terre », Fredette est allé déposer le corps d’Yvon Lacasse dans un boisé, où il a été la proie d’animaux sauvages.

« Ça n’avait pas de bon sens que [l’enfant] voie tout ça. [...] Il [l’aîné] était raide quand je l’ai pris. Dans ma tête, il était décédé », a affirmé l’accusé.

La dépouille de M. Lacasse a été retrouvée six jours plus tard, en état de putréfaction.

Taser

Après une cavale de 24 heures, Fredette a été arrêté par des policiers ontariens.

« Je souffrais tellement en dedans. Ce serait tellement plus facile de me faire abattre. Je voulais juste qu’il me tire une balle dans la tête. Le policier a été plus bright, il a utilisé son Taser à la place », a-t-il décrit.

La défense tente de convaincre le jury de condamner Fredette pour deux homicides involontaires, arguant que celui-ci n’avait pas l’intention de tuer qui que ce soit.

Pour la Couronne, il s’agit plutôt de deux meurtres prémédités, car Fredette n’acceptait pas la rupture avec sa conjointe.


♦ Le procès présidé par la juge Myriam Lachance se poursuit vendredi.

 

Ce que l’accusé a dit

« J’avais beaucoup de colère accumulée. C’est clair que les fils se sont touchés, le chaudron a explosé. »

« J’étais incapable de dire non à Véronique. J’étais accroché à Véronique­­­­. Je ne veux pas d’autre fille dans ma vie. »

« J’ai vu que [l’enfant] avait les paumes des mains ensanglantées. J’ai tout de suite repensé au monsieur [Lacasse]. C’est peut-être juste le sang qu’il regardait dans ses mains. J’ai honte de moi, j’ai plein de regrets. Je trouve ça dégueulasse. »

« J’ai conduit jusqu’à ce que je voie des indications pour Ottawa. Là, j’ai allumé. J’ai demandé à [l’enfant] : “Est-ce que ça te tente d’aller voir les plus grandes chutes du Canada [à Niagara] ?” Je voulais le gâter une dernière fois. »

« Encore aujourd’hui, j’ai des visions d’horreur de tout ce qui s’est passé. »