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«C’est la maison des fous»

Plus de 90 % des entrepreneurs jugent que la situation a empiré depuis cinq ans

Nicolas Girouard,
Photo Francis Halin De plus en plus d’entrepreneurs en construction veulent délaisser le Québec pour l’Ontario pour fuir notre bureaucratie. C’est ce qu’affirmait, hier, le président fondateur des Projets de Nicolas, Nicolas Girouard, photographié ici sur un chantier, à Montréal.

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« Enfer », « bordel », « maison des fous »... les entrepreneurs en construction comme Nicolas Girouard en ont ras-le-bol de la paperasserie de l’État, qui a explosé depuis cinq ans, révèle une enquête inédite de l’industrie.

« C’est le syndrome de la mouche à chevreuil. Quand tu en as une qui te tourne autour, ça va. Mais quand tu en as dix ou douze autour de toi, ça ne va plus », déplore Nicolas Girouard, président fondateur de la PME montréalaise de rénovation résidentielle Les Projets de Nicolas.

Comme lui, plus de 90 % des entrepreneurs en construction estiment que la bureaucratie s’est alourdie ces cinq dernières années, révèle une enquête de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

Formulaires à n’en plus finir, amendes salées, lourdeurs gouvernementales... les patrons d’entreprises sont à bout de souffle. D’autant plus qu’en construction, plus de 85 % des compagnies ont moins de cinq salariés et sont à court de ressources.

« Au cours de nos entretiens, une entreprise de moins de quatre employés nous a confié qu’elle consacre de 30 % à 50 % du temps d’un employé pour interagir avec les différents paliers gouvernementaux », partage François Vincent, porte-parole de l’APCHQ, qui représente plus de 18 000 entreprises.

Au pays, le coût de la réglementation imposée aux très petites entreprises de moins de cinq employés est de 6683 $ par employé, selon une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) de 2015, reprise par l’APCHQ dans son enquête.

« C’est l’enfer »

Pour Nicolas Girouard, qui doit gérer une dizaine d’employés, la paperasse est devenue un véritable fléau.

« C’est l’enfer. C’est un bordel complet d’avoir diverses instances gouvernementales qui ne se parlent pas », martèle-t-il.

Revenu Québec (RQ), Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), Régie du bâtiment du Québec (RBQ), Commission de la construction du Québec (CCQ)... lui prennent un temps fou au quotidien.

Mais ce qui choque le plus Nicolas Girouard, c’est qu’il doit « enquêter » sur ses sous-traitants, une tâche qu’il ne devrait pas avoir à faire, selon lui.

« Le nec plus ultra de l’absurdité, c’est lorsque je dois, comme entrepreneur, m’assurer qu’un sous-traitant est en norme. Je dois faire la job de Revenu Québec. Je dois jouer à la police pour m’assurer qu’ils ont les papiers qu’il faut. C’est une aberration », souligne-t-il.

Résultat, l’entrepreneur voit de plus en plus de ses amis d’autres compagnies abandonner le navire. Excédés par la lourdeur bureaucratique qui gruge leurs journées, ils accrochent les patins et disent adieu à leur rêve d’entrepreneur, soutient-il.

« Plusieurs de mes collègues ont décidé de laisser tomber l’entrepreneuriat pour retomber salarié, pour être seul avec leur camion. C’est lourd. C’est vraiment lourd », conclut-il, avant de dévaler les escaliers vers le sous-sol pour reprendre le travail.