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Des téléspectateurs en classe «sardine»

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Quand on n’est pas riche et qu’on doit voyager par avion, il faut le faire en classe « sardine ». En télévision, si on veut tout regarder, il faut avoir les moyens de s’offrir la première classe.

Au début de la télévision, on était tous en première classe si on habitait dans le rayon d’un transmetteur de la télé d’État. Même chose pour la télé privée. Pour peu qu’on soit à distance raisonnable du transmetteur de Télé-Métropole, Jean et Janette ou Cré Basile entraient comme chez eux dans nos salons. En région, c’est à peine si ces vedettes parvenaient à traverser des écrans de télé enneigés.

Quelques années après, les Québécois de la campagne et des villes éloignées ont pu regarder les mêmes émissions qu’à la ville, pourvu qu’ils paient quelques dollars chaque mois pour le câble. Ils furent les premiers téléspectateurs à devoir payer pour la télévision. Petit à petit, des milliers de citadins acceptèrent de payer un abonnement au câble, eux aussi, afin d’avoir une plus belle image sur leurs téléviseurs.

À l’exception de ces téléspectateurs câblés, personne ne déboursait un sou pour la télé. J’excepte, évidemment, les quelques dollars d’impôt sur le revenu qu’Ottawa prélevait et prélève toujours pour Radio-Canada. C’était le bon temps. On regardait tout gratuitement : le hockey, la boxe, le baseball, Le sel de la semaine, Les beaux dimanches, etc., etc.

LES CHAÎNES SPÉCIALISÉES

C’était trop beau. Dans les années 1980, les chaînes spécia­lisées sont arrivées. Petit à petit, il a fallu payer chaque mois pour des émissions qu’on avait l’habi­tude de voir pour rien. Radio-Canada

a même laissé partir les Canadiens de Montréal pour RDS, une chaîne payante, trahissant ainsi les centaines de milliers de fidèles de La Soirée du hockey.

La télé d’État n’allait pas s’arrêter en chemin. Depuis, par le truchement du câble ou de l’internet, elle fait payer chaque mois pour une information plus « complète », pour des émissions plus « culturelles » ou pour des documentaires plus « percutants ». Elle fait même payer pour ses nouvelles séries. Si on veut les voir sans publicité, il faut encore allonger quelques dollars par mois et s’abonner à Tou.tv Extra.

À moins d’avoir le service Hélix dans lequel est inclus le Club illico, ne pas s’y abonner, c’est oublier d’excellentes nouvelles séries qu’on verra plus tard à TVA. C’est se priver de nombreux films qu’on n’a pas vus encore ou qu’on voudrait revoir.

FAIRE PARTIE DE L’ÉLITE

Mais ce n’est pas fini. Pour vraiment faire partie de l’élite des téléspectateurs, il en faut davantage.

Le téléspectateur à la page ne saurait se passer de Netflix, qui ne recule devant rien pour l’appâter. Les 500 millions $ sur cinq ans promis à Mélanie Joly il y a trois ans sont déjà dépensés. Pour l’instant, les initiatives québécoises sont assez minces, mais Stéphane Cardin, l’homme à tout faire de Netflix au Canada, promet d’inscrire plusieurs productions québécoises au répertoire du géant, en plus du long métrage avec Réal Bossé et Marc-André Grondin et du spectacle de Martin Matte.

Les téléspectateurs « élite » voudront enfin ajouter à leur menu Crave, Apple TV, Amazon Prime, Disney+ et les autres à mesure qu’ils deviendront accessibles.

Que restera-t-il bientôt de la télévision gratuite pour la classe sardine ? Juste de vieilles reprises ?