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Joker: un grand film

Joker
Photo courtoisie

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Les studios DC et Warner ont enfin trouvé leur voix. Et elle est rugissante.  

S’attaquer au Joker, ennemi emblématique de Batman, 11 ans après Christopher Nolan et Heath Ledger, semblait inutile. Et pourtant! En livrant ce Joker aux allures de Taxi Driver de Martin Scorsese – pour ne souligner qu’une seule des multiples références cinématographiques –, le scénariste et réalisateur Todd Phillips, brillamment soutenu par un Joaquin Phoenix hallucinant, prouve que septième art et commentaire social sont, plus que jamais, nécessaires.   

Dans le Gotham décrépit du début des années 1980, Arthur Fleck (Joaquin Phoenix, dont la nomination aux Oscars semble assurée) tente de survivre. De jour, il fait le clown. De nuit, il tente de percer comme humoriste. Funambule naviguant maladroitement sur la mince frontière qui le sépare de la folie, Arthur cherche ses repères et essaie de ne pas sombrer. Battu par des inconnus, humilié par son idole – le présentateur Murray Franklin (Robert De Niro) – et trahi par sa mère (Frances Conroy), il se laissera posséder, avaler par ses hallucinations (portez attention à tous les détails, incluant les horloges) pour devenir ce personnage schizophrène qui cristallise toute la rancœur et la violence de la population de Gotham.   

Tant Todd Phillips que Joaquin Phoenix se sont défendus, lors de la présentation du film à Venise où ils ont raflé le Lion d’or du meilleur film, de vouloir faire du Joker une œuvre politique. Mais le parallèle entre le destin du Joker et celui de la génération X est évident. Dans ce Gotham croulant sous les ordures – au sens littéral et figuré du terme –, l’espoir n’est pas de mise, Wall Street a fait ses premiers ravages et le Joker ne commence à devenir lui-même qu’en tuant trois employés de la compagnie d’investissement des entreprises Wayne. Évidemment, la révolte des 99% – traités de «clowns» par les riches – est brûlante d’actualité, tout comme cette absence de foi en un avenir meilleur et cette violence omniprésente, prête à éclater en un instant sous un prétexte fallacieux ou non.   

Tout en conférant au Joker des allures de parabole sociale, Todd Phillips et Joaquin Phoenix ne s’éloignent pas des thèmes chers aux «comics». Prédestination, victime expiatoire et destin messianique sont autant d’éléments que les fans retrouveront, rendant détonante la juxtaposition des deux lectures.   

Joaquin Phoenix disparaît dans son personnage, l’acteur désarticule son corps émacié pour livrer une performance physique de pantin au masque halluciné de commedia dell'arte, dansant, comme une marionnette privée de ses fils, sur des classiques détournés de Frank Sinatra, Jimmy Durante, Tony Bennett et surtout sur le Rock and Roll, Pt. 2 de Gary Glitter. Cavalier de l’apocalypse, prophète du chaos, Arthur Fleck scelle ainsi son destin et celui de Bruce Wayne, futur Batman.   

Éclatant de cynisme et d'une brutalité élégante, névrosé et lucide, d’une rare beauté dérangeante, ce Joker est un grand film, ne vous y trompez pas. Et non, Joker n’est pas un film pour enfants... ni même pour ados.     

  • Note: 4,5 sur 5