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«Carmina Burana» aux Grands Ballets: le cycle de la vie

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 MONTRÉAL – Pas question de se prendre les pieds dans le passé! «Carmina Burana», musique créée au 20e siècle par Carl Orff, a été revisitée de façon résolument moderne par le chorégraphe roumain Edward Clug pour souligner l’ouverture de la 62e saison des Grands Ballets canadiens, jeudi, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 

 Soir pluvieux d’octobre oblige, les toux et les éternuements des spectateurs ont accompagné les premiers mouvements saccadés des 36 danseuses et danseurs vêtus de simples costumes noirs et rouges. Les gestes brusques ont pris tout leur sens lorsque les premières notes d’«O Fortuna», célèbre pièce d’introduction de «Carmina Burana» qui a su se frayer un chemin dans la culture populaire, ont été lancées par les 70 musiciens de l’Orchestre des Grands Ballets, les 40 choristes et les trois solistes Aline Kutan, Spencer Britten et Dominique Côté dirigés par la dynamique Dina Gilbert. Et c’était parti! 

 Point d’ancrage de l’intelligente chorégraphie de Clug, la figure du cercle a ponctué les allées et venues des artistes comme liés par des fils invisibles. Entre courses et fuites, le centre de la scène – surplombée d’ailleurs d’un énorme anneau en mouvement – semblait évoquer attirance, mais aussi répulsion, aux danseurs. Un cercle comme une roue qui tourne, comme la vie qui va, immuable. Et par la force du nombre, les plus petits gestes ont pu prendre une impressionnante puissance, devenant même magnifiques lorsque le ténor canadien Spencer Britten s’est mêlé à la compagnie le temps de pousser quelques notes. 

 Le mouvement «O Fortuna» a résonné à nouveau, annonçant la fin du spectacle, du cycle. Malgré une grande précision dans le geste, certains danseurs ont parfois un peu moins rigoureusement suivi l’unité primordiale à la chorégraphie. Ce qui aurait facilement pu devenir une faille s’est par contre mué en représentation juste de l’humain: fort, beau, parfois faillible. Boucle joliment bouclée. 

 «Stabat MATER»: belle entrée en matière 

 Ceux qui n’avaient pas eu la chance de voir l’oeuvre du baroque italien «Stabat MATER» de Pergolèse en 2017, première collaboration d’Edward Clug avec Les Grands Ballets, ont pu combler leur curiosité avant de voir «Carmina Burana». 

 Avec adresse, les danseurs ont rendu cette exploration de la douleur de la Vierge Marie remise au goût de jour. Présentant deux entités distinctes – les femmes vêtues en blanc et les hommes de noir –, la chorégraphie a mis en lumière de belle façon l’ingéniosité de Clug. Mention spéciale à l’image d’une dame enceinte de la tête d’un homme, efficace évocation de l’implication de donner la vie, et du lien irréductible entre une mère et son enfant. Excellent! 

 «Carmina Burana» et «Stabat MATER» des Grands Ballets canadiens de Montréal sont présentés jusqu'au 19 octobre à Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.