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Est-ce qu’on en fait assez pour les hommes en détresse?

Est-ce qu’on en fait assez pour les hommes en détresse?
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Tandis que se déroulent ces jours-ci les procès de Maxime Labrecque et de Ugo Fredette, tous deux accusés d’avoir assassiné leur ex-conjointe avec une violence inouïe, je me demande si on en fait assez pour aider les hommes en détresse au Québec.   

L’institut national de santé publique du Québec est formel : même si le taux d’homicide conjugal est à la baisse, la majorité des homicides conjugaux sont commis par des hommes à l’endroit de femmes. Et l’homicide à l’endroit de la conjointe se commet le plus souvent dans la période entourant une rupture initiée par la conjointe. Pourquoi? À cause de la possessivité, de la jalousie, de la frustration, du soupçon d’infidélité, du refus de la séparation, de l’anticipation du rejet, du sentiment d’abandon et du désespoir mal canalisés par certains hommes lors d’une séparation.    

J’ai invité Patrick Desbiens, président du Réseau Maisons Oxygène et codirecteur de l’organisme Homme Aide Manicouagan, à venir discuter à mon émission de la détresse psychologique que peuvent éprouver certains hommes lorsqu’ils traversent une rupture amoureuse. C’est qu’il en a vu passer, des hommes en détresse, dans son bureau, au fil des ans. M. Desbiens est catégorique : souvent, les hommes attendent trop longtemps avant de demander de l’aide. Et c’est à cause de la masculinité toxique. On élève les garçons à ne pas pleurer, à ne pas montrer leur sentiment. Ils doivent se montrer forts, en contrôle. C’est pour cette raison que les hommes hésitent à débarquer à Oxygène pour demander des ressources.    

Maintenant qu’on a dit ça. Est-ce que tous les hommes en détresse commettent des gestes violents? NON. Est-ce que tous les hommes en détresse finissent par tuer leur ex-conjointe? NON. Sauf qu’on ne peut pas nier que certains hommes, entrainés dans une spirale sans fin de tristesse, de jalousie et de colère en viennent à commettre l’irréparable.    

Que ce soit Maxime Labrecque, Ugo Fredette ou encore Anthony Pratte-Lops, accusé du meurtre de Daphné Huard-Boudreault, tous ont un point en commun. Tous ont montré des signes d’instabilité psychologique, de détresse et de colère. Oh, ça ne les excuse pas, loin de là. Parce que rien, rien, ne justifie de commettre de tels gestes. Mais je me demande où étaient les gens. Où étaient leurs proches, que faisait la police? Pourquoi on n’a pas orienté ces hommes visiblement violents, en détresse et désorientés vers des ressources d’aides? Parce qu’il y en a peu. Et qu’on est encore très hésitants à regarder en face la détresse et la violence dont sont capables des hommes poussés jusque dans leurs derniers retranchements.   

Et il y a pire. Au lieu de mettre en place des mesures concrètes pour empêcher les homicides conjugaux de se produire à la pelle comme c’est le cas en ce moment au Québec et au Canada, on essaie d’expliquer ces meurtres en analysant le comportement des victimes.    

C’est d’ailleurs ce que s’évertue à faire l’avocat de la défense d’Ugo Fredette et la famille de l’accusé qui, depuis le début des procédures, essaient de faire passer Véronique Barde pour une folle hystérique et une perverse sexuelle.    

Hey c’est tu juste moi où l’argument selon lequel l’agresseur a été poussé à bout par sa victime, on en a vraiment soupé? Peu importe ce qu’a fait Véronique Barde, elle ne méritait certainement pas de finir assassinée des mains de son ex.    

Je peux pas croire qu’on est encore là-dedans, qu’on est encore en train de plaider de crime passionnel et qu’on essaie de sous-entendre que les victimes sont des crisses de folles aux mœurs légères qui ont poussé leurs pauvres chums transis d’amour pour elles à bout.    

Rappelez-vous l’affaire Guy Turcotte. Sa femme, Isabelle Gascon, était partie en fin de semaine de ski avec son nouvel amoureux lorsque le médecin a poignardé leurs deux enfants. Et bien il y en a eu pour dire qu’elle l’avait cherché, qu’elle avait juste à rester pour s’occuper des petits ou encore qu’elle avait poussé le bon docteur à bout en étant infidèle auparavant. Pouvez-vous croire ça?   

Même affaire pour la petite Daphnée Huard-Boudreault. On a remis ses moeurs en question en expliquant que hey, c’était peut-être bien juste une petite dévergondée qui avait poussé son chum à boutte en le niaisant finalement. Souvent, on cherche à prendre la victime en défaut, on cherche à attaquer sa vertu, à remettre en question son mode de vie afin de minimiser le geste meurtrier ou la violence conjugale. Je veux dire même si une femme trompe son conjoint, même si elle a un caractère bouillant, même si elle s’habille en mini-jupe, aucune raison ne justifie qu’elle soit assassinée parce que monsieur a un effondrement narcissique et ne peut plus gérer son ego blessé.   

Quand un homme tue sa conjointe, quand un homme s’en prend à ses enfants, ce n’est rien d’autre que de la violence et une prise de pouvoir suprême et malsain. Arrêtons d’appeler ça un drame familial ou conjugal. C’est un crime point. Arrêtons de nier la détresse des hommes, arrêtons de faire comme si tout allait bien aller et regardons le problème en face. La majorité des homicides conjugaux sont précédés de violence conjugale. Que faisons-nous? Où étions-nous quand Daphné ou Véronique ont appelé à l’aide? Nulle part. On leur a dit de rappeler plus tard, que ce moment d’attente était bien involontaire de notre part, mais que ça prenait des faits concrets pour intervenir. C’est juste plate que les faits concrets se soient transformés en 30 coups de couteau ou une femme gisant, étranglée, sur le plancher de sa cuisine.   

Geneviève Pettersen anime Les Effrontées, tous les jours en semaine de 13 h à 15 h sur QUB radio .