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Étienne Dano: l'homme derrière l'humoriste

Étienne Dano: l'homme derrière l'humoriste
Photo Agence QMI, Dominick Gravel

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Étienne Dano évolue dans le milieu de l’humour depuis déjà 10 ans. Pourtant, on en sait bien peu à son sujet. Il nous parle de ses débuts, de sa passion pour le métier et d’une période plus sombre de son passé.

Étienne, comment est née ton envie de devenir humoriste?

Je devais avoir 11 ans. Mes parents m’ont emmené voir Daniel Lemire à l’Olympia. J’avais beau ne pas comprendre la moitié des blagues — parce que c’était très politisé —, il s’est quand même passé quelque chose. Je me suis alors demandé comment on faisait pour se retrouver sur scène pour faire rire les gens. Au fond de moi, ç’a vite été clair: c’était ce que je voulais faire plus tard. J’étais gêné de le dire, parce que j’avais l’impression que ce n’était pas un métier, mais j’ai gardé ce rêve bien présent en moi.

As-tu tenté ta chance à l’École nationale de l’humour?

Oui, j’ai essayé de faire les auditions en 2002 et en 2003 mais, les deux fois, je n’ai pas été accepté. Je l’ai mal pris, parce que je pensais que c’était un passage obligé pour faire ce métier. Mais, finalement, j’ai réalisé que deux humoristes dont j’aimais beaucoup le travail, Patrick Groulx et Réal Béland, n’avaient pas fait l’École nationale de l’humour (ENH) et avaient tout de même de belles carrières. J’ai donc recommencé à y croire. Je m’y suis mis plus sérieusement et j’ai commencé à présenter des spectacles dans les bars.

Comment définirais-tu ton humour?

Je pense que je suis très humain dans ma façon de faire rire les gens. Et surtout, je reste moi-même. Je n’ai pas vendu des millions de billets pour mon premier spectacle, mais des gens revenaient me voir parce qu’ils avaient l’impression de me connaître, de retrouver un vieux chum. Ça m’a fait plaisir.

Le fait de ne pas avoir fait l’ENH t’a-t-il donné le syndrome de l’imposteur?

Je l’ai eu pendant longtemps, oui. Puis, en 2010, j’ai participé à un projet pour Artv. Un prof de l’ENH était là, et il m’a demandé en quelle année j’avais gradué de l’école. Je l’ai remercié, car c’était comme si cet homme venait de me donner mon diplôme. Il m’avait vu à l’oeuvre à quelques reprises durant le tournage et il croyait que j’avais été formé à l’école de l’humour. Ça m’a débarrassé de toutes mes inhibitions et de mon sentiment d’imposteur.

Tu travailles maintenant à ton troisième spectacle, n’est-ce pas?

Oui. J’ai autoproduit mon deuxième spectacle, pour lequel j’ai fait une cinquantaine de représentations, et je suis en train d’écrire le prochain. Mais je ne veux pas le sortir trop vite, parce que je veux qu’il soit encore plus à mon image que les précédents et qu’il décrive bien où je suis rendu dans la vie. J’ai eu un enfant, et ça change beaucoup ma vision de ma propre vie!

As-tu déjà songé à faire un autre métier?

Non. Je roule ma bosse en humour depuis 10 ans. Je fais plein de choses, comme des spectacles corporatifs, de la radio et des chroniques à la télévision, alors je réussis à bien gagner ma vie. C’est certain que je n’ai pas la carrière de Louis-José Houde, qui est un modèle pour moi, mais je suis heureux dans ce que je fais.

Étienne Dano: l'homme derrière l'humoriste
Photo Agence QMI, Dominick Gravel

À quoi ressemble ta vie en dehors de l’humour?

Je suis un gars assez «low profile»... Je suis né à la campagne et j’ai besoin du calme qu’on y trouve. J’habite dans le bois, mais je suis probablement le seul gars du voisinage qui n’a pas de tracteur ou de «chainsaw»! (rires)

Tu as mentionné être papa depuis peu. Comment vis-tu ce nouveau rôle?

Ma petite Stella a cinq mois et elle me comble de joie! J’aime mon rôle de père, c’est merveilleux. Cela dit, ç’a été plutôt rock’n’roll cet été, parce que je faisais de la radio tôt le matin. Heureusement, ma blonde a assuré pendant cette période un peu folle. Elle m’a permis de gagner quelques heures de sommeil! Je lui dois beaucoup: je n’aurais pas passé au travers sans elle.

En plus de ton troisième one-man-show, tu prépares un spectacle-conférence à propos de ta dépendance au jeu. Que peux-tu nous dire à propos de ce projet?

J’ai eu une forte dépendance au jeu il y a quelques années et, durant ma thérapie, ma thérapeute m’a proposé de faire un numéro sur le sujet. Le projet a fait boule de neige!

Comment se traduisait ta dépendance au jeu?

Tout a commencé avec les loteries de sport. Quand j’étais ado, ma mère me donnait 5 $ par jour pour manger à la cafétéria, mais je gardais une partie de cet argent pour acheter des Mise-o-jeu et faire des prédictions sur le hockey. J’avais alors 13 ans. Puis, à 18 ans, j’ai découvert le casino et les bars et, au début de la vingtaine, j’ai commencé à jouer vraiment plus sérieusement au poker et à la roulette. J’ai fait une première thérapie à 24 ans, mais ça n’a pas fonctionné. J’en ai fait une deuxième à 31 ans. Malgré deux ou trois rechutes au début, ça fait maintenant huit ans que je suis sorti de tout ça.

À quel moment as-tu compris que ça n’allait pas?

Après avoir tout perdu. Je n’avais plus d’argent pour payer mon loyer, plus aucune porte de sortie. À cette époque, le poker était très populaire, et je voulais devenir une star du poker. Si je misais 100 $ et que je perdais tout, il n’était pas question pour moi d’arrêter ça là. Je misais encore et encore, jusqu’à me ruiner. Ç’a été difficile pour moi de l’avouer à mes parents et à ma blonde...

Te sens-tu à l’abri de tout ça, aujourd’hui?

Non, parce qu’à chaque coin de rue il y a un bar avec des machines à sous ou un dépanneur qui vend de la loterie. J’attends en ligne pour payer de l’essence, et le caissier me demande si je veux acheter de la loterie! Alors, j’ai beau avoir travaillé sur moi... c’est quand même présent partout. C’est un mal qui touche de nombreuses personnes, et, pourtant, on parle peu de ce type de dépendance. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’en parler ouvertement, afin de briser les tabous.

On pourra voir Étienne Dano dans «Trait d’humour», le 4 octobre à 22 h, à Unis TV, ainsi que dans le Gala ComediHa! de Pierre Hébert, le 29 novembre à 21 h, à Radio-Canada. Étienne est un des porte-paroles de la Semaine des maisons des jeunes, qui se tiendra du 14 au 20 octobre. Pour suivre ses activités: etiennedano.com.