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Faisons une place pour la famille en politique

Faisons une place pour la famille en politique

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Le Bureau de l'Assemblée nationale (BAN) s'apprête à lancer une vaste consultation auprès des élus et des membres de leur personnel pour mieux comprendre leurs défis en matière de conciliation travail politique-famille. Enfin!  

Depuis l’élection du gouvernement caquiste, il y a une chose qui me réjouit tout particulièrement: on parle davantage des défis de la conciliation travail famille en politique. 

Il faut dire que Véronique Hivon en parle depuis un moment déjà. Lors de la course à la direction du Parti Québécois de 2016, elle avait proposé plusieurs idées : régime d’assurance parentale pour les élues, un système de député parrain/marraine pour garder le fort durant leur absence, des visioconférences pour les commissions parlementaires, halte-garderie, journées complètes de fin de semaine à la famille.  

J’ai discuté de la question avec le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Je voulais avoir son de cloche sur ces enjeux.  

«Je porte deux chapeaux. Celui de ministre de la Famille et celui de jeune père de famille». Vous vous souvenez de ses enfants qui lui sautent dans les bras lors de son assermentation ? Être papa fait clairement partie de son brand politique.

L’image, c’est bien, mais à quand du concret? «Quand je suis entré en poste, j’ai été surpris de constater à quel point c’est difficile de concilier la famille et la politique. Et dans les dernières années, il y a eu beaucoup de délais, de rendez-vous manqués dans ce dossier [...] Maintenant, il faut que ça bouge. Avec le cercle des jeunes parlementaire, je souhaite qu’on accélère le processus». 

La vice-première ministre étant enceinte de son deuxième enfant, la question du congé parental refait surface. Les élues n’ont pas droit au RQAP. En fait, elles peuvent s’absenter comme elles le souhaitent, en touchant leur plein salaire. Vous comprendrez que la pression est plutôt du bord de demeurer en poste. Les élues municipales ont quant à elle obtenu leur congé parental en mai 2016, grâce à un projet de loi déposé par Carole Poirier. 

Cela nous concerne tous. Pourquoi? Si l’on veut des politiciens qui nous ressemblent, il faudra que leur vie ressemble un peu à la nôtre. Il faudra que des jeunes parents et davantage de femmes fassent partie du lot.  

Rythme de vie 

Généralement, un député est à Québec du mardi au jeudi. Les ministres partagent leur temps entre leur cabinet, situé au ministère, et l’Assemblée nationale, où ils seront questionnés par les oppositions, trois fois par semaine, et où ils feront cheminer des projets de loi en commission parlementaire.  

Lorsque l’Assemblée siège, les élus et leurs équipes arrivent au bureau autour de 7h. Souvent, ils ont déjà lu les revues de presse. Ils seront «briefés» par l’attaché de presse avant de se présenter à leur caucus vers 8h30, passant à travers l’épreuve des scrums.  

Du vendredi au lundi, c’est le travail en circonscription : activités, terrain, cas de comtés, entrevues avec des médias. Ils sont aussi parfois ailleurs au Québec, pour procéder à des annonces, à des consultations, etc. Parfois, il y a même des commissions parlementaires le lundi ou le vendredi. Et je ne vous parle pas des semaines intensives... et des baillons. 

En plus de ses fonctions de ministre de la Famille, Mathieu Lacombe est aussi responsable de la région de l’Outaouais. Malgré cela, il a fait le choix de vivre à Terrebonne, pour être proche de ses parents qui lui donnent un coup de main.  

Les enfants d’abord.  

Je ne peux qu’être en accord avec cela. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’occuper de son comté, de sa région. On peut organiser les choses de façon à remplir ses fonctions tout en faisant passer le bien-être des enfants en premier.  

Lorsque je travaillais en politique, les députés qui ne vivaient pas dans leurs circonscriptions pour des raisons familiales étaient terrorisés à l’idée que cela sorte dans les médias. Le fait que le ministre de la Famille l’assume pleinement et publiquement est une bonne affaire. Le tabou est brisé.  

Une garderie à l’Assemblée nationale? 

De tout temps, quand je demandais pourquoi il n’y aurait pas de service de garde pour les élus et le personnel politique, on me répondait que si les élus s’attribuaient un tel privilège, les citoyens qui peinent à trouver une place dans un service de garde seraient mécontents.  

J’ai posé la question directement au ministre, à savoir s’il était favorable à la mise en place d’une garderie à l’Assemblée nationale. Il m’indique que oui, mais il met des bémols : «Il y a plusieurs défis. Ça peut avoir l’air facile comme ça, mais on doit se demander s'il y aura assez d'enfants, si les gens vont vraiment l’utiliser».  

Il faut bien commencer quelque part, non? 

J’ajoute que les élus, tous partis confondus, voient généralement la chose en ne considérant que les collègues députés et ont tendance à oublier les centaines d’employés qui partagent les mêmes horaires et lieux de travail qu’eux. 

Visiblement, il semble que Jacques Chagnon et Michel Bonsaint ne s’intéressaient pas assez à la question, puisque à la fin des ambitieux travaux de rénovation et bonification de l’Assemblée nationale, aucun espace n’a été prévu pour une garderie ni même une halte-garderie. Malheureusement, faire une place à la famille ne fera pas partie de leur héritage.  

Et l’opinion publique? 

Sommes-nous prêts à accepter que les députés sont des humains, qu’ils ne vivront peut-être pas toujours dans leur circonscription? À l’heure du télétravail, je pense que n’importe quel député est capable de très bien servir ses citoyens tout en bénéficiant d’une certaine flexibilité. «L’idée ce n’est pas de se donner des privilèges, mais d’attirer plus de jeunes en politique», explique Mathieu Lacombe.   

Rendre l’Assemblée nationale et le travail politique plus family friendly, c’est l’un des moyens pour obtenir une classe politique qui nous ressemble davantage. C’est valable pour les élus et pour les employés politiques, qui sont aussi les artisans des politiques publiques, des lois. Ils doivent eux aussi être connectés sur la population, et plus représentatifs.  

Tout le monde y gagnera.