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Greta (suite et fin)

Greta (suite et fin)
AFP

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Quand le sage pointe la lune, l’idiot, lui, regarde le doigt. Dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’Affaire Greta », il y a eu quelques sages et beaucoup d’idiots. Désolé pour ma franchise. 

La bêtise n’a pas d’âge mais on la retrouve trop souvent chez ces pseudos intellectuels à la réputation surfaite. Ces grandes gueules, qui ont tout de la célébrissime Castafiore, n’hésitent pas à accuser ceux comme moi qui ne s’offusquent pas de la présence d’une jeune fille de seize ans dans la lutte contre les changements climatiques de flirter avec la pédophilie si on en croit leurs propos complètement délirants. 

D’un côté, on accuse les jeunes d’être des enfants-rois mais lorsqu’ils revendiquent un futur sécuritaire et digne, on les accuse d’être des prophètes déconnectés de la réalité. On leur prête toutes sortes d’intentions malveillantes, dont celle de vouloir exclure les « vieux » de leur combat, alors que lors de la manifestation de la semaine dernière, nombre de gens de ma génération étaient présents, comme lors du « printemps érable ». 

De l’autre côté, on accuse les vieux d’être responsables de tous les maux actuels de la planète, mais lorsque ceux-ci marchent pour revendiquer, entre autres, une meilleure utilisation des ressources naturelles, ils deviennent des irresponsables qui tentent de se déculpabiliser, aussi incroyable que cela puisse paraître. Quelle pirouette insensée! 

Pire, ces soi-disant « vieux croûtons », « vieux croulants » et autres « radoteux » que nous sommes seraient « en extase » devant la beauté de ces jeunes. De là à nous accuser de pédophilie, il n’y a qu’un pas. Tout à fait odieux comme mise en scène. Comme si marcher main dans la main avec nos enfants était un acte de « jeunisme », comme si on cherchait par cette connexion avec cette partie essentielle de l’humanité, celle qu’on appelle la relève, à nous rajeunir tout bêtement. Quelle psychologie de bas étage ! 

Ce genre de paroles où l’insignifiance côtoie la prétention drapée d’une fausse sagesse, n’apporte absolument rien au débat en cours sur la nécessité de prendre le taureau par les cornes le plus rapidement possible, sans tomber dans l’alarmisme. On refuse de voir le désastre en ne regardant que ceux qui nous avisent de la catastrophe annoncée, pour simplement discréditer leur prise de parole. Pourtant, nous aussi à leur âge on utilisait un langage alarmant, on parlait de l’ « urgence de choisir » (Pierre Vallières) et de « génocide en douce » (Pierre Vadeboncoeur). 

Moi je dis bravo à ceux qui osent, peu importe leur âge, peu importe leur expérience dans la vie. J’ai été jeune avant d’être vieux, je me suis mis les pieds dans les plats plus d’une fois, par manque d’expérience, parce que nos parents ne nous ont pas appris à revendiquer, et j’ai payé de ma personne, mais j’ai toujours osé pour faire avancer la noble cause du pays à faire, je ne suis jamais demeuré les bras croisés. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, disait un certain Danton. 

Je dis bravo à la relève, celle qui nourrit les plus grands et les plus beaux rêves. Eux aussi, ils veulent refaire le monde. Il n’y a que les rabat-joie et les pisse-vinaigre professionnels pour les empêcher de réaliser leurs rêves.