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Les milices américaines: la garde prétorienne de Trump

Les milices américaines: la garde prétorienne de Trump
Photo d'archives, AFP

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Le bras de fer décisif est engagé aux États-Unis. Le Congrès va donc tenter de décrotter de la Maison-Blanche l’homme à la longue cravate rouge. «Si Trump tombe, il va amener tout le monde avec lui », prédit Frank Bruni dans le New York Times ajoutant qu’«un leader qui ne respecte aucune règle et qui est capable de toutes les bassesses», doit être destitué « aussi effrayant que cela puisse être pour nous, c’est peut-être encore plus effrayant pour lui.» Son collègue Charles Blow, aussi pessimiste, constate que Trump est désespéré et que «cela ne finira pas bien.» 

Que Trump se barricade à la Maison-Blanche et proclame sa destitution inconstitutionnelle est dans le domaine du possible. C’est un individu qui souffre d’un mélange de troubles du narcissisme, de personnalité antisociale, d’agressivité et de sadisme. Il n’hésiterait absolument pas à lancer un appel à ses partisans pour qu’ils s’opposent à son renvoi. En occupant, par exemple, des emplacements symboliques ou stratégiques liés au gouvernement américain à travers le pays. 

Trump peut compter pour le défendre sur des milliers de cinglés de la National Rifle Association qui se mobiliseraient avec leurs armes chéries. Mais surtout sur un bon nombre des quelque 100 000 membres des 273 milices armées organisées dans plus de 40 États américains. D’autres «combattants de la liberté» accourraient aussi pour se joindre à eux. Ne l’oubliez pas: quelque 35 % des Américains accordent toujours à Trump un soutien aussi aveugle qu’inconditionnel malgré ses comportements erratiques quotidiens et sa démence de plus en plus évidente. Plus de soixante millions d’électeurs, dont 2/3 des hommes blancs américains, ont voté pour lui. 

Sa victoire a été célébrée par les miliciens à travers les États-Unis. Trump est universellement révéré par les milices pour sa position déterminée favorable aux armes à feu et sa haine des Latinos et des musulmans. Les membres des milices, souvent des anciens militaires ayant servi outre-mer, sont bien armés et bien entraînés. Le Southern Poverty Law Center, qui surveille les groupes extrémistes, estime que les milices développent actuellement des liens avec des républicains qui envisagent de les utiliser pour renforcer leur emprise sur le pouvoir dans les États où ils l’exercent. 

Donald Trump
Photo d'archives, AFP
Donald Trump

Durant la campagne présidentielle de 2016, les républicains de Portland, en Oregon, avaient fait appel à des membres armés de deux milices locales, les Oregon Three Percenters et les Serment Keepers pour protéger leurs assemblées. 

Depuis 1990, il y a eu plus d’attaques meurtrières aux États-Unis par des groupes armés d’extrême droite que par des terroristes islamistes. Ces dernières années, plusieurs de ces groupes armés ont affronté les autorités fédérales dans une série de conflits dans l’ouest des États-Unis

Seulement environ la moitié des États américains ont des lois qui régissent les milices privées, mais n’interdisent pas leur création. Incroyablement, un seul État sur 50 les interdit carrément, le Wyoming. 

Comment en est-on arrivé là ? Tous ces matamores de village en tenue de combat camouflée, fusil d’assaut à la main invoquent le fameux deuxième amendement à la Constitution qui parle du droit de porter des armes dans «une milice bien règlementée» sans définir l’expression. 

Les États-Unis sont le seul pays développé qui laisse se constituer, s’armer et s’entraîner sur son territoire des organisations paramilitaires qui se donnent pour mission de protéger les citoyens des intentions «maléfiques» de l’État, du «Deep State», le Frankenstein des partisans de Trump. 

Le fait que Washington n’ait jamais adopté de loi pour interdire ces milices est absurde et relève de la négligence criminelle pour tout observateur raisonnable. Comme pour les lois incroyablement laxistes sur les armes à feu, il est impensable que les élus américains osent légiférer de quelque façon de ce soit pour les interdire. Tabou absolu ! Le pays risque maintenant d’en payer le prix.