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Scheer a torpillé sa campagne

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Photo AFP Andrew Scheer

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Le chef conservateur Andrew Scheer a torpillé sa campagne québécoise avec le Face-à-Face de TVA.

Et il n’a que lui à pointer du doigt pour son malheur. Pas les questions, ni leur ordre, ni les propos de ses adversaires ou l’insistance des journalistes par la suite. Non, il est le seul à blâmer.

J’ai lu et entendu des gens affirmer que ce n’était pas juste pour Scheer d’avoir à répondre à une question sur l’avortement au tout début des hostilités. Au contraire, il avait une chance en or de clore le débat sur cet enjeu et de mettre cela derrière lui.

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Transparence

En fait, il aurait pu tourner la page il y a belle lurette. Il s’agissait uniquement d’être transparent et honnête sur cette question qui touche les valeurs profondes des Canadiens et des Québécois.

Prenons Justin Trudeau. Il a subi du dommage au début de la campagne quand il tergiversait sur la possibilité que son gouvernement s’oppose à la loi 21 sur la laïcité. Depuis qu’il a précisé sa pensée, il ne se fait plus talonner sur cet enjeu. Lors du Face-à-Face, il a clairement mentionné qu’il n’aimait pas cette loi et que malgré son respect des opinions divergentes et en raison de ses valeurs, il ne pouvait pas exclure qu’un jour le gouvernement fédéral conteste la législation provinciale.

Une majorité de Québécois ne sont pas d’accord avec lui. Mais au moins, ils savent maintenant à quoi s’attendre, et chacun pourra décider à quel point cet élément peut peser dans la balance ou non quand viendra le temps de faire un choix.

C’est ce que le chef conservateur aurait dû faire. Car l’électorat préfère savoir à qui il a affaire, même si ce n’est pas parfait, plutôt que d’opter pour une alternative incertaine. En anglais, on dit : «Better the devil you know than the devil you don’t». C’est exactement le cas ici.

Et cela peut expliquer en partie pourquoi le premier ministre sortant demeure si populaire malgré ses nombreux travers. Mais qui est véritablement Andrew Scheer? Les Québécois l’ignorent. Ils sont méfiants, car au-delà de ses engagements à ne pas rouvrir de vieux débats comme l’avortement ou le mariage gai, des doutes subsistent en raison du flou qu’il entretient lui-même.

Échec

Au Face-à-Face, Andrew Scheer avait l’occasion de se présenter réellement aux Québécois, avec ses bons, comme ses moins bons côtés. Or, il n’aura pas été en mesure de percer l’écran, d’entrer dans le salon des gens et de les rassurer.

L’aspirant premier ministre a certes fini par plier et se déclarer pro-vie, hier, au lendemain du débat. Mais il est permis de se demander si cela ne survient pas trop tard. Il reste encore du temps à Andrew Scheer pour se rattraper, mais à l’évidence, il a manqué cette semaine la meilleure occasion de se faire valoir auprès de l’électorat francophone.