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Bonjour/Hi la police

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Donc le ministre de l’Immigration a annoncé, lors d'une interpellation au Salon bleu, qu’il songeait à interdire le «Bonjour/Hi» dans les commerces. Une mesure inapplicable, qui s’attaque vainement à un symptôme.  

Le «Bonjour/Hi» m’énerve grave. Un peu comme tout le monde. Je n’ai jamais compris... et ne me sortez pas l’argument ridicule du tourisme. Tout le monde connaît le mot bonjour. Mon attitude a toujours été de maintenir la discussion en français, poussant les gens à me servir dans la seule langue officielle du Québec s’ils en sont capables. Ici, c’est en français.  

Mais j’ai toujours trouvé contre-productif de faire une crise du bacon. Je continue de répondre en français, poliment. Ça marche dans 95% des cas. Mais outre nos tactiques personnelles face au «Bonjour/Hi», et outre le fait que notre premier réflexe est de vouloir trouver que c’est une bonne idée, est-ce que le gouvernement peut véritablement légiférer pour l’interdire? Comment va-t-on appliquer cela?  

C’est le grand retour du spectre de la police de la langue. Rappelons-nous des Pastagate et Grilled-cheese gate dans les dernières années. Une police du «Bonjour/Hi», c’est probablement aussi efficace qu’une motion unanime de l’Assemblée nationale contre la guerre ou le cancer. 

Dans les sociétés d’État, cela semble aller de soi. Il m’apparaît tout simplement grotesque de me faire servir en bilingue dans une SAQ. Bizarrement, le gouvernement Legault avait refusé d’envoyer une directive pour y mettre fin. Et puis maintenant, on nous dit qu’on pourrait l’interdire dans les commerces privés... Dur à suivre. 

La question de l’anglicisation de Montréal est beaucoup plus complexe que le «Bonjour/Hi». Pensons au manque de moyens mis dans la francisation et de l’exode des francophones, qui quittent l’île pour toutes sortes de raisons.  

Le «Bonjour/Hi» est un symbole. Il donne l’impression que le français est optionnel. Mais s’attaquer à un symbole, à part galvaniser les troupes, – qui sont déjà bien galvanisées– ça donne quoi concrètement? 

Mais bannir des mots, vraiment? 

Plutôt que de réfléchir à voix haute, le gouvernement devrait concentrer les efforts sur ce qui aurait véritablement un effet sur la présence du français à Montréal, tout en prenant grand soin du climat social qui est déjà un peu tendu à la suite de l’adoption de la loi 21. La question de la langue fait partie des sujets délicats de notre société, traitons-la avec soin. 

Il sera beaucoup plus difficile de décrocher le «Bonjour/Hi» que le crucifix.