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Comment réussir sa conversion du rouge au vert

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 VICTORIA | Dis-moi ce que tu manges, je te dirai... la couleur de ton parti politique.  

 

 Dès que nous passons la porte de son spacieux local de campagne, David Merner désigne un grand frigo.  

 

 «Il est toujours plein, s’enthousiasme le candidat des verts dans la circonscription britanno-colombienne d’Esquimalt-Saanich-Sooke, sur la pittoresque île de Vancouver.  

 

 La cuisine, c’est l’endroit le plus important dans une campagne électorale, surtout avec les jeunes! C’est une façon de les faire embarquer.»  

 

 Conversion  

 

 L’avocat, souliers cirés et chemise blanche, a passé les derniers mois à se déprogrammer le cerveau, et la panse.  

 

 Pendant 34 ans, M. Merner a porté fièrement sur le cœur la feuille d’érable rouge libérale. Dégoûté par l’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau, il a épousé la cause des verts d’Elizabeth May l’an dernier.  

 

 «Chez les libéraux, c’est du Coke et de la pizza. Ici, c’est plutôt des salades. C’est beaucoup plus sain comme nourriture», ajoute-t-il avec le sourire dans un français impeccable.  

 

 En 2015, M. Merner est arrivé bon deuxième sous la bannière libérale dans cette circonscription détenue par le NPD, mais que les verts considèrent comme prenable.  

 

 Le député sortant, le néo-démocrate Randall Garrison, admet que la présence de M. Merner chez les verts renforce la position du parti dans la région.  

 

 Au fil de la discussion, le père de quatre enfants évoque ouvertement et avec une pointe d’humour les différences de culture entre son ancienne formation politique et l'actuelle.  

 

 «Au Parti libéral, on serre la main comme ça, mime-t-il en avançant le bras et en se redressant le dos. Au Parti vert, on s’embrasse, c’est très différent.»  

 

 Rompu à la joute politique à la sauce libérale, David Merner a l’habitude d’employer des tactiques de communication agressives. Il souligne être à la recherche du juste milieu.  

 

 Il poursuit donc son travail de conversion, tout en essayant d’apporter une dose de professionnalisme à son nouveau parti.  

 

 «Sur le plan stratégique, on devrait être beaucoup plus agressif, croit-il. Mais Elizabeth May est catégoriquement contre ça. Pour un gars comme moi, c’est un ajustement.»  

 

 Il admet avec candeur avoir du mal à s’impliquer entièrement dans certaines activités, comme le sign waving, qui consiste à s’installer en groupe sur un coin de rue pour brandir des affiches aux couleurs du parti.  

 

 «Les verts aiment ça. Moi, je m’en passerais, affirme-t-il en riant. Parfois, ils font ça pendant une heure, une heure trente. Moi, j’arrive à le faire pendant 45 minutes. Mais c’est vrai que ça fait plaisir aux bénévoles.»  

 

 Vague verte?  

 

 Si une vague verte frappe la Colombie-Britannique, il y a fort à parier qu’elle emportera Esquimalt-Saanich-Sooke, le comté regroupant les municipalités entourant Victoria, la capitale.  

 

 Pour y arriver, le Parti vert devra déloger le populaire Randall Garrison, en poste depuis 2011. Ce dernier estime que son bilan environnemental lui permettra de résister à la poussée verte.  

 

 «J’ai participé à la première journée de la Terre en 1970, en bloquant la circulation sur mon vélo», raconte-t-il fièrement.  

 

 M. Garrison compte tirer profit de l’inclinaison antisyndicale et antimilitaire des verts, dans cette circonscription où la base des Forces armées canadiennes constitue le plus important employeur.  

 

 «J’ai toujours cru qu’il est important de travailler tous ensemble si on veut s’attaquer aux changements climatiques, affirme l’élu de 68 ans. Pour moi, la justice sociale et la justice climatique sont intimement liées.»