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Problèmes de gestion: c’est «le bordel» dans une école de Montréal

Des parents, des profs et des élèves dénoncent l’accumulation de problèmes à l’école secondaire Saint-Luc

St-Luc chaos
Photo Dominique Scali Nadia Tabib fait partie des parents qui disent avoir été sollicités par une agence de recouvrement avant que l’école ne les avertisse d’un solde impayé.

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Erreurs dans les horaires, profs qui signent une pétition contre la direction, parents harcelés par une agence de recouvrement. C’est «le bordel» dans une école de Montréal où les problèmes de gestion semblent aussi nombreux que variés.

Nadia Tabib n’a plus d’enfants à l’école secondaire Saint-Luc. Mais en date du 20 septembre, elle recevait encore des appels d’une agence de recouvrement plusieurs fois par jour.

Elle a dû échanger plus d’une dizaine de courriels avec la direction de l’école de sa fille et déposé une plainte à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Tout cela, pour une simple facture scolaire (voir autre texte).

Ce n’est qu’un des exemples qui font dire à plusieurs que rien ne va plus dans la gestion de cette école du quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Déjà en juin, Le Journal publiait un article sur des élèves exclus par l’école d’une prestation au Festival de Jazz pour avoir auparavant manqué un concert afin d’étudier pour leurs examens.

Puis, au début septembre, La Presse publiait un article sur des problèmes d’inscription en raison de la surpopulation à Saint-Luc.

«Dégradation du climat»

La situation est telle que 75 enseignants sur la centaine qui travaillent à cette école ont signé en juin une lettre envoyée aux dirigeants de la CSDM afin de dénoncer la «dégradation du climat de travail».

Ils reprochent à la direction ses difficultés dans l’attribution des tâches, l’organisation des examens et des grilles-matières, ainsi qu’une «communication difficile», peut-on lire dans la lettre, dont Le Journal a obtenu copie. 

Une douzaine d’élèves de 4e et 5e secondaire rapportent aussi avoir subi ou été témoins de pépins administratifs.

«C’est le bordel», résume l’un d’eux. Il a préféré garder l’anonymat pour ne pas subir de représailles de l’école.

Une élève raconte par exemple n’avoir pas pu s’inscrire au cours de physique de 5e secondaire en raison d’un cafouillage dans les horaires.

Cachotteries?

Comment expliquer cette longue liste d’incidents? «La direction cache de l’information aux parents, aux profs, et à ses propres patrons», accuse une source bien au fait du dossier.

Par exemple, les parents d’élèves du programme de musique avaient l’habitude d’être sollicités par la fondation de l’école pour une contribution volontaire de 200$. À la rentrée 2018, cette cotisation a été ajoutée aux frais scolaires obligatoires. 

Outrée, Nadia Tabib a tenté d’en savoir plus. La direction a alors prétendu à plusieurs reprises que les parents avaient été informés de ce changement, selon un échange courriel qu’a pu consulter Le Journal.

Or, aucune trace écrite n’a pu être retrouvée de cet avis aux parents, confirme la CSDM.

Benoît Thomas, qui est responsable des écoles secondaires à la CSDM, assure toutefois qu’il n’y a pas de problème généralisé de gestion à Saint-Luc.

«C’est une merveilleuse école, avec un taux de diplomation très bien et un faible taux de roulement», rappelle-t-il.

L’école Saint-Luc est la plus populeuse de la Commission scolaire de Montréal. 
Photo Dominique Scali
L’école Saint-Luc est la plus populeuse de la Commission scolaire de Montréal. 

Des sommes douteuses facturées aux parents

Plusieurs parents de l’école Saint-Luc ont connu la «honte» d’être sollicités par une agence de recouvrement mandatée par la CSDM pour des frais qui n’auraient jamais dû leur être chargés, racontent-ils.

«Comment se fait-il qu’on envoie notre dossier au recouvrement sans vérification?» s’étonne Sandrine Jamin.

Comme plusieurs autres mères sollicitées l’an passé ou l’année précédente, elle a reçu une facture scolaire qui incluait le coût de manuels appartenant à l’école, mais qui avaient pourtant été rendus par leur enfant.

Chloé Raymond, 17 ans, diplômée depuis l’été dernier, s’étonne qu’on facture les parents pour des livres que les élèves remettent à l’école dans un contexte chaotique où les manuels sont empilés sur des tables sans surveillance, décrit-elle.

«On va revoir tout le processus cette année», assure Benoît Thomas de la CSDM. Tous les parents facturés par erreur cet automne ont été remboursés et une lettre leur a été envoyée en septembre, indique-t-il.

Pas d’avertissement

Par ailleurs, la procédure de la CSDM implique que l’école téléphone le parent pour l’informer du solde à son dossier avant de le transférer à une agence de recouvrement. «On est assez confiants que le processus a été respecté», explique M. Thomas.

Mais Le Journal a parlé à quatre mères qui affirment n’avoir jamais été averties avant d’être sollicitées par l’agence de recouvrement.

«C’était un vendredi. J’ai angoissé tout le weekend. Je pensais qu’il y avait un problème avec mon hypothèque», témoigne Hélène (nom fictif), qui préfère taire son vrai nom car son enfant fréquente toujours l’école.

Dans la plupart des cas, la sollicitation a rapidement cessé. Mais pas pour Nadia Tabib, qui a décidé de contester sa facture, notamment en raison de la contribution volontaire de 200$ pour le programme de musique qui n’était plus «volontaire».

«Je l’avais toujours payée avec plaisir parce que j’y crois à ce programme. Mais là j’ai dit : ‘’woah minute’’», s’exclame-t-elle à propos des méthodes «cavalières» de l’établissement.

Elle a notamment tenté d’expliquer à la direction qu’en sachant d’avance que cette cotisation n’était plus facultative, des parents auraient pu faire le choix de ne plus y inscrire leurs enfants. L’école est d’ailleurs située en milieu défavorisé.

De son côté, Benoît Thomas indique que la Fondation Musique de l’école sert justement à aider les parents qui se retrouveraient dans cette situation. Le but de rendre ces frais obligatoires, qui sont aussi exigés dans les programmes de musique des autres écoles, est de «faire vivre le programme»,  ajoute-t-il.

«Infernal»

Pendant plus de sept mois, Mme Tabib a été «harcelée». À la maison comme au bureau, l’agence de recouvrement appelait environ trois fois par jour, raconte-t-elle.

«C’était infernal», dit Mme Tabib.

Même après avoir réussi à faire remettre son solde à zéro au mois d’août et s’être fait garantir par l’école que la situation serait réglée, elle a continué à être sollicitée pendant des semaines.