/world/opinion/columnists
Navigation

Un monde à la dérive

Coup d'oeil sur cet article

La bataille engagée avec l’enquête de destitution du président Trump fera de nombreuses victimes : la vérité (bien qu’elle soit amochée depuis un bon moment), le débat public, l’harmonie entre Américains et peut-être même, selon l’aboutissement du processus et l’attitude du camp perdant, la démocratie américaine.

Préparez-vous aussi à ce que le reste de la planète en pâtisse ! La semaine dernière à la Maison-Blanche, nous étions aux premières loges de la contre-attaque présidentielle et les rares moments où l’actualité mondiale était évoquée, c’était pour l’associer aux prétendus méfaits commis par les Biden, père et fils.

On répète souvent que depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont été le phare – avec quelques naufrages ici et là – de la défense de la démocratie et des libertés dans le monde. Donald Trump a conclu que la charge coûtait trop cher aux Américains et a été porté à la Maison-Blanche en promettant de se consacrer à l’« America first ».

Il a déplacé quelques pièces sur la mappemonde, mais son bilan est famélique. Le désengagement américain a créé davantage de désarroi et d’instabilité et, avec un budget de défense de 718 milliards de dollars pour 2020, on peut difficilement prétendre que des économies ont été réalisées.

DU TROUBLE, EN VOULEZ-VOUS ? EN VOILÀ !

Commençons par la Corée du Nord. Donald Trump se vante d’avoir réussi, grâce à sa diplomatie personnalisée, à stopper les essais nucléaires nord-coréens. La réalité, selon les experts, est que Pyongyang avait accompli tout ce qui était nécessaire et que l’étape suivante consistait à intégrer des technologies plus sophistiquées dans son arsenal de missiles, ce qu’a démontré le tir d’un missile balistique à partir d’un sous-marin, mercredi dernier.

L’Iran ? La politique de « pression maximale » sur le régime des ayatollahs, couplée à l’annulation de l’entente sur le programme nucléaire iranien, n’a pas limité les velléités de Téhéran. À preuve, la spectaculaire attaque des raffineries saoudiennes !

L’Arabie saoudite, justement. Le détachement américain a permis au royaume de continuer de mener au Yémen une guerre où les civils meurent par milliers, tués par les bombardements ou le choléra qu’on peine à contenir.

En Syrie, on attend incessamment une campagne militaire turque contre les Kurdes qui ont stabilisé le nord du pays en chassant les extrémistes de l’État islamique. La réaction escomptée de la Maison-Blanche sera de rapatrier les troupes américaines, laissant les combattants kurdes à eux-mêmes et offrant aux islamistes l’opportunité de se regrouper.

On en est à redouter un conflit nucléaire entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire. En Afghanistan, les talibans sont plus vigoureux que jamais. La Russie occupe toujours une portion de l’Ukraine. Maduro est toujours bien en selle au Venezuela, comme les castristes à Cuba, et au diable la démocratie !

IGNORANCE, QUAND TU NOUS TIENS !

En juillet dernier, le Washington Post relevait avec consternation la réponse donnée par Donald Trump lors d’une conférence de presse au Japon à une question sur l’actualité internationale. On lui avait demandé s’il était d’accord avec Vladimir Poutine selon qui le « libéralisme à l’occidentale » est en déclin. Le président Trump avait répondu en critiquant les villes de Los Angeles et de San Francisco, qu’il jugeait « tristes à regarder », parce que « dirigées par des gens de gauche », les liberals, comme on dit aux États-Unis.

Le président américain qui ne sait pas faire la différence entre ce qui a fait le triomphe des démocraties occidentales depuis trois quarts de siècle et les supposés gauchistes qui tirent les ficelles en Californie... c’est encore bon qu’on ne cherche à le destituer que pour un appel téléphonique malheureux.