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Discrimination au SPVM: les minorités visibles jusqu’à 4,6 fois plus interpellées

Discrimination au SPVM: les minorités visibles jusqu’à 4,6 fois plus interpellées
BÉATRICE ROY-BRUNET/24 HEURES/AGENCE QMI

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Les personnes autochtones, arabes ou noires ont bien plus de chances de se faire interpeller par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) que les personnes blanches, une situation que l’organisation juge préoccupante.

Une étude réalisée par trois chercheurs universitaires et dévoilée lundi met en lumière la présence de disparités qui suggèrent un biais systémique relié à l’appartenance raciale lors des interpellations des policiers. 

Les résultats, basés sur les interpellations effectuées entre 2014 et 2017 par le SPVM, démontrent qu’une personne noire a 4,2 fois plus de chances d’être l’objet d’une interpellation qu’une personne blanche. Ce chiffre grimpe à 4,6 fois pour une personne autochtone, tandis qu’une personne arabe est deux fois plus à risque qu’une personne blanche. 

Le nombre d’interpellations a bondi durant cette période de 143% au sein de la population. Il a toutefois quadruplé auprès des personnes arabes et été multiplié par sept auprès des Autochtones. 

Pas racistes, mais biaisés

Lors d’un point de presse en réaction au rapport, le chef du service de police, Sylvain Caron, s’est dit «très surpris» et «très préoccupé» des disparités révélées dans le rapport. 

Il a toutefois soutenu que l’intégrité de son corps policier n’est pas en jeu, ce qui serait plutôt le cas de l’organisation du travail. «On n’a pas de policiers racistes. On a des policiers, qui sont des citoyens, qui nécessairement ont des biais», a-t-il souligné en conférence de presse lundi. 

Le SPVM s’est du même coup engagé à implanter une politique d’interpellation d’ici mars 2020, tout en s’assurant qu’elle concilie «les besoins d’intervention et les préoccupations des citoyens». 

Le SPVM créera aussi une équipe de policiers spécialisée dans l’intervention auprès des communautés culturelles et des personnes avec des besoins particuliers. 

En se basant sur les recommandations émises dans le rapport, le SPVM mandatera entre autres un organisme externe pour faire un sondage au sujet de la relation entre les policiers et les communautés culturelles, et un nouveau mandat sera donné aux chercheurs. 

Le point de presse organisé lundi par le SPVM à la suite du dévoilement du rapport a été brièvement perturbé, alors qu’un élu d’Ensemble Montréal, Abdelhaq Sari, aussi vice-président de la Commission de la sécurité publique, s’est vu refuser l’accès à la salle. «Il est [...] assez ironique qu’on m’interdise d’assister à une conférence portant sur l’interpellation de personnes racisées, alors que je suis moi-même un élu d’origine maghrébine», a-t-il mentionné, reprochant aux policiers d’entraver le travail d’un élu. 

Plante choquée

La mairesse de Montréal Valérie Plante a demandé au SPVM de prendre des actions immédiates et de suivre les recommandations du rapport. «Ce qui en ressort présentement est choquant. Ces données ne représentent en rien la ville que l’on veut», a-t-elle dit lundi. 

Lionel Perez, chef de l’opposition officielle, espère que ce rapport sera suffisant pour faire «bouger le service de police». «Depuis des années, on parle de racisme systémique au SPVM. Maintenant, grâce à ce rapport commandé par l’administration précédente, nous avons enfin des chiffres pour appuyer nos propos.» 

Entre 2014 et 2017*:  

  • Le nombre d’interpellations effectuées par le SPVM a augmenté de 143% en quatre ans
  • Le nombre total des interpellations a plus que doublé auprès des personnes blanches, noires, sud-asiatiques, est-asiatiques et latino-américaines
  • Les femmes autochtones ont 11 fois plus de chances d’être interpellées que les femmes blanches
  • Les personnes noires âgées de 25 à 34 ans ont cinq fois plus de chances de se faire interpeller que les personnes blanches du même groupe d’âge
  • Les arabes âgés de 15 à 24 ans ont en moyenne quatre fois plus de chances que les jeunes blancs du même âge de se faire interpeller
  • Les personnes noires ont 4,2 fois plus de chances de se faire interpeller par le SPVM que les personnes blanches
  • Les personnes autochtones ont 4,6 fois plus de chances d’être interpellées que les personnes blanches
  • Les personnes arabes ont deux fois plus de chances d’être interpellées que les personnes blanches  

– Selon le rapport «Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées»