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Justin Trudeau, le « sosie » Talbot Mercer Papineau

Justin Trudeau, le « sosie » Talbot Mercer Papineau
Photo Wikipedia

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Les tribulations récentes de Justin Trudeau autour de ses déguisements m’ont rappelé qu’il a déjà incarné pour la télévision en 2007 le personnage de Talbot Mercer Papineau, son « sosie historique » en quelque sorte. Voici, en substance, ce que j’ai écrit dans le Devoir à l’époque et qui me semble plus actuel et pertinent que jamais.  

Le téléfilm «The Great War » de la CBC présentait Talbot Mercer Papineau (prononcer à l’anglaise), l’arrière-petit-fils de Louis-Joseph Papineau comme le héros canadien-français de la production. Justin Trudeau interprète l’opportuniste anglophone qui espère utiliser son patronyme célèbre pour faire une carrière politique à Ottawa.   

Selon sa biographe Sandra Gwyn : « (...) bien qu’il ait porté l’un des noms les plus illustres du Québec, son ascendance était en grande partie américaine et il fut élevé surtout en anglais. » Sa mère, Caroline Rogers, était issue d’une grande famille de Philadelphie. Talbot Papineau fréquenta le Montreal High School, McGill et Oxford.  

Dès le début des hostilités en 1914, Talbot s’enrôle. Sandra Gwyn explique que c’est le pari éclairé d’un carriériste qui prépare son avenir politique. Après avoir participé à quelques batailles, Papineau par ses relations se fait rapidement affecter aux services de propagande de l’armée. Il y est chargé de mener une opération contre son cousin Henri Bourassa, le fondateur du Devoir, qui est alors le principal porte-parole de l’opposition à la guerre.  

La Montreal Gazette, publie sous sa signature une virulente attaque contre Bourassa. Son texte sera utilisé à des fins de propagande impérialiste jusqu’en Angleterre. Sous le titre « The soul of Canada », le Times de Londres le publie. Talbot Papineau se présente comme un Canadien français fidèle à la couronne et à l’empire.  

La réponse d’Henri Bourassa à son cousin est ironique. Il trouve plutôt cocasse l’imposture qui amène cet Anglo-Américain protestant, qui parle français avec un accent anglais, à se faire passer pour un Canadien français. Bourassa se demande pourquoi Talbot Mercer a rédigé sa lettre en anglais : « Surprenant pour un homme qui clame haut et fort ses origines françaises et son amour de la France. »  

Soulignant à Talbot Mercer que l’Ontario vient d’adopter le règlement 17 qui abolit les écoles françaises, Henri Bourassa observe que « Prêcher la Guerre sainte pour la liberté des peuples outre-mer et opprimer les minorités nationales au Canada n’est, à notre avis, rien d’autre qu’une odieuse hypocrisie. »  

Quand Talbot Papineau est, à sa demande, muté de nouveau au front ce n’est pas par patriotisme, mais par calcul politique. Son commandant écrit :« [Papineau] a l’intention d’entrer dans la vie publique après la guerre et pense que ses chances seraient meilleures [...] s’il pouvait montrer qu’il se trouvait avec le régiment pendant une grande offensive ».  

Le matin du 30 octobre 1917, les ambitions politiques de Talbot Papineau connaissent une fin tragique à Passendaele en Belgique. Selon le dictionnaire biographique du Canada, juste avant de franchir le parapet pour passer à l’attaque, Talbot Papineau lance à un de ses amis : « You know, Hughie, this is suicide. » Ce furent ses dernières paroles. Il fut déchiqueté par un obus allemand dès qu’il sortit de la tranchée. Peu avant sa mort, il avait écrit à sa mère en anglais: « Me voilà presque parvenu à l’âge de 35 ans, et je n’ai rien fait, ou presque ».  

Justin Trudeau et Talbot Mercer Papineau sont des French Canadians comme le Canada anglais les aime : plus à l’aise en anglais qu’en français, imprégnés de la culture anglo-américaine et indifférents à celle du Québec.  

Le choix de Justin Trudeau pour interpréter Talbot Papineau était on ne peut plus approprié. Son «sosie historique» serait fier de lui : il a réussi à réaliser son rêve. Nous saurons bientôt si les électeurs considèrent toujours Justin apte à jouer rôle de premier ministre du Canada. La lassitude semble gagner l’auditoire.