/misc
Navigation

Les rebelles et le «vert pâle»

Justin Trudeau et Steven Guilbeault
Photo Agence QMI, Joël Lemay Justin Trudeau et Steven Guilbeault

Coup d'oeil sur cet article

Quand j’ai vu les militants d’Extinction Rebellion dans la structure du pont Jacques-Cartier, hier matin, j’ai pensé à Steven Guilbeault.

Lorsqu’il était membre de Greenpeace en 2001, l’actuel candidat libéral dans Laurier–Sainte-Marie avait escaladé illégalement la tour CN à Toronto avec un collègue, afin d’attirer l’attention sur « le réchauffement atmosphérique de la planète », comme on l’écrivait à l’époque.

Ils y avaient déroulé (eux avaient réussi !) une grande banderole sur laquelle on pouvait lire « Canada and Bush: climate killers », afin de dénoncer la timidité des deux pays sur l’accord de Kyoto.

Sur des œufs

Quand j’ai pu lui demander au téléphone ce qu’il pensait du geste d’hier des écolos sur le pont montréalais, le nouveau politicien semblait marcher sur des œufs.

Difficile de condamner un tel coup d’éclat quand on a fait à peu près la même chose dans le passé.

« Je ne fais plus des gestes d’éclat comme ça depuis un certain temps. Mais ce n’est pas à moi de juger si les gens devraient ou non faire ça. »

Dénoncer, cela lui assurerait de se faire encore traiter de « vert pâle » – bref de traître à la cause.

Il osera quand même dire qu’aujourd’hui, il préfère chercher à créer un « dialogue » avec la population, afin qu’elle devienne « une alliée dans cette lutte aux changements climatiques ».

L’urgence

Évidemment, on lui répondra qu’il n’y a plus de temps à perdre, qu’il faut agir vite, très vite. Et que certaines règles méritent d’être transgressées, voire mises entre parenthèses. Quand on entre dans une logique de l’urgence, c’est évidemment ce qui arrive.

Dans son message vidéo, Chantal Poulin, l’une des militantes ayant escaladé le pont hier, admettait « poser une action [...] illégale » en insistant – telle une sorte d’Antigone verte – sur le fait qu’elle était « morale ».

Québec solidaire a refusé de condamner le geste d’Extinction Rebellion hier. Cela rappelle d’ailleurs que le parti de gauche a promis un « barrage parlementaire » à partir d’octobre 2020 si la CAQ ne livrait pas un plan satisfaisant de lutte aux GES. « S’il échoue à respecter cet ultimatum, nous ferons un barrage à son gouvernement en usant de tous les moyens dont nous disposons, à l’Assemblée nationale comme dans la rue, pour le forcer à agir », tonne-t-on sur le site de QS.

Steven Guilbeault ne nie absolument pas l’urgence et dit « comprendre l’angoisse » de certains. Mais il tient à relativiser les déclarations apocalyptiques : « Moi, je n’ai pas lu un seul rapport du GIEC qui dit “il reste 10 ans”. [...] La science ne nous dit pas “demain matin, c’est fini” ! »

Du reste, affirmer qu’il ne se fait « rien » actuellement dans nos sociétés est une « fausseté », insiste-t-il.

« Même dans les États-Unis d’Amérique de Trump, il y a plus d’emplois dans le solaire que dans le charbon, le pétrole et le gaz réunis. La transformation, elle a commencé, mais ça ne se fait pas en criant ciseaux. »

Ni, sans doute, en escaladant des ponts.