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Trop pauvre pour ses maisons de luxe

Un fraudeur doit plus de 65 000$ aux propriétaires d’une série de résidences cossues qu’il louait

Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.
Photo Pierre-Paul Poulin Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.

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Un homme de 33 ans a cumulé des créances de plus de 65 000 $ en deux ans en louant des maisons à Laval et à Montréal vraisemblablement trop luxueuses pour son portefeuille et en inventant une panoplie d’excuses bidon.

Aristidis Tsoukalas est dépeint comme un homme sans scrupule et extrêmement manipulateur par les propriétaires des résidences où il a vécu depuis 2017. 

« Il faut vraiment être imbu de soi-même et narcissique pour faire subir une telle situation à autant de personnes », a lancé une propriétaire qui, comme tous les autres que nous avons pu contacter, a préféré taire son nom par peur de représailles.

Depuis 2017, Tsoukalas semble avoir pris l’habitude de louer de belles et grandes maisons, dont certaines sont situées en bordure de l’eau ou dans de luxueux quartiers de Laval et Montréal. 

Une autre résidence de la rue des Alismas, à Laval, louée pendant deux ans par l’homme de 33 ans, où la Régie l’a finalement expulsé et l’a forcé à payer 28 800 $ en loyers manquants. 
Photo Frédérique Giguère
Une autre résidence de la rue des Alismas, à Laval, louée pendant deux ans par l’homme de 33 ans, où la Régie l’a finalement expulsé et l’a forcé à payer 28 800 $ en loyers manquants. 

5000 $ par mois

Avec des loyers qui s’élèvent parfois à 5000 $ par mois, il est nécessaire d’avoir une certaine aisance financière pour assumer un tel montant. 

Afin d’inspirer confiance aux propriétaires et pour les convaincre de lui louer leur maison, celui qui se fait appeler « Arris » débarque toujours dans une voiture de luxe et montre même parfois le solde de son compte de banque, qui a déjà affiché 1,5 million $, selon un propriétaire interrogé. Il prétend être un homme d’affaires prolifique et dit louer les maisons pour ses parents ou sa grand-mère. 

D’anciens voisins se souviennent de lui et de sa famille comme de gens qui sortent du lot et qui changent de véhicules presque quotidiennement. 

Au cours des dernières semaines seulement, une Mercedes, une BMW, une Cadillac, une Tesla et un Range Rover ont été aperçus dans l’entrée de la demeure qu’il loue présentement.

Comme tous ses anciens propriétaires, le détenteur de la maison actuellement occupée par Tsoukalas et ses parents fait tout son possible pour les expulser. Ce dernier doit actuellement près de 8000 $ en loyer pour la résidence qu’il occupe depuis mai, selon le propriétaire. 

Les décisions contre lui se multiplient à la Régie du logement, si bien que depuis 2017, il a cumulé plus de 65 000 $ de créances et a été expulsé de plusieurs endroits. Une partie a été remboursée, mais il doit toujours plusieurs milliers de dollars, non seulement en loyer, mais aussi en factures d’électricité et en frais d’huissier. 

« Je fais mon possible »

Interpellé il y a quelques jours, alors qu’il se rendait à la Régie pour la énième fois, Aristidis Tsoukalas a nié avoir de mauvaises intentions.

« Je fais mon possible. J’essaie de payer tout le monde, mais, you know, la vie, man, la vie, a-t-il baragouiné sur un ton mielleux. Ce n’est pas toujours facile, mon père a des problèmes au cœur et ma mère est partiellement handicapée. »

Fournir des excuses bidon semble d’ailleurs être un mode de vie pour lui. Si l’on regroupe tous les témoignages récoltés, il est facile d’extraire une dizaine d’excuses différentes données par Tsoukalas pour expliquer ses importants retards de paiement. 

Ses prétextes pour ne pas payer étaient variés : un cancer, quelques mois à vivre, la mort subite de sa grand-mère, un divorce qui aurait bloqué tous ses comptes, une erreur dans le nom d’un propriétaire lors d’un transfert d’argent, une fraude commise par son frère qui aurait à nouveau bloqué tous ses comptes, les problèmes cardiaques de sa mère, etc. 

Finalement, tout indique que l’homme, qui ne détient en réalité aucun bien, a développé un stratagème lui permettant de mener un train de vie luxueux et bien au-delà de ses moyens. Tout cela sur le dos d’innocents propriétaires. 

Condamné à rembourser 150 000 $

Aristidis Tsoukalas est familiarisé avec le système judiciaire, puisqu’il a déjà eu affaire aux policiers de Laval et de Montréal pour des histoires de fraude par carte de crédit, de faux chèques et de vol par le passé. 

► D’abord, il vient tout juste d’être trouvé responsable d’avoir orchestré, avec deux autres complices, une importante fraude impliquant des institutions financières qui lui a permis de s’en mettre plein les poches. Les trois individus ont, à maintes reprises, déposé d’importants chèques provenant de comptes qui avaient été fermés et ont mis en place un stratagème pour rendre ardue toute démarche de vérifications de la part des banques. Ils ont été condamnés à rembourser près de 150 000 $. 

► En juillet dernier, l’homme de 33 ans s’est présenté au concessionnaire de voitures luxueuses Prime Leasing de Montréal afin d’acheter une Mercedes-Benz C300. Il aurait fait croire que la voiture était pour sa mère, qui l’accompagnait d’ailleurs ce jour-là. Après avoir remis un chèque certifié de plus de 30 000 $, il serait parti avec le véhicule. 

Or, le concessionnaire n’a pas mis de temps à réaliser que le chèque provenait en réalité d’un compte qui avait été fermé pour fraude. 

Le lendemain matin, la police de Montréal est venue saisir la Mercedes stationnée dans la cour de la résidence présentement louée par Tsoukalas. L’homme a également été arrêté pour fraude. 

Selon nos informations, il aurait répété des stratagèmes semblables avec d’autres vendeurs de voitures au cours des dernières années.

 

Des résidences que l'escroc a louées 

RUE ÉTIENNE-MONTGOLFIER À MONTRÉAL

Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.
Photo Frédérique Giguère

Évaluation municipale : 1 211 600 $

Loyer : 5000 $ par mois

Bail : 6 octobre 2018 au 30 septembre 2019

Décision de la Régie du logement : Expulsé et forcé de payer 10 000 $ en loyers manquants


RUE DES ALISMAS À LAVAL

Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.
Photo Frédérique Giguère

Évaluation municipale : 601 500 $

Loyer : 2500 $ par mois

Bail : 15 mai 2019 au 30 juin 2020

Décision de la Régie du logement : Expulsé et forcé de payer 6250 $ en loyers manquants, mais le dossier est toujours en cours puisque Tsoukalas a demandé une révision


RUE DES POÈTES À LAVAL

Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.
Photo Frédérique Giguère

Évaluation municipale : 525 600 $

Loyer : 3000 $ par mois

Bail : 18 juin 2018 au 30 juin 2019

Décision de la Régie du logement : Expulsé et forcé de payer des milliers en loyers manquants


RÉSIDENCE DE LA PLACE DE L'EAU-VIVE, À LAVAL

Aristidis Tsoukalas était contrarié et stupéfait de se faire photographier par Le Journal à son arrivée à la Régie du logement il y a quelques jours.
Photo Frédérique Giguère

Évaluation municipale : 511 500 $

Loyer : 2550 $ par mois

Bail : 1er juillet 2019 au 30 juin 2020

Décision de la Régie du logement : Expulsé et forcé de payer 5100 $ en loyers manquants, mais le dossier est toujours en cours puisque Tsoukalas a demandé une révision. La résidence est actuellement occupée par un ami de Tsoukalas, qui a lui aussi déjà eu affaire à la Régie du logement et qui a refusé notre demande d’entrevue.