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Trudeau traité comme une piñata

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo Pool PC Le premier ministre Justin Trudeau

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On s’attendait à ce qu’Yves-François Blanchet devienne une piñata lors du débat d’hier soir, en raison de sa montée dans les sondages. Mais c’est finalement Justin Trudeau qui semblait avoir revêtu le déguisement.

Le chef conservateur Andrew Scheer a sans doute été le plus dur pour son vis-à-vis libéral, répétant le mot «mensonge» à plusieurs reprises pendant une des réponses de M. Trudeau et ponctuant sa litanie avec un «vous êtes un menteur compulsif».

Bien qu’agressif, la véhémence de M. Scheer à l’endroit du chef libéral semblait moins gratuite et scénarisée que lors du débat anglophone.

Mais ce sont les attaques de Jagmeet Singh à l’endroit du chef libéral qui ont peut-être fait le plus mal. En matière d’environnement – premier sujet abordé hier soir –, Singh a carrément dit que Trudeau était un «grand parleur et un petit faiseur».

Il a aussi répété que M. Trudeau avait «flashé à gauche pendant la campagne, mais tourné à droite» par la suite sur au moins deux enjeux, l’imposition des GAFA et la lutte aux changements climatiques.

Mais l’attaque la plus dommageable pour Justin Trudeau fut le rappel, par le néo-démocrate, du scandale de l’eau contaminée dans la communauté autochtone Grassy Narrows. M. Trudeau s’y était moqué d’une manifestante. M. Singh a carrément dépeint Trudeau comme un bellâtre sans cœur.

L’ombre de Harper

Justin Trudeau a déployé beaucoup d’énergie à se défendre en surutilisant encore une fois sa formule préférée «on va continuer de travailler». Mais contrairement aux débats précédents, il a souvent semblé débordé par les attaques.

Plusieurs chefs l’attaquaient sans relâche alors qu’il n’avait pas le droit de parole.

À mon sens, sa meilleure réplique lui est venue lorsqu’il s’est retrouvé entre M. Scheer et M. Bernier alors que le sujet était celui des déficits, qu’il promet de «continuer» de faire pendant quatre ans.

«Vous étiez tous les deux avec Harper», a-t-il lancé à Bernier et Scheer. Or, couper sous Harper «n’a pas livré une croissance économique». C’est ainsi, toutefois, que le chef libéral a pu éviter la très pertinente question d’une journaliste sur l’absence de marge de manœuvre lors d’une récession.

L’affaire des candidats bloquistes gênants en raison de leurs publications Facebook à connotations antimusulmanes n’a été abordée qu’en fin de débat. Yves-François Blanchet a pu reprendre les réponses qu’il avait données toute la journée.

Sujets

Le débat d’hier a permis d’aborder certains thèmes presque absents lors des deux confrontations précédentes : les relations internationales et le vol des données notamment.

Signe des temps, l’idée de resserrer les règles fiscales pour les géants du web (percevoir la TPS et imposer les revenus des GAFA) a donné lieu à une belle unanimité, bien que les mécanismes privilégiés par chaque chef diffèrent.

L’échange a permis à Yves-François Blanchet de se montrer solide.

Enfin, Maxime Bernier a mieux réussi à faire valoir ses idées plutôt marginales que dans le débat anglophone. Ses attaques et appuis ont surpris. Mais il a été victime d’un tir de bazooka d’Andrew Scheer : «Tu ne vas même pas gagner en Beauce, OK?» Aïe.