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Des nounous étrangères exploitées en secret

Elles subissent de mauvais traitements dans des familles du Québec

Les deux tiers des nounous étrangères travaillent plus de 50 heures par semaines.
Photo courtoisie, Club illico Les deux tiers des nounous étrangères travaillent plus de 50 heures par semaines.

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Des agences de placement québécoises font vivre l’enfer à des nounous étrangères sous-payées et exploitées derrière les portes closes des maisons de leurs employeurs.

Notre Bureau d’enquête a multiplié durant six mois les rencontres avec 15 travailleuses domestiques. Il a découvert un réseau d’agences de placement prédatrices, dans le cadre du grand reportage Piégées : l’esclavage moderne des nounous étrangères au Québec, offert sur Club illico depuis jeudi.

La majorité des travailleuses domestiques migrantes et des employeurs ayant recours à leurs services utilisent des agences de placement, moyennant plusieurs milliers de dollars.

Bien qu’il existe des agences légitimes et accréditées, l’industrie très peu réglementée permet aussi l’essor d’agences clandestines aux pratiques douteuses.

Idalmis Carreras, avocate et propriétaire d’une agence de placement, veille au respect des droits des travailleuses domestiques étrangères avec qui elle travaille. Elle dénonce les agences québécoises qui agissent dans l’illégalité en exploitant ces femmes.
Photo Agence QMI, Matt Joycey
Idalmis Carreras, avocate et propriétaire d’une agence de placement, veille au respect des droits des travailleuses domestiques étrangères avec qui elle travaille. Elle dénonce les agences québécoises qui agissent dans l’illégalité en exploitant ces femmes.

« J’ai déjà eu à intervenir auprès d’autres agences, qui ont demandé énormément d’argent [aux travailleuses] », relate Idalmis Carreras, avocate et propriétaire de l’agence Regency Nannies. Contrairement à son entreprise, un grand nombre d’agences sont exploitées à l’insu du gouvernement, sans compagnie enregistrée ni qualifications requises, dit-elle.

« Il y a beaucoup d’agences dans la complète illégalité. », assure Me Carreras.

Prétendant être une mère de famille à la recherche d’une nounou, notre équipe s’est entre autres rendue dans les bureaux d’une agence, au centre-ville de Montréal.

Durant une vingtaine de minutes, Annie Miaral, propriétaire de la compagnie Services Ménagers Eurasian, radiée d’office en 2015, nous a donné plusieurs conseils pour contourner la loi.

Le guide du fraudeur

Elle nous a montré comment éviter de payer toutes les heures supplémentaires, faire en sorte que la travailleuse paie elle-même son billet d’avion, et cacher au gouvernement le fait que la travailleuse habiterait chez nous. Par la suite, elle a refusé de s’expliquer en entrevue.

Au téléphone, trois autres agences de placement de travailleuses domestiques ont aussi laissé entendre qu’il n’était pas nécessaire de rémunérer les heures supplémentaires.

Un propriétaire s’est aussi vanté d’avoir déjà eu recours à des méthodes illégales pour faire entrer des travailleuses au pays, techniques qui s’apparentent à la traite de personnes.

Arrivées au Québec, ces femmes se retrouvent dans des résidences privées où elles travaillent souvent des heures interminables pour des salaires inadéquats, et elles sont aussi vulnérables à la violence, l’exploitation et la traite de personnes.

Lois pleines de trous

Selon Idalmis Carreras, c’est le manque d’encadrement législatif qui permet ces dérapages graves, d’autant plus que les inspections officielles se font rares dans les maisons privées.

Les témoignages recueillis par notre Bureau d’enquête montrent que certaines agences ferment les yeux sur l’exploitation et les mauvais traitements que peuvent subir les travailleuses. Les nounous, elles, n’osent pas dénoncer, car les permis de travail de ces femmes sont liés à un seul employeur.

Si elles parlent et perdent leur emploi, elles perdent du même coup leur visa et leur droit de rester au Québec.

 

Ce que des agences nous ont dit

Nous avons contacté cinq agences de placement en nous faisant passer pour une mère de famille à la recherche d’une nounou étrangère. Voici quelques exemples de ce qu’on nous a répondu 

« Vous en avez plus pour votre argent et leur journée de travail est plus longue [que celle des nounous québécoises]. »

« Tant que vous avez du riz chez vous, elle sera bien. »

« Après 40 heures, ce sont des heures supplémentaires. Mais ce n’est pas nécessaire de la payer en double. Suffit de lui parler. »

 

Un domaine qui est peu réglementé

Les deux tiers des personnes-ressources­­­ qui travaillent pour 23 agences de placement retenues par notre Bureau d’enquête ne possèdent pas les qualifications requises.

Seuls les notaires, les avocats et les conseillers en immigration accrédités peuvent fournir des services d’immigration rémunérés pour le placement de travailleuses domestiques étrangères.

La loi stipule aussi que la majorité des coûts administratifs et de déplacement requis pour l’embauche d’une travailleuse domestique migrante doit être payée par l’employeur.

Mais peu de travailleuses connaissent leurs droits. Des recherches universitaires indiquent qu’un grand nombre s’endette en payant des sommes importantes — parfois jusqu’à 10 000 $ — à leur agence, ce que notre enquête a également démontré. Ce montant peut représenter des années de salaire dans leurs pays d’origine.

Nouveau règlement

Un nouveau règlement qui doit être adopté d’ici Noël promet de resserrer l’étau autour de ces agences.

Exploiter une agence nécessitera dorénavant un permis qui coûte 1780 $ et qui n’est octroyé qu’aux demandeurs qui répondent à une liste de critères établis par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Cette semaine, la CNESST ne pouvait nous dire comment ces obligations seront appliquées et si une liste d’agences autorisées avait été compilée.


Régions où des travailleuses domestiques ont été recensées

  • Capitale-Nationale
  • Estrie
  • Centre-du-Québec
  • Montérégie
  • Montréal
  • Laval
  • Lanaudière
  • Laurentides
  • Outaouais
  • Abitibi-Témiscamingue
  • Mauricie

Source : Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

 

Plusieurs femmes exploitées dans des familles québécoises

 

Réprimandée pour avoir demandé d’être payée

Louisa se souviendra toujours de la fois où elle a été durement réprimandée par son employeur après lui avoir timidement demandé de lui payer ses heures supplémentaires.

« Il m’a tellement crié après que j’en ai saigné du nez », relate-t-elle, lorsque nous l’avons rencontrée dans les bureaux de l’organisme philippin PINAY, il y a quelques mois.

La travailleuse domestique philippine cumulait à l’époque de longues nuits blanches et des heures de travail interminables dans un condo montréalais. Elle y habitait avec son employeur et devait y être disponible 24 heures par jour.

Près de 90 % des nounous qui viennent travailler au Canada sont originaires des Philippines. Pour elles, le Canada semble une destination de rêve, car les programmes gouvernementaux qui doivent encadrer les emplois de travailleuses domestiques sont censés les aider à devenir résidentes permanentes.

Pour son enfant

Mais pour Louisa (nom fictif afin de protéger son identité), le sacrifice est énorme. Après l’altercation avec son employeur colérique, elle se rappelle s’être barricadée dans la salle de bain.

La mère monoparentale de 45 ans s’était finalement reprise en main en songeant à son adolescente, qu’elle avait laissée aux Philippines. Si elle était là, c’était pour assurer un meilleur avenir à sa fille.

Sauf que Louisa a aussi une dette à rembourser. Pour venir ici, elle a eu recours aux services d’une agence de placement, à qui elle doit maintenant des milliers de dollars.

Louisa constate aussi qu’elle a été surfacturée. Elle a payé elle-même son billet d’avion et les frais administratifs liés à son visa de travail, ne sachant pas que la majorité de ces coûts doivent être assumés par l’employeur. La propriétaire de l’agence de placement refuse de lui remettre des reçus. Seule au pays, elle n’a aucun recours.

« Je me sens si triste, on m’avait dit qu’il y aurait des gens qui m’appelleraient pour s’assurer que j’allais bien, mais ça ne s’est pas passé », révèle-t-elle.

Pas la seule

Le récit de Louisa est loin d’être unique. Derrière les portes closes de milliers de foyers québécois, des femmes, dont la majorité provient des Philippines, travaillent dans l’ombre. Elles sont amenées au Canada pour soigner les enfants et s’occuper des aînés d’ici.

Mais plusieurs sont abusées par des employeurs malveillants ou exploitées par des agences de placement bidon sous le nez des gouvernements.

 

DES TÉMOIGNAGES TROUBLANTS

Notre journaliste Brigitte Noël (de face) a recueilli les témoignages de nombreuses nounous étrangères qui travaillent ou ont travaillé dans des familles québécoises. Elles ont demandé l’anonymat par crainte de représailles.
Capture d'écran
Notre journaliste Brigitte Noël (de face) a recueilli les témoignages de nombreuses nounous étrangères qui travaillent ou ont travaillé dans des familles québécoises. Elles ont demandé l’anonymat par crainte de représailles.

Au cours des derniers mois, notre Bureau d’enquête a recueilli les témoignages de 15 employées domestiques qui travaillent ou ont travaillé dans des familles québécoises.


Violence verbale

« Les enfants m’appelaient par tous les noms, me disaient que leurs parents m’avaient embauchée pour être leur esclave. »

« Pour moi, c’était un choc. C’est ça, le Canada ? Je croyais que les gens ici étaient si gentils. »

  • Environ 50 % des travailleuses domestiques disent avoir été victimes d’abus verbal, de menaces ou d’insultes.*

Agressions

« Le père de famille me demandait parfois des massages. Des fois, il se déshabillait devant moi. »

« J’ai dû quitter mon employeuse, car elle abusait de moi, je travaillais souvent 16 à 18 heures par jour. »

  • 15 % des femmes ont subi des violences physiques *

Horaires de fou

« Je travaillais presque 24 heures sur 24, mais je n’étais payée que pour 8 heures. Je ne savais pas trop ce qui se passait avec mon salaire, car ils ne me donnaient que de l’argent comptant. »

  • 66 % des nounous étrangères travaillent plus de 50 heures par semaine, une moyenne de 10 à 12 heures par jour.*

Traitement illégal

« Mes employeurs m’ont fait rentrer au pays avec un visa de touriste. Ils ont confisqué mon passeport. »

  • Bien que la plupart reçoivent le salaire minimum, 75 % des travailleuses à qui nous avons parlé disent que leurs heures supplémentaires ne sont pas adéquatement payées ou pas payées du tout, ce qui fait que leur taux horaire est souvent bien en dessous de 12,50 $.*

*Statistiques tirées d’un rapport de recherche produit par l’UQAM.

 

« De l’esclavage moderne »

« Imaginez-vous, on a des personnes qui traversent le monde, qui quittent leur chez-soi et qui viennent dans un tout autre pays, à travers notre programme public d’immigration, mais on les abandonne dans un domicile privé sans s’inquiéter de leur sort, sans vérification régulière de leurs conditions. » – Adelle Blackett, professeure de droit de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit transnational du travail et développement.

« C’est être à la disposition constante de l’employeur, avec souvent un salaire réduit, souvent où l’employeur a confisqué leurs papiers. C’est pour ça que nous, on parle d’esclavage moderne, c’est du travail forcé d’une certaine façon. Lorsqu’elles arrivent, elles sont dans des conditions de dépendance, et de servilité, et c’est ça qui est épouvantable. » – Nicole de Sève, du Centre international de solidarité ouvrière (CISO).

« [Il y a] ce que j’appelle un spectre de l’exploitation. Ça commence avec le non-respect du droit du travail, l’exploitation, puis ça monte au non-respect des droits de la personne et, encore plus haut que ça, aux violations criminelles, aux actes criminels contre elles, et finalement, à la traite de personnes. Ce qui étonne beaucoup de gens, c’est que ça existe au Québec. » – Me Walter Chi-Yan Tom, avocat expert en droit de la personne.

 

Un organisme à leur défense

Evelyn Calugay
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Evelyn Calugay

Le gouvernement ne fournit pas assez de protection aux nounous migrantes, dénonce une Montréalaise, qui consacre depuis 25 ans la majorité de son temps à la défense des droits des travailleuses domestiques philippines.

Evelyn Calugay est une des membres fondatrices de l’organisme PINAY, qui œuvre pour la défense des droits des travailleuses domestiques philippines. Le groupe est géré par des bénévoles et ne reçoit aucun financement gouvernemental.

« [Ces travailleuses] n’ont aucune idée où aller, explique Mme Calugay. Quand elles arrivent, aucune information ne leur est donnée, il n’y a pas de programmes, de séminaires sur leurs droits (...) Elles sont laissées à elles-mêmes », se désole-t-elle.

« Les enjeux principaux qu’on a eus à gérer, c’est l’exploitation, les abus psychologiques, financiers, quelques cas de violence physique ou sexuelle, énumère-t-elle. Nous sommes obligées de faire ce travail, car le gouvernement ne fournit pas de service équivalent. »

 

Mieux partout... sauf au Québec

Ottawa a récemment annoncé des changements législatifs qui rendraient la vie plus facile aux travailleuses domestiques, explique Evelyn Calugay. Notamment, elles pourront amener leurs familles au Canada. Mais leur plus grande victoire est que leur permis de travail est désormais lié à la profession et non à l’employeur.

Cela leur permet de quitter plus aisément des situations d’abus. « Ça fait 20 ans qu’on demande ces changements ! » s’exclame Mme Calugay.

Mais cette mise à jour ne s’applique pas au Québec, qui, en 2014, s’est exclu du Programme fédéral d’aides familiaux.

Les nounous viennent encore travailler ici, mais en moins grand nombre, car l’accès à la résidence permanente est beaucoup plus difficile, et le changement d’employeur demeure compliqué, selon l’intervenante.

 

Apprendre le français

Idalmis Carreras, propriétaire de l’agence Regency Nannies, croit que Québec doit en faire plus pour aider les nounous à apprendre le français, un critère pour qu’elles obtiennent leur résidence permanente.

Les longues heures travaillées sont un obstacle qui les empêche de suivre les cours requis, dit-elle.

« Le Québec a le droit de faire ça, on est maître de notre immigration, mais si tu décides d’être le maître, tu es aussi responsable de faire en sorte que ça fonctionne », explique-t-elle.

Nous avons échangé une dizaine de courriels avec les représentants du ministère de l’Immigration pour avoir leurs explications. On nous a refusé une entrevue, pour ensuite répondre que le marché du travail québécois est différent de celui des autres provinces canadiennes et que Québec « continue ses échanges avec le fédéral pour assouplir les démarches administratives. »

 

Soupçonnés d’être des agents d’immigration illicite

Filmée à l’aide d’une caméra cachée, Shirley Baltazar a reconnu devoir de l’argent à plusieurs travailleuses.
Capture d'écran
Filmée à l’aide d’une caméra cachée, Shirley Baltazar a reconnu devoir de l’argent à plusieurs travailleuses.

Deux Montréalais soupçonnés de s’être fait passer pour des conseillers en immigration auprès de nounous étrangères sont sous la loupe de l’Agence des services frontaliers du Canada, qui a perquisitionné leurs locaux, en juillet.

Shirley Baltazar et Sebastian Alakkattussery sont soupçonnés d’avoir fourni pendant des années des services de conseiller en immigration sans les autorisations requises, moyennant d’importantes rétributions.

Cinq des 15 femmes interviewées par notre Bureau d’enquête dans le cadre du grand reportage Piégées ont allégué que Mme Baltazar leur avait demandé des milliers de dollars pour des services d’immigration qui n’ont jamais abouti.

Trois semaines après avoir été interpellée par des courriels de notre équipe, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a perquisitionné les bureaux de Shirley Baltazar et de son prétendu collègue, Sebastian Alakkattussery, indiquent des documents judiciaires.

L’ASFC croit que les deux collaborateurs « s’impliquent de façon illicite dans les demandes de statut [...] de ces travailleurs » et qu’ils demandent de l’argent pour des services d’immigration qui ne sont pas toujours rendus. Selon la dénonciation de l’ASFC, ceci aurait des répercussions importantes.

Beaucoup d’argent

À l’aide de dossiers judiciaires et de témoignages recueillis, notre équipe a réussi à dresser une liste d’une quarantaine de présumées victimes, qui ont réclamé un total de près de 400 000 $ à Mme Baltazar ou à son agence, S.B. International, dans la dernière décennie.

Plusieurs femmes disaient avoir porté plainte aux autorités, sans trop de suivi.

Une travailleuse domestique ayant fait affaire avec Mme Baltazar dans la dernière année a rapporté s’être retrouvée sans statut après que cette dernière aurait bousillé son dossier d’immigration.

« C’est le point le plus bas de ma vie, raconte-t-elle, sous le couvert de l’anonymat par peur de se faire expulser du pays. C’était mon rêve de venir ici et je risque de tout perdre. »

Lors d’une brève rencontre avec notre Bureau d’enquête dans son appartement aménagé en bureau, Shirley Baltazar a assuré qu’elle avait cessé de faire du travail d’immigration rémunéré en 2014, contredisant les témoignages recueillis et les documents de l’ASFC.

Qui dit vrai ?

Mme Baltazar a déclaré qu’elle travaille maintenant chez Diva International, l’agence de Sébastien Alakkattussery.

Mais au téléphone, ce dernier a dit qu’il ne travaille plus avec Shirley Baltazar « depuis longtemps », et a insisté sur le fait qu’il n’avait « aucune idée » des allégations portées contre sa prétendue collègue.

Shirley Baltazar reconnaît cependant devoir de l’argent à plusieurs personnes.

« Oui, oui, je veux les rembourser. Mais elles doivent me donner une chance ! », nous a-t-elle dit, expliquant qu’elle a de nombreuses dettes à payer. « Une par une, je vais le faire, sincèrement. »


♦ En 2018, Sebastian Alakkattussery a été trouvé coupable d’avoir exercé illégalement la fonction d’avocat. Il a été condamné à payer une amende de 2600 $.

 

De multiples plaintes

Notre journaliste Brigitte Noël s’entretient avec Alice Lobo, qui allègue que Mme Baltazar lui doit de l’argent.
Capture d'écran
Notre journaliste Brigitte Noël s’entretient avec Alice Lobo, qui allègue que Mme Baltazar lui doit de l’argent.

Les plaintes de travailleuses qui estiment avoir été flouées s’accumulent contre Shirley Baltazar.

Evelyn Calugay, de l’organisme PINAY, un comité de défense des droits des travailleuses domestiques, affirme avoir reçu en tout 16 plaintes contre Mme Baltazar et son entreprise dans la dernière décennie.

Certaines plaintes impliquent aussi­­­ M. Alakkattussery, propriétaire de l’agence Diva International, qui travaillait parfois de concert avec Shirley Baltazar.

Quinze travailleuses domestiques et femmes de la communauté philippine ont intenté des recours contre Shirley Baltazar depuis 2007, réclamant des montants jusqu’à 140 000 $.

Shirley Baltazar aurait promis de faciliter l’immigration de personnes souhaitant venir travailler comme nounous, moyennant 2000 $ à 4000 $ par application. Plusieurs demandeurs allèguent qu’elle cesse alors de répondre à leurs appels, et qu’elle ne livre pas les emplois promis.

La plupart des jugements ordonnent à Baltazar de rembourser les sommes, mais deux demandeurs joints par notre Bureau d’enquête disent qu’ils n’ont jamais revu leur argent, même en ayant recours à un huissier.

Vies détruites

Walter Chi-Yan Tom, avocat qui a géré quelques plaintes contre Shirley Baltazar, dit qu’à sa connaissance, aucune de ses clientes n’a été remboursée.

Il précise que l’argent n’est que la pointe de l’iceberg.

« Il y a des gens qui ont perdu le droit de rester au Canada, il y a des vies qui ont été détruites, des familles qui ont souffert. »

Evelyn Calugay explique que son équipe avait déjà approché le SPVM, la GRC et l’Agence des services frontaliers pour leur faire part des signalements, en vain.

« Vous me dites que vous allez lui permettre de continuer à faire ça ? Vous allez les laisser souffrir ? Comment pouvez-vous nous aider ? » leur avait-elle demandé.

L’enquête récemment ouverte par l’ASFC lui donne un peu d’espoir.

« On a déjà fait tellement de plaintes à différents niveaux de gouvernement, et ça n’avait rien changé », dit-elle.

L’ASFC n’a pas voulu se prononcer sur cette enquête active, pour laquelle aucune accusation n’a encore été déposée. On nous a écrit que « la plupart du temps, les perquisitions de l’ASFC mènent à des accusations criminelles. »


 Visionnez ce grand reportage de notre Bureau d’enquête en exclusivité sur Club illico.