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Martin Petit: Tout feu, tout flamme

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Photo : Jocelyn Michel / leconsulat.ca Pyroman est le quatrième spectacle solo de Martin Petit.

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Martin Petit a attendu neuf ans avant de présenter un nouveau spectacle solo. Construit patiemment au Bordel Comédie Club, dont il est l’un des copropriétaires, Pyroman continuera d’évoluer au fil de la tournée. « C’est le souci de rester pertinent », mentionne l’humoriste qui vient de fêter ses 51 ans.

En 2010, Martin Petit avait reçu des critiques élogieuses pour son troisième spectacle solo, Le micro de feu. Comme pour ses deux one-man-shows précédents, il allait remporter l’Olivier du spectacle de l’année, quelques mois plus tard.

Après une parenthèse de cinq ans pour la série Les Pêcheurs, Petit s’est remis à l’écriture d’un quatrième spectacle. En neuf ans, depuis la sortie de son spectacle précédent, beaucoup de choses avaient changé. Le plus gros changement dans sa vie personnelle ? L’éducation de ses deux garçons, Émile, 12 ans, et Achille, 10 ans.

« Au moment de la sortie du Micro de feu, je venais d’avoir mes enfants, dit l’humoriste. Là, je les ai élevés. C’est vraiment l’expérience la plus transformante que j’ai vécue dans ma vie. C’est du bon engrais pour un show. Ça ne veut pas dire que je parle de ça. Ce n’est pas un show d’anecdotes d’enfants dont tout le monde se fout (rires) ! Mais c’est un engrais. Ce qui est intéressant, c’est comment ça transforme. Les enfants ne savent pas à quel point ils transforment les gens autour d’eux. »

La game a changé

En 2010, la façon de construire un spectacle d’humour était encore basée sur le modèle traditionnel. Un humoriste écrivait généralement de deux à trois heures de contenu et il allait roder tout le texte en même temps, dans différentes salles à travers la province. Avec la création du Bordel Comédie Club et des dizaines de soirées d’humour qui ont vu le jour un peu partout, la façon de travailler a complètement changé.

« Avant, je pouvais aller à Montmagny, roder mon spectacle au complet et recevoir ensuite 14 notes de mon metteur en scène, se souvient Martin. Maintenant, je n’ai plus à attendre deux mois avant de savoir si ce que j’écris est drôle ou non. Le Bordel, ç’a changé la game en humour. On utilise énormément cet outil-là. »

Quand François Bellefeuille a approché d’autres amis humoristes [Martin Petit, Louis-José Houde, Laurent Paquin, Mike Ward, Charles Deschamps] pour lancer un comédie club à Montréal, Martin Petit ne pensait jamais que ce nouvel endroit aurait un impact sur sa propre carrière. « Tu ne peux pas voir ça venir, dit-il. C’est comme si on était des joueurs de hockey, qu’on achetait un aréna et qu’on pouvait aller y jouer quand on veut. Forcément, ça va t’aider. Les gars, on est constamment là. »

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Photo : Jocelyn Michel / leconsulat.ca

Microchirurgie

Parce qu’il s’était longtemps éloigné de la scène, pour travailler sur sa série télé, Martin Petit a ainsi pris la petite salle du Bordel comme un laboratoire pour son nouveau spectacle. « J’ai fait de la microchirurgie, dit-il. Pour Le micro de feu, je me souviens que j’avais enlevé d’un coup un bout de 25 minutes après un spectacle de rodage. J’avais fait subir ça à des gens ! Avec le Bordel, tu ne peux pas errer dans les limbes du pas drôle pendant 25 minutes. »

Durant l’écriture de Pyroman, l’humo­riste a mis sur papier ce qui l’inspirait à la semaine. Et il est allé tester presque instantanément ces nouvelles blagues au Bordel. « Je ne suis pas resté dans la théorie longtemps, dit-il. Je suis tombé tout de suite dans la pratique. Mon travail a été de remettre ça dans un ordre cohérent. Je l’ai écrit un peu comme un premier one-man-show, qui est souvent le résultat de plusieurs années de collage. »

Dans ce quatrième spectacle solo, il parle notamment de la pression que vivent les jeunes parents. « Ils vivent l’angoisse par rapport à l’avenir, dit-il. Et l’angoisse se communique tellement mieux sur les réseaux sociaux que le contraire. Tu fais rarement un appel au calme sur les réseaux sociaux. Ceux qui sont très connectés, ça procure un sentiment qui peut être anxiogène. »

La présence des réseaux sociaux dans nos vies, voilà une réalité qui n’était pas encore si présente en 2010. « Après dix ans, c’est intéressant d’en parler, dit l’humoriste. On peut commencer à avoir des bilans. »

Même si son spectacle précédent s’appelait Le micro de feu et que le nouveau s’intitule Pyroman, il ne faudrait pas trop y voir une thématique « enflammée ». « Je ne pense pas que Le micro de feu racontait l’histoire du feu (rires). Mais il y a quelque chose dans l’énergie et dans la mise en scène que j’ai faite moi-même. Je me suis même fait faire un petit bâton de dynamite en micro sur mesure ! »

  • Martin Petit présentera Pyroman les 15, 18 et 19 octobre, à l’Olympia de Montréal. Il sera aussi à la Salle Albert-Rousseau de Québec, le 11 novembre. Pour toutes les dates : martinpetit.com.

Trois décennies d'humour

Pyroman étant le quatrième spectacle solo de Martin Petit, Le Journal lui a demandé de revisiter son passé sur scène, en incluant ses débuts en humour, avec le groupe Les Bizarroïdes.

Les Bizarroïdes (1991)
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Photo Luc Belisle

« J’ai commencé mes deux carrières en même temps, le même soir. En 1991, je faisais les auditions Juste pour rire et je m’étais inscrit avec mon groupe, Les Bizarroïdes [avec Ken Scott, Guy Lévesque et Stéphane E. Roy – Annick Beaulne était aussi là au début]. Louise Richer m’avait aussi inscrit individuellement, sans trop me le dire. J’ai donc fait un numéro avec mon groupe et un autre en solo. Et j’ai gagné contre mon groupe. Ç’a commencé weird ! Ç’a créé une incertitude rapidement dans le groupe. »

« Je voulais faire ma première tournée à vie avec Les Bizarroïdes. On s’est mis à avoir du succès avec nos sketches visuels en Europe. On a fait autant de shows là-bas qu’au Québec. C’est un parcours qui est bien spectaculaire. Avant Starbuck, la première affaire qui a fait le tour du monde, c’est le sketch de la nage synchronisée. »
 
« Un des meilleurs moves de ma carrière a été d’arrêter ce groupe-là, après environ cinq ans. Nos carrières n’ont jamais aussi bien été que depuis qu’on a arrêté de faire le groupe. Mais ç’a été une excellente école, car je n’avais pas fait l’École de l’humour. »
 
Grandeur nature (1999)
« À l’époque, j’étais encore très identifié à un groupe [Les Bizarroïdes] et, à part Marie-Lise Pilote [qui était avec Le Groupe Sanguin], il n’y avait pas beaucoup d’exemples d’humoristes issus d’un groupe qui avaient connu du succès en solo par la suite. En plus, je proposais du stand-up, alors que je n’en faisais pas dans Les Bizarroïdes. Dans le milieu, il y avait beaucoup de points d’interrogation. Mais je l’ai su après. Une fois ma première terminée, les gens m’ont dit : “On n’était pas sûr, mais c’est bon !” Ç’avait été une super belle carte de visite. »
 
Humour libre (2004)
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Photo Benoit Gariépy

« J’étais arrivé avec une proposition de tout rattacher sur un seul thème : les choix. J’avais une façon de construire le show où tout était attaché et menait vers une conclusion. C’était une proposition qui était originale à l’époque. Le show aurait été parfait s’il n’avait pas eu d’entracte. Mais la pression des diffuseurs était encore vraiment forte à l’époque. »

 
Le micro de feu (2010)
 
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Photo Simon Clark

« Sans Humour libre, je n’aurais pas écrit Le micro de feu. Cette fois-là, je m’étais donné un autre défi, avec une couleur différente. [...] Je l’ai écrit comme un film. J’avais mis tous les thèmes du show dans l’ordre avant d’écrire une seule joke. C’était bien particulier comme façon d’écrire. J’avais déterminé une durée pour chaque thème, de deux à cinq minutes. Je l’ai écrit comme une commande. »