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Une femme m’a agressée sexuellement dans un bar

Je me suis retrouvée seins nus devant tout le monde

Une femme m’a agressée sexuellement dans un bar
Photo Fotolia

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Samedi dernier, dans un bar, j’ai été victime d’attouchements sexuels de la part... d’une femme. Peut-être êtes-vous déjà en train de vous dire «ben voyons ça se peut pas» ou «ça doit pas être bien grave qu’est-ce que tu veux qu’une fille fasse à une autre fille?». Bref, vous êtes sans doute en train d’avoir, comme moi, une réaction à deux vitesses. Et si ça avait été un homme qui m’avait agressée? La réaction aurait été tout autre. On l’aurait sorti du bar et la police aurait été appelée. Dans mon cas, on s’est contenté de rire jaune et de hausser les épaules, moi la première.  

Mais revenons à ce qui s’est passé. Samedi soir dernier donc, après un spectacle, les gens avec qui je suis et moi décidons d’aller terminer la soirée dans un débit de boisson. J’entre dans le bar, et une femme de mon âge s’avance vers nous. Elle est visiblement en état d’ébriété mais hey, on est dans un bar et ce sont des choses qui arrivent. La femme veut un selfie. Je m’exécute. S’en suit un charabia incompréhensible sur les parties intimes de mon chum, qui m’accompagne. La femme m’agrippe un sein et se met à le malaxer. Je lui dis de me lâcher, je me recule et je me dis en mon for intérieur qu’elle est vraiment saoule et qu’elle dérape.      

J’ai été barmaid longtemps et je sais l’effet que peut avoir l’alcool sur les cerveaux avinés. Ça n’excuse rien, mais je me dis qu’elle a compris et qu’elle va me sacrer patience. Je la regarde s’éloigner, accompagnée d’une amie, qui n’a pas l’air de la trouver drôle. Les deux filles s'en vont dehors. Je me dis que l’amie de la fille saoule un peu trop intense va la ramener chez elle et qu’elle en sera quitte pour se réveiller avec un bon mal de tête et la honte de l’avoir échappé. Je regarde mes amis. On rit jaune et on passe à autre chose.      

Une vingtaine de minutes plus tard, les deux femmes font à nouveau leur entrée dans le bar. La fille qui m’a pogné les seins se tient à distance, donc je me dis que ça va être OK. Mais non. Il ne s’est pas écoulé cinq minutes après son entrée dans le bar avant qu’elle ne vienne de nouveau vers nous. J’essaie de tourner la situation à la blague et on essaie de l’éloigner gentiment. C’est alors qu’elle tire sur le haut de soie que je porte. Elle tire dessus de façon à ce que mes seins soient complètement exposés. Je ne porte pas de soutien-gorge, donc à ce moment-là, la moitié du bar voit ma poitrine, mes amis y compris. Je pogne les nerfs et je dis à la fille de décalisser. Un membre du personnel vient nous voir et nous demande si on veut qu’ils la mettent dehors... Notre réaction: elle est saoule...si elle recommence, mettez-la dehors.      

La fille s’en retourne donc de son bord. À un moment, alors que je commande un verre au bar, elle arrive par-derrière, et m’agrippe par les seins. Elle m’agrippe si fort, que mon chum est obligé d'utiliser la force pour qu'elle enlève ses bras autour de moi. Le reste de la soirée se déroule rondement et je réussis presque à oublier l’incident du chandail et de la prise de lutte.      

Je me réveille le lendemain avec un goût amer, celui de n’avoir rien fait. C’est clair que si ça avait été un gars qui avait fait ça, il aurait été sorti du bar cul par-dessus tête. Le bar aurait appelé la police. Il aurait été dans la marde. Comme vraiment dans la marde. Mais parce que c’est une femme qui a posé un tel geste, on n’a rien fait. Moi la première. J’ai banalisé son geste en me disant qu’elle était saoule et qu’elle ne savait plus ce qu’elle faisait. Si ça avait été un gars, je l’aurais giflé et j’aurais porté plainte à la police. Même le lendemain, j’ai essayé de banaliser en me disant que c’était juste un incident malheureux.      

Je suis allée voir la définition d’agression sexuelle selon les Orientations gouvernementales en matière d’agression sexuelle. Il s’agit donc «d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite.». Un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par l’utilisation de la force. Mon double standard s’en est pris plein la gueule, ici. Non seulement ce n’était pas un geste banal, mais il s’agissait d’une agression sexuelle.     

Pourtant, personne n’a rien fait. Il y avait des dizaines de témoins et tout le monde s’est contentés de rire ou de regarder ailleurs. À l’heure où on se parle, y a même peut-être des personnes qui ont des images de mes seins dans leur téléphone intelligent.      

Je m'interroge vraiment sur la façon dont on perçoit les gestes à caractère sexuel selon qu’ils soient posés par un homme ou une femme. Je ne suis même pas encore capable de me dire que c’est si grave que ça. On m’a demandé si j’allais porter plainte. J’ai répondu que non. J’ai su que cette fille-là avait des enfants. Mon premier réflexe a été «je ne veux pas gâcher sa vie», elle a commis une erreur, tout le monde commet des erreurs. Mais si ça avait été un homme? Ferais-je preuve d’autant de diligence? Est-ce que tous les témoins, mes amis, le personnel du bar auraient passé l’éponge aussi facilement? Je ne pense pas.