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Comme une momie

Comme une momie
Elnur - Fotolia

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Depuis un peu plus d’un an je prends des médicaments pour le cholestérol. Pas que le tout soit hors de contrôle, mais seulement pour m’assurer que les taux restent normaux.

Mon médecin m’avait prévenu que chez un certain pourcentage de la population, les statines (le médicament en question) peuvent causer des douleurs musculaires et que ça pouvait arriver n’importe quand. Tu peux prendre des statines pendant dix ans et soudainement les effets secondaires font leur arrivée. Comme ça, pour rien. Comme un beau-frère qui s’invite pour bruncher dans le temps des Fêtes. Mon médecin m’avait dit que si ça arrivait, je devais arrêter de prendre le médicament en question et revenir la voir pour trouver d’autres solutions.

Depuis un peu plus d’un an tout allait très bien. Mes taux étaient beaux, le dosage était adéquat, pas de douleur, pas de complications. Ça, c’était jusqu’à avant-hier matin, alors que je me suis levé avec des muscles endoloris. La veille j’avais beaucoup joué avec mes enfants, j’avais transporté quelques articles assez volumineux. Je mets donc ça sur le dos d’une grosse journée et d’un excès de zèle.

Ensuite, il y a eu hier matin. Pour une des rares fois depuis plusieurs mois ce ne sont pas mes enfants qui ont fait office de réveille-matin, mais bien la douleur. Une douleur comme j’en avais rarement vécue. Vive et unanime sur tout le corps. Comme si mes os étaient devenus des tiges de métal et mes veines des tubes de plomb.

J’essaie tant bien que mal de faire, tout de même, la routine matinale. Préparer le café, les toasts, habiller les enfants. Je ne suis pas en panique parce que je sais ce qui se passe, je sais aussi que le tout ira de mieux en mieux plus la journée évoluera. Mais même avec de la résilience, mes muscles me font quand même aussi mal que si je venais de sortir d’un match de 15 rounds de boxe avec un 18 roues.

Au moment où j’écris ces mots j’ai encore mal. Chaque petite percussion de mes doigts sur le clavier résonne dans mon bras tout entier.

Mon expérience est passagère et je n’ai pas à me plaindre. Plusieurs personnes vivent quotidiennement avec ce genre de douleur, et souvent même bien pire. Mais j’ai réalisé que ce qui fait le plus mal là-dedans ce n’est pas la douleur physique en tant que tel, mais bien de perdre des acquis. Perdre des capacités que je n’ai jamais remises en question auparavant.

Ouvrir une porte, soulever ma fille ou serrer une main sont des gestes que je fais de façon quotidienne sans me demander comment serait ma vie si soudainement je ne pouvais plus les faire.

Je ne dis pas qu’à tous les jours nous devrions remettre en question nos acquis, mais juste nous rappeler du privilège que nous avons de vivre avec cette liberté de mouvement. De ne pas toujours avoir peur des contrecoups de la douleur à chacun de nos déplacements.

Plus la douleur me quitte plus je me sens privilégié. Et peut-être que pour les jours qui suivent, j’aurai simplement un peu plus de bonheur et de gratitude à prendre mes enfants dans mes bras, à serrer la pince de mes collègues et à écrire ces mots.