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Elizabeth Warren essuie un feu nourri

Elizabeth Warren essuie un feu nourri
AFP

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Si le sprint final de la campagne canadienne est lancé, au sud de la frontière les candidats démocrates à l'investiture ont croisé le fer pour une quatrième fois. En progression dans plusieurs sondages, Elizabeth Warren découvrait les aléas de son statut de meneuse.   

Celles et ceux qui espèrent remplacer Hillary Clinton face à Donald Trump ont essentiellement montré un front uni. Dès le départ, les modérateurs ont mis en jeu la procédure de destitution. Toutes et tous appuient le recours à la procédure et l'on en a profité pour souligner à quel point l’administration actuelle est peu soucieuse des règles et corrompue.    

C’est après ce tir groupé, lors d’échanges essentiellement respectueux, que les différents intervenants ont tenté de se démarquer. Comme Elizabeth Warren s’est hissée au premier rang, on s’attendait à ce qu’on l’attaque plus que Joe Biden. Ce fut le cas, particulièrement en santé.    

À l’instar de Bernie Sanders, elle préconise des soins de santé universels. Si le sénateur du Vermont confirme sans détour que les coûts énormes de son projet entraîneront une hausse des impôts, Warren n’a jamais répondu directement lorsqu’on l’a interrogée sur cette possibilité.     

Sanders et Warren sont les plus progressistes sur cette question, et Pete Buttigieg leur a fait la leçon. «Mayor Pete» offrirait plutôt, à ceux et celles qui le désirent, des soins de santé subventionnés par l’État. Sa stratégie est habile, puisque des millions de ses concitoyens bénéficient déjà d’une couverture en raison d’une assurance privée et craignent de la perdre sous Sanders ou Warren.    

Parmi les autres thèmes abordés, j’ai bien aimé celui de la politique étrangère. Si toutes et tous relèvent le gâchis de la stratégie actuelle, nous avons eu droit à quelques bonnes tirades. Julian Castro est parvenu à lier à la protection de la frontière la plus récente décision de Donald Trump sur la Syrie. Il lui semble paradoxal d’abandonner les Kurdes et de permettre la fuite de détenus de l’État islamique alors qu’on détient un nombre record d’enfants à la frontière américaine.    

Toujours en politique étrangère, la surprise est venue de la représentante d’Hawaï à la Chambre, Tulsi Gabbard. Celle qui a déjà été déployée en Irak s’oppose à plusieurs interventions américaines à l’étranger. On lui reproche parfois d’avoir rencontré Bachar al-Assad et d'affirmer qu’il n’est pas un ennemi des États-Unis. À ses yeux, la présence américaine vise un changement de régime en Syrie. La réponse de Pete Buttigieg n’a pas tardé. Pour le candidat de l’Indiana, les Américains ne délogent pas des dirigeants, ils ne font qu’honorer les engagements envers les alliés.    

Ce débat change-t-il la donne? Non. Le trio de tête est toujours le même. Elizabeth Warren a été solide, malgré les salves répétées. Joe Biden a offert une performance plus énergique, mais on le sent fragile quand il aborde le sujet de son fils Hunter. Une fois de plus, il s’est lié à Obama et à son expérience de vice-président. Bernie Sanders a fait bien peu de cas de son récent infarctus. Il semble être de retour en grande forme et fidèle à lui-même.    

Parmi les candidates et candidats du deuxième groupe, seule Amy Klobuchar a offert une performance inspirée, mais ce pourrait bien être trop peu trop tard. Kamala Harris et Cory Booker, longtemps considérés comme des prétendants légitimes, devront faire beaucoup plus et beaucoup mieux pour déloger le trio de tête. Seul Pete Buttigieg, bien préparé et inspiré, pourrait chauffer les meneurs.    

Les autres? Les exigences du Parti démocrate pour participer au cinquième débat pourraient avoir raison de leur détermination. Nous ne reverrons peut-être pas sur scène les Yang, Gabbard et Beto O’Rourke.    

Tom Steyer participait à son premier débat et il a été très discret. Le moment fort du milliardaire est survenu lorsqu’il a donné raison à Bernie Sanders sur le sort à réserver aux... milliardaires! Sa fortune peut le maintenir dans la course, mais il a fait bien peu, hier, pour changer la donne.