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Commando de la mafia piégé

Un chef pompier et sa conjointe ont été arrêtés pour avoir fait disparaître des traces de meurtres

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Le chef des pompiers d’un petit village de la Montérégie et sa conjointe auraient aidé de présumés meurtriers de la mafia montréalaise à « nettoyer » les traces de leurs crimes. 

C’est l’un des éléments-chocs qui ressort de l’enquête policière ayant permis d’élucider d’un coup les meurtres de quatre mafieux avec les arrestations d’autant d’accusés, hier. 

Guy Dion, directeur du Service des incendies de Saint-Jude, et sa conjointe, Marie-Josée Viau, auraient fait brûler ou disparaître des preuves, comme des vêtements portés par des tueurs présumés, selon des sources du Journal

Deux corps recherchés 

Le couple est notamment accusé des meurtres prémédités des frères Giuseppe et Vincenzo Falduto, qui sont disparus depuis le 30 juin 2016 et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. 

Les policiers ont d’ailleurs effectué des fouilles dans un rang de Saint-Jude, hier, dans l’espoir de trouver les restes des deux frères de 23 et 30 ans, a dit l’inspecteur-chef Guy Lapointe, porte-parole de l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO). 

Viau est aussi inculpée d’avoir participé au meurtre de Rocco Sollecito, qui était une grosse pointure du clan Rizzuto, au printemps 2016 à Laval. 

Son beau-frère Jonathan Massari, un trafiquant de 38 ans, est accusé d’avoir comploté et participé à ces trois meurtres en plus de celui d’un autre ex-leader du clan Rizzuto, Lorenzo Giordano, lui aussi abattu à Laval en 2016. 

Le quatrième accusé, Dominico Scarfo, 47 ans, aurait pris une part active dans les assassinats de Sollecito et de Giordano, d’après nos informations. 

Les policiers ont effectué hier des recherches dans l’espoir de trouver les restes de deux victimes de meurtres dans le rang Salvail Sud, à Saint-Jude, une municipalité en Montérégie, dont le Service des incendies était dirigé par l’un des accusés, Guy Dion.
Photo Martin Alarie
Les policiers ont effectué hier des recherches dans l’espoir de trouver les restes de deux victimes de meurtres dans le rang Salvail Sud, à Saint-Jude, une municipalité en Montérégie, dont le Service des incendies était dirigé par l’un des accusés, Guy Dion.

Infiltrés par la police 

Le Journal a appris que, pour cette enquête appelée le « projet Préméditer », les policiers ont exceptionnellement réussi à « infiltrer » le groupe de meurtriers allégués avec une « taupe » jouant le double rôle de criminel et d’agent double. 

Des suspects ont ainsi livré des aveux incriminants sans savoir qu’ils étaient enregistrés à leur insu, selon nos sources. Cette technique est souvent utilisée pour piéger des trafiquants de drogue, mais rarement dans des enquêtes de meurtres. 

« Les gens ont tendance à croire que les policiers ont peu ou pas de chances de résoudre des meurtres liés au crime organisé. On envoie donc un message très fort aujourd’hui avec ces quatre meurtres résolus », a insisté l’inspecteur-chef Lapointe, en ajoutant que ces « moyens extraordinaires » ont permis d’obtenir « des résultats qu’on croit extraordinaires ». 

D’après l’ENRCO, les accusés auraient agi sous la férule du caïd Salvatore Scoppa, lui-même tué par balles dans un hôtel de Laval au printemps dernier. 

Les meurtres élucidés hier résultent tous d’une guerre de pouvoir entre des clans rivaux au sein de la mafia italienne. 

Pris par surprise 

L’arrestation de Guy Dion, qui agissait aussi comme arbitre au hockey mineur à Saint-Hyacinthe depuis plusieurs années, a grandement surpris le maire de Saint-Jude, Yves de Bellefeuille. 

« On ne s’attendait pas à ça. C’était quelqu’un d’assez low profile. Ça prouve qu’on ne connaît jamais vraiment les gens qu’on croit connaître », a dit le maire, en ajoutant que Dion, 48 ans, a été suspendu de ses fonctions. 

Sa conjointe avait brièvement occupé un poste d’inspectrice municipale à Sainte-Madeleine en 2015. Depuis trois ans, elle siégeait au conseil d’administration de l’Université TÉLUQ comme représentante de l’association étudiante. 

« Je l’ai appris comme vous ce matin [hier]. Les autorités prendront les mesures nécessaires », a réagi Denis Gilbert, porte-parole de la TÉLUQ. 

► Les personnes arrêtées 

Photos courtoisie

► L’ENRCO a travaillé en équipe avec les enquêteurs des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec ainsi qu’avec ceux du Service des crimes majeurs et du crime organisé de la police de Montréal. 

 – Avec Jonathan Tremblay et Maxime Deland, Agence QMI 

4 victimes de meurtres 

Rocco Sollecito 

Influent mafioso et homme de confiance du défunt parrain Vito Rizzuto, il s’est fait tuer à Laval par des professionnels qui connaissaient bien ses allées et venues, le 27 mai 2016. 

Le sexagénaire a été criblé de balles non loin de son domicile au volant de son luxueux VUS de marque BMW après avoir fait un arrêt obligatoire sur le boulevard Saint-Elzéar Ouest, juste en face d’un abribus où le tireur l’attendait. 

Le tireur avait surgi de cet abribus devant lequel la victime avait dû faire un arrêt obligatoire au volant de son VUS blanc.
Photo d’archives
Le tireur avait surgi de cet abribus devant lequel la victime avait dû faire un arrêt obligatoire au volant de son VUS blanc.

Son fils Stefano Sollecito, qui avait pris la direction de la mafia montréalaise après le décès du parrain Rizzuto en décembre 2013, était emprisonné au moment du meurtre.  

Lorenzo Giordano 

Lorenzo Giordano<br>
<i>Victime</i>
Photo courtoisie
Lorenzo Giordano
Victime

Surnommé « Skunk », Giordano comptait parmi les leaders du clan Rizzuto qui ont été condamnés dans l’opération Colisée de la Gendarmerie royale du Canada. 

Giordano était passager de ce véhicule lorsqu’il s’est fait tirer dessus.
Photo d’archives
Giordano était passager de ce véhicule lorsqu’il s’est fait tirer dessus.

Connu pour son caractère bouillant, il venait de sortir du pénitencier et on le considérait comme un aspirant pour succéder à Vito Rizzuto à la tête de la mafia au moment de son meurtre, le 1er mars 2016. Le mafioso de 52 ans a été tué de plusieurs projectiles d’arme à feu dans le stationnement du Carrefour Multisports de Laval où il allait s’entraîner.  

Les frères Falduto 

Photos courtoisie

Giuseppe Falduto et son frère aîné Vincenzo, deux résidents du quartier de Rivière-des-Prairies respectivement âgés de 23 et de 30 ans, n’ont pas été revus vivants depuis le 30 juin 2016. D’après la police de Montréal, « ils étaient ensemble au moment de leur disparition ». L’aîné aurait été en relation avec le mafioso Marco Pizzi, qui a échappé à une tentative de meurtre un mois plus tard. Le plus jeune s’occupait d’un bar situé dans un édifice qui appartenait au défunt leader mafieux Lorenzo Giordano, assassiné quelques mois plus tôt. 

Assassiné par vengeance 

Ce policier a vainement tenté de réanimer Scoppa sur les lieux du meurtre.
Photo d’archives
Ce policier a vainement tenté de réanimer Scoppa sur les lieux du meurtre.

Il n’y a « pas de doute » pour les policiers que le meurtre du caïd Salvatore Scoppa, abattu dans un hôtel de Laval le 4 mai dernier, se voulait une réplique pour venger des assassinats qu’il aurait commis en 2016. 

C’est ce qu’a affirmé l’inspecteur-chef Guy Lapointe, hier, confirmant des informations que Le Journal avait rapportées le 16 mai. 

Le redoutable mafioso était soupçonné d’avoir participé aux quatre meurtres élucidés hier. Lui et son complice Jonathan Massari sont qualifiés de « dirigeants » dans l’organigramme des cinq cibles du projet Préméditer. 

Le meurtre de Scoppa, qualifié d’inacceptable par le chef de police de Laval, Pierre Brochet, n’a toujours pas été solutionné. 

L’homme de 49 ans se trouvait à une fête familiale dans un hôtel Sheraton bondé quand un tireur a vidé deux chargeurs en sa direction. 

L’opération policière Magot, menée en 2015, avait révélé que « Sal » Scoppa et son frère aîné, le chef de clan Andrew Scoppa, étaient en conflit avec celui qui était alors le chef de la mafia italienne, Stefano Sollecito.