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Forcés de fermer pour faire le ménage

Des restaurants n’ont même pas assez d’employés pour accomplir les tâches de base

IGA Roberval
Photo Courtoisie Photo d’une affiche installée récemment au IGA de Roberval et demandant la collaboration des clients.

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De plus en plus de commerces se voient forcés de réduire leurs heures d’ouverture en raison de la pénurie de main-d’œuvre, à un tel point que des restaurants de la région doivent parfois fermer l’après-midi pour permettre aux employés de faire le ménage, ou simplement parce qu’ils ne sont plus assez pour opérer.

Le Journal reçoit jour après jour des affiches installées dans des commerces de la région pour aviser la clientèle d’un changement aux heures d’ouverture.

Cela survient alors que la province a enregistré un record de création d’emplois dans la dernière année, ce qui rend le recrutement de main-d’œuvre d’autant plus ardu pour certains commerces.

Affiche de fermeture prématurée installée au restaurant Cuisine d’Été, à l’île d’Orléans, au début septembre.
Photo Courtoisie
Affiche de fermeture prématurée installée au restaurant Cuisine d’Été, à l’île d’Orléans, au début septembre.

C’est arrivé au Burger King Duplessis, qui a récemment dû ouvrir seulement de 11 h à 17 h pendant quelques jours en raison d’un manque d’employés.

Le gérant rencontré sur place travaille habituellement à la succursale Bouvier, mais il vient prêter main-forte à ses collègues qui sont frappés de plein fouet par la pénurie.

«Un quart de travail normal, on devrait être entre six et neuf employés, mais on le fait parfois à trois. Dimanche, il y avait juste moi et une autre employée. Quand ça arrive, on doit fermer la salle pour juste faire le service à l’auto», raconte Michel Hamel, qui travaille dans la restauration rapide depuis 42 ans. «Je n’ai jamais vu ça.»

Il doit parfois fermer son restaurant quelques heures en après-midi pour permettre de faire le ménage. Parce qu’à trois employés, impossible de songer à vider les poubelles pendant l’heure du dîner.

«On ferme la salle à manger pour faire l’entretien, les poubelles, les toilettes, etc. Ça devient inquiétant, c’est difficile de garder le même niveau de service», confie le gérant.

Une affiche posée dans les dernières semaines dans la vitrine du McDonald’s de Saint-Hyacinthe annonçant la fermeture de la salle à manger en raison de la pénurie.
Photo Courtoisie
Une affiche posée dans les dernières semaines dans la vitrine du McDonald’s de Saint-Hyacinthe annonçant la fermeture de la salle à manger en raison de la pénurie.

Déplacements payés

Les difficultés de recrutement sont telles que la direction de l’entreprise a passé le mot aux autres succursales de la région pour offrir un coup de pouce à ce restaurant.

«Aujourd’hui, j’ai deux employés de Beauport, j’en ai parfois de Lévis. Et on paie le taxi jusqu’à 50 $ pour les convaincre», explique M. Hamel, ajoutant avoir payé 400 $ de taxi dans une seule semaine, rien pour aider avec un chiffre d’affaires affecté par la pénurie.

«On a descendu jusqu’à 50 %, 55 % de baisse comparé à l’année précédente avant qu’on ait de l’aide des autres restaurants. Il faudrait vraiment qu’on ait de l’aide», lance Michel Hamel, qui fait même tirer des cartes cadeaux parmi les gens qui recommandent de nouveaux employés.

Kiosque de recrutement installé au 
Dollarama de Limoilou récemment.
Photo Courtoisie
Kiosque de recrutement installé au Dollarama de Limoilou récemment.

60 à 70 heures par semaine

En face du Burger King Duplessis, le restaurant Tim Hortons traverse la même crise.

La succursale doit parfois fermer ses portes en après-midi parce qu’il ne reste qu’un seul employé.

Et la situation n’est pas unique. De plus en plus d’affiches sont installées dans des commerces de la province, soit pour demander la compréhension de la clientèle, soit pour aviser de changements d’horaire imprévus.

Chaque fois, le manque de personnel est pointé du doigt (voir photos ci-dessus).

«Nos quelques temps pleins entrent pour l’ouverture, donc notre 10 heures est fait en début d’après-midi. Et j’ai juste une personne avant que les étudiants puissent entrer en soirée. Donc, on n’a pas le choix de fermer entre 14 h et 17 h», raconte Cindy Laroche, gérante de la succursale, qui fait elle-même 60 à 70 heures par semaine.

Le service écope

Affiche installée au Tim Hortons de
Saint-Lambert-de-Lauzon afin de 
demander à la clientèle d’être compréhensive pour le service difficile.
Photo Courtoisie
Affiche installée au Tim Hortons de Saint-Lambert-de-Lauzon afin de demander à la clientèle d’être compréhensive pour le service difficile.

C’est donc malheureusement le service qui écope parfois, admet l’employé, qui déplore le manque de compréhension de certains clients.

«C’est pareil partout. On doit quitter la caisse pour aller faire les beignes ou les muffins parce qu’on n’est pas assez. La majorité des clients comprennent, mais pour d’autres, c’est la fin du monde », affirme Mme Laroche. « Des solutions, il n’y en a pas 75. Ça prend juste des employés.»

Hausser les salaires n’est pas la solution

Un économiste de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) estime que la solution à la pénurie ne pourrait pas passer par de meilleurs salaires puisque plusieurs entreprises offrant de bonnes conditions éprouvent également des difficultés à recruter.

Simon Gaudreault est clair, les entreprises ne reçoivent pas de curriculum vitae, que la question du salaire soit abordée ou non. 

«Souvent, le salaire n’est même pas affiché et ils ne reçoivent rien. Il n’y a pas de main-d’œuvre, tout simplement», souligne le directeur principal de la recherche de la FCEI, ajoutant que la pénurie observable dans le secteur des services n’est «que la pointe de l’iceberg».

Limite à payer

Et même quand le salaire est mis en valeur et alléchant, les candidats sont rares. «On offre entre 14 $ et 16 $ de l’heure avec des primes occasionnelles puis les gens qu’on rencontre nous demandent des fois jusqu’à 20 $ de l’heure. Ça n’a plus de bon sens», confie un responsable d’une chaîne de restauration rapide qui a préféré conserver l’anonymat.

«Il faudra comprendre qu’il y a une certaine limite, renchérit M. Gaudreault. J’y vais par l’absurde, mais de hausser le salaire chez Tim Hortons à 30 $ ou 40 $ de l’heure parce que ça va envoyer le bon signal chez les travailleurs qui ne se seraient pas présentés autrement, ça fait juste un temps.»

«Les employeurs ont une capacité maximale de payer», insiste-t-il.

C’est pourquoi le gouvernement devra trouver des solutions, et vite clame la FCEI, qui parle de «problématique généralisée qui déferle sur le Québec».

Immigration et retraités

Selon le directeur de la recherche de l’organisme, l’immigration et le retour au travail de certains retraités pourraient faire une différence. À condition que le gouvernement mette en place les moyens pour que les entrepreneurs arrivent à leurs fins.

«On entend que le programme de travailleurs étrangers temporaires aide à court terme, mais que c’est encore très compliqué, très long et très coûteux pour les entreprises. Une immigration revampée aiderait un paquet d’entreprises», croit Simon Gaudreault, plaidant que le dossier doit être une priorité.