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La potion magique du Bloc québécois

GEN-DEBAT-FRANCOPHONE
Photo La Presse canadienne Le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’est présenté aux électeurs sous un jour nettement plus serein.

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La recette de la potion magique du druide Panoramix dans laquelle les Gaulois se servent goulûment dès qu’ils veulent terrasser les méchants Romains est secrète. Et que dire de la redoutable potion politique qui aura permis la renaissance étonnante du Bloc québécois ?

Par Toutatis, que peut-elle bien contenir pour que les Gaulois bloquistes terminent la campagne en tête des intentions de vote chez les Québécois francophones ? Son premier ingrédient est la décision fort sage de leur chef, Yves-François Blanchet, d’avoir laissé tomber l’ombre faiblarde du PQ pour s’accrocher au jupon nationaliste du populaire premier ministre François Legault.

Lequel, fort gentiment par ailleurs, lui a rendu la pareille en sommant les chefs fédéraux de ne pas se mêler des contestations judiciaires contre sa sacro-sainte loi sur la laïcité.

Transparlementaire

Quel que soit le dossier, les positions du Bloc ont muté en reflet parfait de celles du gouvernement caquiste. Du vrai copier-coller transpartisan. Voire même, pour emprunter l’expression connue de l’ex-chef du Bloc Martine Ouellet, du copier-coller transparlementaire.

Pour le dire autrement, François Legault est au chef bloquiste ce que Panoramix est à Astérix. Nul ne peut nier les talents et la pugnacité d’Yves-François Blanchet, mais c’est François Legault qui, sans nul doute, lui a insufflé suffisamment de muscle politique pour combattre Justin Trudeau et Andrew Scheer.

Le deuxième ingrédient de la potion magique du Bloc s’est avéré être l’indifférence mal avisée des libéraux et des conservateurs à son endroit. Ni M. Trudeau ni M. Scheer ne l’ont vu venir dans leur angle mort avant qu’il ne soit trop tard pour stopper sa remontée.

Apaisé

Le troisième ingrédient est le « ton » plus apaisé du chef bloquiste. Connu jadis comme le « goon à Pauline » – une expression qui faisait foi de son mauvais caractère –, Yves-François Blanchet s’est présenté aux électeurs sous un jour nettement plus serein. Un peu plus et il nous aurait fait des séances de yoga sur son autobus de campagne.

Dans la dernière semaine, il a aussi su trouver les mots justes pour dénoncer les peines outrancières d’emprisonnement imposées à des politiciens catalans pourtant dûment élus. Même le premier ministre Legault, en communiqué de presse, s’est joint à sa dénonciation.

Ajouté in extremis, le dernier ingrédient de la potion bloquiste, et non le moindre, est le vent de panique qui, dans les derniers milles, souffle sur les troupes libérales et conservatrices. En suppliant presque les Québécois d’ignorer les sirènes bloquistes, messieurs Trudeau et Scheer ont eux-mêmes officialisé la menace que leur pose le Bloc dans plusieurs comtés.

Bref, pour Yves-François Blanchet, quels que soient les résultats du vote le soir du 21 octobre, il aura remporté son pari. Il aura su ramener un Bloc moribond à la vie. Pour cela, il devra aussi remercier le premier ministre François Legault. Après tout, c’est grâce à ses interventions fortes dès les premiers jours de la campagne si le Bloc québécois s’est métamorphosé en succursale fédérale de la CAQ.