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La volte-face qu’on doit aux Québécois

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Sans l’acharnement des Québécois, jamais la taxation des géants du numérique n’aurait eu pareil écho pendant la campagne électorale.

L’offensive québécoise fut menée sur deux fronts. Celui des affaires avec Peter Simons comme chef de file et celui de la culture avec le milieu tout entier. Malgré tout, Ottawa n’a pas bougé.

En pleine campagne électorale de 2015, Stephen Harper avait déclaré que jamais il n’imposerait de « taxe Netflix ». On lui doit d’ailleurs l’appellation. Le cher Stephen aimait trop Breaking Bad pour faire de la peine à Reed Hastings, PDG de Netflix. Les conservateurs furent battus à plate couture par les libéraux de Justin Trudeau.

Contre toute attente, Trudeau endossa la misérable position de Harper. Pas question de taxe Netflix pour lui non plus. Pour faire diversion, Trudeau dépêcha Mélanie Joly, ministre du Patrimoine, en Californie. Elle en revint avec la promesse de Netflix d’investir 500 millions $ sur cinq ans au Canada.

ON CRIE VICTOIRE DANS LE ROC

Le milieu télévisuel du ROC cria aussitôt victoire. Michael Geist, gourou autoproclamé de l’internet et titulaire d’une chaire de l’Université d’Ottawa, rayonnait de bonheur. Enfin, on n’aurait plus à subventionner notre télévision. Elle nagerait dans le long fleuve de billets verts prenant sa source à Los Gatos.

Loin de joindre le concert anglophone, les Québécois accusèrent Mélanie Joly d’avoir été dupée. Elle revenait de Los Gatos sans entente écrite, et Hastings avait oublié qu’il existe une télévision francophone au Canada. Les 25 millions $ que Netflix promit par la suite aux francophones ne firent rien pour calmer la grogne.

Poursuivant leur guérilla, les Québécois finirent par convaincre le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, d’obliger les géants du numérique à percevoir la TVQ. C’est le gouvernement Legault qui en profite maintenant. Québec percevra cette année presque deux fois plus que les 28 millions de dollars estimés. Suivant l’exemple, la Saskatchewan oblige aussi les géants du net à percevoir sa taxe de vente de 6 %.

LA LOI DE LA FRANCE

Forts de la loi de l’Assemblée nationale, adoptée en juillet, qui impose les géants du numérique à hauteur de 3 % de leurs revenus en France, les Québécois ont recommencé à harceler les politiciens fédéraux pour qu’ils en fassent autant.

Pendant que Justin Trudeau et Bill Morneau se défilaient, Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine, jeta un pavé dans la mare. L’été dernier, il entrouvrit la porte à une contribution des géants du numérique à la création de contenu canadien. On lui referma la porte aussi vite sur les doigts si bien qu’il se montra circonspect sur la question au débat du 18 septembre sur la culture.

Au dernier débat de Radio-Canada, Patrice Roy revint à la charge. Ô miracle, dans une étonnante unanimité, les six chefs présents déclarèrent que les géants du numérique doivent percevoir les taxes, être imposés sur leurs revenus, et devraient même contribuer à la création de contenu canadien. Une volte-face qui n’aurait jamais eu lieu sans l’acharnement des Québécois.

P.S. Les politiciens n’étant jamais à une contradiction près, durant la seule période électorale, les deux principaux partis et leurs alliés ont dépensé en publicité plus de 10 millions $ sur Facebook et compagnie.