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Le point de bascule

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L’attaque de la Turquie contre le nord de la Syrie constitue un point de bascule. Elle révèle l’effondrement de la diplomatie américaine.

Elle consacre le retour de la Russie sur la scène mondiale. Elle solidifie l’alliance discrète entre la Turquie et l’Iran. Elle expose la paralysie de l’OTAN. Les Kurdes accusent l’armée turque de commettre des crimes de guerre et d’utiliser des gaz de combat. Si ces informations se révèlent exactes, elles feraient de Trump non seulement un traître, mais aussi un complice de crimes odieux.

1. Pourquoi l’attaque contre les Kurdes pourrait-elle faire tomber Trump ?

Le retrait des troupes américaines des territoires kurdes du nord de la Syrie touche la fibre morale des Américains. Ce retrait génère un sentiment quasi unanime de dégoût. Plusieurs dirigeants républicains se sentent même obligés de soutenir les démocrates sur ce problème. Mais la population américaine ne connaît pas encore l’ampleur de la trahison de Trump. Selon les Kurdes, l’armée américaine avait demandé aux Kurdes de détruire leurs tunnels défensifs à la frontière turque contre l’assurance de ne pas être attaqués par les Turcs. Ces accords autorisaient les Turcs à survoler le territoire kurde pour surveiller la destruction des tunnels. En réalité, les Turcs auraient profité de cet arrangement pour repérer les installations militaires kurdes.

2. En quoi l’attaque turque révèle-t-elle l’effondrement de la diplomatie américaine ?

La diplomatie américaine est en sérieuse difficulté depuis l’arrivée de Trump. La lettre enfantine que Trump a envoyée au président de la Turquie pour lui demander de retirer ses troupes montre que l’appareil diplomatique a complètement perdu son influence auprès de la Maison-

Blanche. Plus grave, le vice-président américain, qui s’est rendu en personne en Turquie, n’est parvenu qu’à faire signer un faible accord de trêve de cinq jours qui ne porte que sur une petite partie du territoire attaqué. Cet accord semble surtout destiné à sauver la face de Trump devant les Américains.

3. Pourquoi l’OTAN n’intervient-elle pas ?

C’est la question que posait hier Emmanuel Macron. La réponse est simple : parce que le gouvernement de Trump ne le souhaite pas. La Turquie aurait dû être suspendue de l’OTAN depuis longtemps. Notamment en raison de ses politiques islamistes et de ses flirts avec des pays ennemis. Mais la Turquie est un pilier important du dispositif de l’OTAN. En cas de suspension de la Turquie, les bases de l’OTAN seraient probablement redéployées en Grèce et en Jordanie. Ce transfert serait coûteux. Il signifierait aussi que la Turquie cesserait d’acheter de l’armement américain. En plus, certains pays européens sont en faveur de la politique américaine, parce que la suspension de la Turquie de l’OTAN risquerait d’envoyer quelques millions de réfugiés supplémentaires vers l’Europe. L’OTAN est donc paralysée.

4. En quoi l’Iran est-il heureux de la tournure des événements ?

La Turquie mène une politique de bon voisinage avec l’Iran, ce qui contrecarre les plans de l’Arabie saoudite, l’ennemie jurée de l’Iran. La Turquie évolue vers un statut de neutralité à l’égard de Téhéran. Cette neutralité renforcera l’Iran dans son ensemble.

5. Pourquoi la Russie est-elle satisfaite ?

Les Kurdes ont demandé l’aide de la Russie et de la Syrie. Vladimir Poutine a averti qu’il pourrait envoyer son armée se placer entre les troupes kurdes et les troupes turques. Le président turc doit d’ailleurs bientôt se rendre à Moscou. La Russie est en train de remplacer les États-Unis dans cette région vitale du monde.