/weekend
Navigation

Un bon gars, un bon livre!

Coup d'oeil sur cet article

Les bons gars ont une histoire, et elle est captivante parce qu’elle colle au Québec réel, celui que l’on connaît tous, mais que l’on raconte trop peu.

<b><i>Un homme vaillant</i></b><br/>
Yvon Laprade<br/>
Druide<br/>
370 pages<br/>
2019
Photo courtoisie
Un homme vaillant
Yvon Laprade
Druide
370 pages
2019

Tout dans Un homme vaillant affiche la droiture : le titre, indissociable de la couverture, indissociable du propos. Une netteté qui annonce d’entrée de jeu qu’on ne jouera pas ici d’effets d’écriture ou de mystères, ou d’exotisme, ou de provocation.

Il sera seulement question de Victor Plamondon, travailleur d’usine et père de famille qui arrive à la fin de sa vie et qui en remonte le cours. Un Québécois ordinaire, comme des milliers d’autres.

Ce Victor n’a d’ailleurs rien d’une fiction. Il est inspiré du père de l’auteur, le journaliste Yvon Laprade, dont c’est le premier roman.

À son décès, ce père a laissé un manuscrit « dans lequel il racontait des pans de son histoire simplement, humblement », explique M. Laprade. Or, surprise !, ce n’était pas ennuyant. On le constate à notre tour en lisant le récit que l’auteur en a tiré.

On suit un homme né à la campagne en 1924, qui reprendra la ferme familiale, mais que de durs coups amèneront à Montréal. Bien des boulots, dont chauffeur de taxi, avant qu’il trouve « sa » place à l’usine Dominion Glass, où il deviendra contremaître jusqu’à son départ forcé à la retraite.

Il mariera sa belle Fleurette, aura un gars, deviendra grand-père et s’ajustera tant bien que mal à une société qui change.

Les grands enjeux qui, au fil des décennies, vont brasser la vie des familles québécoises sont abordés : l’électrification des campagnes, la conscription, la démocratisation de l’éducation, les référendums, la crise d’Oka, mais aussi cette grande communion qu’est le hockey...

Comme dans la vraie vie

Yvon Laprade nous montre sans peine à quel point le collectif rejoint les individus. C’est présenté sans forcer la note, juste comme ça se passe dans la vraie vie.

On reconnaît par ailleurs le travail d’un journaliste dans l’exactitude avec laquelle le milieu dans lequel évolue Victor est décrit, ce qui rend ce livre encore plus attachant.

Les plus vieux retrouveront un Montréal pas si lointain, mais qui n’existe plus : le Miracle Mart de la Plaza Alexis-Nihon, l’épicerie qu’on fait chez A & P, le restaurant du 9e chez Eaton, le chalet à Châteauguay... Les plus jeunes parcourront une histoire du Québec qui s’incarne au quotidien.

En lisant Un homme vaillant, on réalise d’ailleurs à quel point les classes besogneuses sont quasi inexistantes dans le roman québécois.

Laprade parle de la génération de son père ; aujourd’hui ce serait celle qui est prise dans la circulation le matin, qui ramasse les enfants à la garderie le soir, qui va camper l’été, et qui apprend un jour que l’usine où elle bosse fermera ses portes dans quelques mois...

Il y a là du bonheur, des soucis et des rebondissements. Et c’est très agréable à lire quand, comme le fait Laprade, ça nous est bien raconté.