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Un «oubli» de 2,5G$ du plan libéral

Le parti n’a pas inclus les paiements d’intérêt sur le déficit qu’il promet dans son plan fiscal

CANADA-ELECTION/LIBERALS
Photo d'archives, REUTERS Le chef libéral Justin Trudeau a dévoilé le 29 septembre la plateforme de son parti qui incluait un déficit de 30 milliards de dollars plus important que prévu sur quatre ans, et qui omettait le paiement de l’intérêt sur cette nouvelle dette.

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OTTAWA | Le déficit de Justin Trudeau risque d’être plus gros que ce qu’il a annoncé. Le premier ministre en campagne a oublié d’ajouter 2,5 milliards de dollars au déficit de 94 milliards qu’il a prévu pour les quatre prochaines années.

Il y a trois semaines, le Parti libéral du Canada (PLC) a annoncé en grande pompe une plateforme électorale qui était loin du retour à l’équilibre budgétaire.

Le plan prévoit que 94 milliards de dollars (G$) seront ajoutés à la dette canadienne au cours des quatre prochaines années à cause des nouvelles promesses du parti, soit 30 G$ de plus que la plus récente estimation du directeur parlementaire du budget (DPB).

Mais ce qui n’est pas inclus dans les chiffres avancés par le PLC en campagne, ce sont les paiements d’intérêts que les contribuables devront éponger à cause de cette dette supplémentaire. Une coquette somme de 2,5 G$, selon le calculateur des frais sur la dette publique disponible sur le site web du DPB.

En d’autres mots, les libéraux ont annoncé qu’ils ajouteraient 31,5 G$ à la carte de crédit du pays, mais ont omis de mentionner les 2,5 G$ en intérêts que les Canadiens allaient payer en plus.

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Les autres l’ont calculé

Pourtant, le NPD, les conservateurs et le Parti vert du Canada ont tous tenu compte des intérêts dans leur plan financier.

« Les libéraux auraient dû inclure une ligne pour la hausse des frais d’intérêt [dans leur plan]. Les autres partis l’ont fait », analyse Kevin Page, ancien DPB et président de l’Institut des finances publiques et de la démocratie à l’Université d’Ottawa.

Au PLC, on admet que l’intérêt additionnel n’a effectivement pas été pris en compte, mais on jure qu’il n’y a rien « d’incohérent » dans cette décision.

On justifie la décision en indiquant qu’on n’a pas plus calculé l’impact positif sur l’économie des nouvelles mesures annoncées, telles une nouvelle assurance médicaments pancanadienne ou la construction de 500 000 nouveaux logements sociaux.

Selon les libéraux, les effets bénéfiques résultant de ces stimuli économiques compenseront les 2,5 G$ payés en intérêts supplémentaires.

« A priori, il n’est pas certain que l’un égale automatiquement l’autre », nuance toutefois Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke. Celui-ci aurait aimé voir les deux calculs chiffrés dans le plan économique des libéraux, par souci de transparence.

« Si les déficits additionnels sont l’équivalent d’un stimulus sur l’économie, on devrait les mettre dans la colonne des revenus du cadre financier. Et on devrait mettre dans les dépenses la hausse des coûts de l’intérêt », ajoute-t-il.