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Carnet de campagne : les néodémocrates (3/4)

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Au cours des prochains jours, je révise mes notes de campagne afin d’évaluer la campagne électorale de chacun des partis politiques canadiens.   

Le 21 octobre prochain, le chef du NPD, Jagmeet Singh, réussira sans doute à sauver les meubles de son parti, alors que nous croyions tous que la maison néodémocrate était brulée, impossible à reconstruire.  

Voilà pourquoi leur montée dans les sondages relève déjà de l’exploit.  

Sans aucun doute, le NPD a connu une campagne au-delà des attentes. Les Canadiens sont tombés sous le charme de ce chef peu connu, mais attachant et charismatique.  

En même temps, plus la campagne avançait, plus Jagmeet Singh construisait sa propre identité politique. En octobre 2017, au moment de se faire élire à la tête du parti, on nous le présentait alors comme un genre de Jack Layton 2.0, souriant et bienveillant.  

Au début de la campagne, on le disait plutôt batailleur, dans une publicité où il boxait et roulait en vélo au devant de pétrolières.  

Finalement, les Canadiens auront retenu son côté détendu et sympathique. C’est véritablement lors des deux débats de Radio-Canada qu’il s’est fait découvrir.  

D’ailleurs, un peu comme Québec solidaire à la dernière élection, le NPD s’est démarqué sur les médias sociaux en réussissant à transmettre avec efficacité leurs messages. Prenons exemple de la vidéo que Singh a publiée sur Tik Tok et qui circule un peu partout sur Twitter. En 15 secondes, tout est là : ses axes de campagnes, ses priorités et ses ennemis. C’est court, efficace, jeune et facile à mémoriser.  

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a pu canaliser une partie du vote des 18 à 34 ans, un électorat déçu de Justin Trudeau et de la campagne. 

C’était les fleurs, voici le pot  

Tout cela n’aurait jamais été possible si le NPD avait été une véritable menace au pouvoir, comme en 2015. Jamais ils n’ont eu à défendre leur plateforme et leurs positions plutôt floues durant la campagne.  

Lorsque Singh déclare qu’il jetterait le nouvel accord de libre-échange signé avec les États-Unis, il aurait dû être questionné plus ardemment. Vous souvenez-vous des demandes farfelues et irrecevables de Trump ? Dans le contexte américain, l’accord signé par les libéraux était un cadeau du ciel.  

Le cadre financier du NPD relevait également davantage de la fantaisie que du réalisme. Le parti espérait, avec tout le sérieux du monde, récupérer 130 milliards dans les quatre prochaines années pour financer leurs différentes mesures... mais sans que l’on sache vraiment comment ils y parviendraient.  

Je veux bien croire qu’une taxation plus robuste des plus riches et la fin des subventions à l’industrie pétrolière soient nécessaires, mais l’approche néodémocrate relève d'un irréalisme naïf qui nous prouve qu’ils sont davantage un parti d’opposition que de pouvoir.  

La disparition au Québec  

Au Québec, le NPD risque la quasi-disparition de la carte électorale québécoise, après avoir fait élire 59 députés il y a seulement 8 ans.  

Certaines mauvaises langues tentent d’associer cette descente à une certaine xénophobie québécoise. Son turban aurait le dos large.  

Les problèmes de Singh au Québec sont davantage dus à sa conception du fédéralisme et son aversion au nationalisme québécois qu’à un bout de tissu. Le refus catégorique néodémocrate aux « quatre priorités concrètes » du gouvernement Legault illustre bien ce désalignement idéologique entre le Québec et le NPD.  

Les principaux axes de campagnes néodémocrates empiétaient sur les champs de compétence des provinces. Le Québec, conscient de sa fragilité politique, a l’épiderme beaucoup plus sensible que le reste du Canada lorsqu’un parti fédéral tente de s’ingérer dans ses pouvoirs.  

Certes, même si le NPD s’est récemment targué que le « progressisme, c’est eux », il semblerait que les Québécois, à l’élection du 21 octobre prochain, désirent d’abord être traités comme une province distincte du reste du Canada, à qui on ne menace pas d’intrusions perpétuelles dans leur champ de compétences.