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Sans cachette ni détour

Cole Caufield souhaite s’imposer lui-même une pression

Cole Caufield
Photo courtoisie UBC Athletics, Rich Lam Cole Caufield est reconnu pour posséder un tir foudroyant.

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Choix de premier tour du Canadien lors du dernier repêchage, Cole Caufield a rapidement indiqué qu’il souhaitait se joindre au Tricolore à la fin de la présente campagne. L’attaquant de 18 ans a mis toutes les chances de son côté en connaissant un brillant début de saison avec les Badgers de l’Université du Wisconsin. Le Journal de Montréal s’est rendu à Madison pour rencontrer la jeune sensation, de même que ses coéquipiers et son entraîneur. Vous pourrez lire un compte-rendu de ces entrevues aujourd’hui, demain et mardi.


MADISON, Wisconsin | Même si le calendrier de la NCAA n’est amorcé que depuis deux semaines, le désir de Cole Caufield de se joindre au Canadien dès la fin de la présente campagne est déjà bien documenté. Voilà qui détonne en comparaison avec les autres hockeyeurs du même âge qui préfèrent, habituellement, garder leurs véritables aspirations pour eux.

Rencontré dans les corridors du Kohl Center, le domicile des Badgers de l’Université du Wisconsin, le choix de premier tour du Canadien lors du dernier repêchage a expliqué sa philosophie.

« Je trouve que c’est important dans la vie de se fixer des objectifs élevés. Une façon de faire qui incite à travailler tous les jours à l’entraînement », a-t-il déclaré, au cours d’une généreuse entrevue avec l’auteur de ces lignes. « Oui, c’en est un gros [objectif], et j’espère le réaliser bientôt. »

Le souhaiter est une chose. En parler sans détour en est une tout autre. Particulièrement dans un marché comme Montréal, où la pression se pointe bien assez vite et de façon plutôt intense. Ce qui n’empêche pas la prodigieuse recrue des Badgers de persister et de signer.

« Je me sens à l’aise d’en parler ouvertement. Je me suis toujours mis beaucoup de pression sur les épaules. J’adore le faire, a-t-il souligné. Je comprends que le chemin est encore long, mais je veux garder constamment un œil sur ce but. »

Une décision en temps et lieu

On aurait pu croire que le fait d’avoir la tête déjà à Montréal lui ferait peut-être perdre de vue sa mission à court terme : amener les Badgers, l’équipe favorite de son enfance, à grimper les échelons de la NCAA. Or, après trois matchs, il avait déjà six buts à sa fiche.

« Tout ce que je souhaite, c’est aider l’équipe à gagner. Quand je marque des buts, c’est ce que je fais », a-t-il indiqué, le plus simplement du monde.

D’ailleurs, Tony Granato, l’entraîneur des Badgers, ne voit pas d’un mauvais œil les idées de grandeur de son jeune protégé. Il croit même que le contraire aurait été inquiétant.

« Si j’étais l’un des dirigeants du Canadien, je voudrais l’entendre dire qu’il veut se joindre à l’équipe rapidement. Je voudrais le voir faire les efforts pour y parvenir et me confirmer que je ne l’ai pas repêché au premier tour pour rien. »

La saison est encore jeune, mais Granato assure que l’objectif de Caufield est réaliste.

Du moins, pour l’instant. Le développement et la progression du jeune homme au cours des prochains mois dicteront la suite, à court terme, du parcours de l’attaquant droitier.

« À ce moment, je lui dirai ce que je crois être le mieux pour son avenir. S’il est prêt pour la LNH, ce que j’espère, je l’encouragerai à y aller. Mais je serai réaliste et honnête avec lui », a soutenu Granato, autrefois entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado.

Trop petit ?

D’ici là, Granato, lui-même un ancien Badgers, souhaite que Caufield savoure chaque instant de sa vie étudiante et qu’il profite des installations que lui offre l’université du Wisconsin pour développer sa maturité physique.

Il n’est pas sans savoir que plusieurs équipes ont levé le nez sur ce jeune talent en raison de ses 5 pi 7 po et de ses 167 lb. Une grossière erreur, selon lui.

« Ça fait trois ans que je le suis. Il ne s’engagera pas dans une lutte physique avec Zdeno Chara, mais il sera intelligent dans sa façon de récupérer la rondelle et il sera difficile à couvrir », a analysé l’ancien joueur des Rangers, des Kings et des Sharks.

« Quand il sera dans la Ligue nationale, toutes les équipes adverses l’étudieront avant d’affronter le Canadien. Ils diront qu’il se place à tel endroit et qu’il a tendance à tirer de telle façon. Il va les faire mentir chaque fois. Ses mains sont un véritable arsenal », a-t-il poursuivi.

Jusqu’à maintenant, Granato a vu juste. Mais le hockey professionnel est un tout autre animal. Attendons voir.

Une garnotte hors du commun

À la barre des Badgers de l’Univerrsité du Wisconsin, Tony Granato est emballé par l’évolution de Cole Caufield.
Photo courtoisie UW Athletics, Don Sanger
À la barre des Badgers de l’Univerrsité du Wisconsin, Tony Granato est emballé par l’évolution de Cole Caufield.

Les joueurs universitaires capables de faire le saut dans le circuit Bettman après une seule saison ne sont pas légion. Pourquoi l’espoir du Tricolore ferait-il partie des exceptions ?

« Sa capacité de marquer des buts est ce qui le sépare de tous les autres. Cole est dans la même catégorie que Brett Hull, Steven Stamkos et Alex Ovechkin, a lancé Tony Granato, son entraîneur. Bien sûr, il n’a pas encore atteint la LNH, mais ce qu’il a accompli avec l’équipe de développement des États-Unis prouve qu’il est dans une classe à part. Ses statistiques sont plus impressionnantes que celles de Phil Kessel, Auston Matthews et Patrick Kane. »

Wow ! En quelques secondes, le pilote des Badgers a placé le nom de son joueur recrue dans le même groupe que des athlètes combinant 15 campagnes d’au moins 50 buts dans la LNH. Pourtant, Granato, qui a lui-même joué 13 saisons dans le circuit Bettman, a déjà vu neiger. Il est conscient que plusieurs espoirs à qui on promettait un brillant avenir n’ont jamais réussi à combler les attentes une fois dans la LNH.

« Vrai, a-t-il reconnu. Mais la chose la plus difficile à faire dans la LNH, c’est de mettre la rondelle dans le filet. Tu peux être bon dans un paquet de facettes du jeu, mais savoir marquer des buts, c’est l’aspect qui est plus difficile à maîtriser. Lui, il l’a. »

« J’ai joué avec Luc Robitaille et je connais bien Michel Goulet. Comme tous les autres marqueurs, ils avaient la même mentalité : “Donne-moi la rondelle, je vais compter.” Ils avaient cette confiance en eux. Cole est dans le même moule », a poursuivi Granato, ajoutant ainsi sept saisons de 50 buts à la liste des comparatifs.

Les enseignements de Paul

À sa dernière saison avec le programme national de développement américain, Caufield a inscrit 72 buts, surpassant la marque de 55 détenue par Matthews. Ses 126 buts au cours de son séjour de deux campagnes dans ce programme sont 21 de plus que Kessel, détenteur de l’ancienne marque. Vendredi, il est devenu le premier joueur des Badgers, depuis John Newberry, à l’automne 1981, à marquer deux buts à chacun de ses trois premiers matchs.

Le secret ? Une dégaine rapide.

« C’est ce que mon père nous a enseigné », a raconté Caufield, rencontré sous les gradins du Kohl Center. « Plus vite tu dégaines, plus grandes sont les chances que la rondelle pénètre dans le filet. C’est probablement la principale qualité de mon tir. »

Paul Caufield s’y connaît en la matière. En quatre saisons à Stevens Point, dans la troisième division de la NCAA, il a fait scintiller la lumière rouge avec 126 buts en 148 matchs, fracassant le record de l’institution. Puis, pendant quelques étés, il a dirigé une école de hockey baptisée Shoot to score.

« Cole a indéniablement hérité de son lancer. Il marque des buts, peu importe la façon. Mon père faisait la même chose », a comparé Brock Caufield, frère aîné de Cole, qui porte également l’uniforme des Badgers.

« Regardez-le décocher ses tirs. En un claquement de doigts, la rondelle est partie. Un tir puissant, c’est une qualité, mais rien de vaut une dégaine rapide. Tu peux battre un gardien de n’importe quel angle. C’est ce qui fait la force du tir de Cole », a ajouté Brock.

Une méthode particulière

En plus de la dégaine rapide, le tir sur réception semble l’une des armes favorites de l’attaquant de 18 ans. Un art qui requiert une passe précise. Pour le commun des mortels, du moins.

« Les passes ne seront pas toujours parfaites, mais les bons joueurs trouvent une façon de décocher de bons tirs quand même. À ce niveau, je cherche constamment à m’améliorer », a souligné le plus jeune des Caufield.

Pour parfaire cet outil, l’espoir du Canadien utilise une méthode plutôt particulière.

Son frère l’explique :

« Pendant l’été, on s’entraîne en se faisant des passes horribles. On s’envoie la rondelle dans les patins ou trop loin en avant. Plus la passe qu’on reçoit est mauvaise, plus on est content. Ça permet de développer la coordination entre les yeux et les mains. »

Et, manifestement, de remplir les filets adverses.