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Le Liban et la corruption

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Photo AFP Des milliers de personnes ont manifesté hier dans le centre-ville de Beyrouth.

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Depuis quelques jours, des centaines de milliers de Libanais manifestent dans les rues pour demander des changements politiques majeurs. Tous sont unis autour d’une même revendication : ils en ont assez de la corruption.

Dans ce qui prend de plus en plus l’allure d’un nouveau printemps arabe, la population libanaise proteste contre l’incompétence et la corruption des élites politiques.

Transparency International classe le Liban au 42e rang des pays les plus corrompus de la planète.

Le pays est aussi le quatrième plus endetté au monde, avec un ratio de dette qui atteint 155 % de son PIB.

Dans ce contexte d’endettement extrême, le gouvernement libanais a demandé l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Sans l’argent du FMI, la devise du Liban risquait d’être fortement dévaluée. Comme d’habitude, le FMI a promis son aide en échange de fortes mesures d’austérité.

Le FMI veut que le gouvernement hausse les taxes sur l’essence, qu’il privatise les télécommunications et qu’il coupe de 50 % les salaires des fonctionnaires. Il veut aussi que le secteur de l’énergie soit restructuré.

Hier, les partis membres de la coalition gouvernementale ont fini par accepter ces mesures.

Mais comme presque toujours, les mesures exigées par le FMI risquent de rendre la vie beaucoup plus difficile à la population. C’est que le Liban a des taux de chômage élevés, en particulier parmi les jeunes, où il atteint plus de 30 %.

Il est bien évident que les mesures exigées par le FMI, si elles fonctionnent, ne vont sauver que temporairement l’économie du Liban.

Corruption profonde

C’est que la corruption est tellement profonde et étendue que les améliorations apportées à l’économie pourraient être rapidement détournées pour enrichir quelques particuliers, plutôt que de servir à l’amélioration du bien-être de tout un chacun.

En d’autres termes, les mesures demandées par le FMI risquent de faire très mal à la population en général et d’enrichir les plus corrompus.

Comment éradiquer toute cette corruption ? Il existe plusieurs solutions. Le gouvernement pourrait mettre sur pied des bureaux d’enquête indépendants et compétents. Il pourrait s’assurer que le système de justice devienne plus indépendant. Il pourrait déclarer une amnistie pour certains crimes de corruption, mais voter des lois très sévères contre les nouvelles affaires de corruption.

Mais toutes ces mesures demandent une volonté politique réelle de lutter contre la corruption.

Rapprochement avec l’Iran ?

Hier, le gouvernement est tout de même parvenu à faire adopter un certain nombre de mesures qui prévoient l’établissement rapide d’organismes de surveillance et de promotion de la transparence.

Mais cela suffira-t-il ? Les mesures d’austérité vont faire mal à la population et la lutte contre la corruption risque de s’arrêter à des demi-mesures.

Dans ce contexte, le gouvernement libanais pourrait facilement tomber. Le Liban pourrait alors se retrouver non plus entre les mains d’une coalition de partis pro-occidentaux, mais plutôt entre les mains d’une coalition de partis pro-iraniens.

Un Liban dirigé par des partis pro-iraniens perdrait probablement une bonne part de son financement extérieur, ce qui affaiblirait encore davantage l’économie du pays. Un tel gouvernement aurait des relations encore plus tendues avec Israël et ce qui reste des alliés américains dans la région.