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Alicia au pays de la danse

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L’hommage à Alicia Alonso dans le Gran Teatro nacional Alicia Alonso.
Photo Jacques Lanctôt
L’hommage à Alicia Alonso dans le Gran Teatro nacional Alicia Alonso.

 

La grande ballerine Alicia Alonso, celle qu’on appelait « la première ballerine absolue », est décédée cette semaine à l’âge 98 ans. À Cuba, elle était une légende vivante. Difficile de comprendre ce phénomène, pour nous Québécois pour qui le ballet se résume bien souvent à Casse-Noisette, une fois l’an. À Cuba, c’est un art populaire. Les Cubains de toutes les couches sociales se pressent pour assister aux représentations du Ballet national de Cuba, dont les billets se vendent comme des petits pains chauds, tout comme ils se pressent pour inscrire leurs enfants aux cours offerts dans les différentes écoles de ballet à travers le pays. Les œuvres Giselle ou La Belle au bois dormant n’ont plus de secrets pour eux.

La foule était nombreuse à défiler devant la dépouille de la Première danseuse absolue.
Photo Jacques Lanctôt
La foule était nombreuse à défiler devant la dépouille de la Première danseuse absolue.

Alicia Alonso a été affectée par une cécité partielle vers l’âge de dix-neuf ans, alors qu’elle était déjà ballerine. Ayant fait le vœux de consacrer sa vie au ballet, elle donc poursuivi sa carrière, en aménageant les scènes où elle se produisait, de New York à Moscou, en passant par Londres et Paris, de façon à trouver facilement ses repères et en comptant sur des faisceaux lumineux de couleur qui guidaient littéralement ses pas. Un véritable tour de force qui eut certainement une incidence sur sa virtuosité. Une étoile était née, selon l’expression consacrée.

En 1959, avec le triomphe de la Révolution, est créé le Ballet national de Cuba, que dirigera Alicia Alonso, ainsi que l’école de ballet, qui formera plusieurs générations de danseuses et danseurs. Elle deviendra, dès lors, l’ambassadrice culturelle du jeune gouvernement révolutionnaire, côtoyant les grands chorégraphes de l’époque, et méritera de nombreux prix et distinctions à l’échelle aussi bien nationale qu’internationale. En juin 1967, elle se produira à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, avec les Grands Ballets canadiens.

Le magnifique foyer avec ses colonnes de marbre où sera exposée la dépouille de la ballerine Alicia Alonso.
Photo Jacques Lanctôt
Le magnifique foyer avec ses colonnes de marbre où sera exposée la dépouille de la ballerine Alicia Alonso.

Alicia Alonso aura à cœur de rendre le ballet classique accessible à toute la population et elle a merveilleusement réussi. Pour la majorité des Cubains, il s’agit d’une perte inestimable, car cette figure emblématique de la danse représentait la femme cubaine en pleine possession de ses moyens, qui a réussi à se hisser au firmament de sa pratique artistique malgré les difficultés inhérentes à sa cécité partielle.

Dès l’annonce de son décès, des milliers de Cubains se sont pressés aux abords du Gran Teatro qui porte son nom, sur la magnifique avenue du Prado, à deux pas du Capitolio. Samedi dernier, sa dépouille a été exposée dans le foyer du Grand Théâtre de La Havane, également siège du Ballet national de Cuba, avec tous les honneurs de la patrie, et des milliers de Cubains, provenant aussi bien du monde ordinaire que de la colonie artistique et de la haute direction du pays, ont fait la file pendant des heures pour lui rendre un dernier hommage. Elle a ensuite été inhumée au cimetière Colon, de la capitale.

Le Gran Teatro nacional Alicia Alonso, sur l’avenue du Prado.
Photo Jacques Lanctôt
Le Gran Teatro nacional Alicia Alonso, sur l’avenue du Prado.

Son héritage ne fait pas de doute car la relève est nombreuse et bien présente. Il suffit de se promener, le samedi matin, sur l’avenue du Prado, devant l’école de danse, pour le constater. Avec un peu de chance, vous pourrez assister à des exercices de danse classique en plein air. Oui, nous sommes bien au pays de la danse. « Moi, je danse dans ma tête », disait fréquemment la « prima ballerina assoluta ».

Le Gran Teatro de nuit.
Photo Jacques Lanctôt
Le Gran Teatro de nuit.