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Le concours des mal-aimés

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► Chronique rédigée à 23h06

La remontée du Bloc au Québec et le grand nombre de courses à trois avaient rendu très incertaine l’issue de cette élection.

Ajoutez-y l’imprévisibilité liée au nombre croissant d’électeurs qui choisissent au dernier moment.

Mais globalement, les sondeurs avaient vu juste : dès les premiers résultats dans l’Est du pays, on voyait que le vote libéral tenait le coup mieux que prévu.

De justesse

Il y avait quelque chose d’ironique dans cette campagne. Les deux seuls chefs qui avaient une chance d’être premier ministre furent ceux qui menèrent les deux plus mauvaises campagnes.

Entre deux maux, les urnes ont donné une majorité de sièges au mal que les Canadiens connaissent le mieux. Justin Trudeau sauve les meubles parce qu’au dernier moment, les électeurs sur lesquels comptait le NPD, surtout en Ontario, ont basculé vers lui pour bloquer les conservateurs.

Il faut évidemment craindre une orgie de dépenses et un soutien musclé du gouvernement Trudeau aux contestations judiciaires de la loi 21.

Vous n’avez pas fini d’entendre parler de laïcité. Du côté des finances publiques, ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui en paieront le prix, même s’ils ne s’en soucient guère pour le moment. Les conservateurs, eux, vont s’en vouloir longtemps.

Justin Trudeau, probablement l’homme le moins bien outillé pour la fonction de premier ministre depuis Joe Clark en 1979, était très vulnérable.

Mais Andrew Scheer n’a pas su mettre en pratique une des plus vieilles lois de la politique : il faut se définir soi-même, sinon ce sont vos adversaires qui vont vous définir négativement.

Cet homme est resté une énigme tout au long de la campagne, affublé d’un sourire niais, projetant un manque d’énergie, peinant à trouver la riposte quand il était dans le trouble.

Les conservateurs ont attaqué et attaqué, mais n’ont jamais donné des raisons positives de voter pour eux. Andrew Scheer a signé son arrêt de mort politique.

Le Bloc, donné pour mort il y a un an, aura trois fois plus de députés que dans la législature sortante. Voilà qui illustre à quel point le Québec est un pays dans un autre pays, irréductiblement différent, pas seulement par sa langue, mais aussi par certaines de ses valeurs.

Le Québec français refuse de se fondre dans le moule canadien et s’est reconnu en M. Blanchet.

Finira-t-on par cesser de prophétiser à intervalles réguliers l’agonie du nationalisme québécois ? Il y a un indéniable frémissement du côté des verts, même s’il ne s’est pas traduit en sièges. Indéniablement, les mentalités changent.

Après

Combien de temps durera ce gouvernement minoritaire ? Nul ne le sait à ce stade-ci. Chacun fera ses calculs, l’œil rivé sur les sondages, mais l’histoire montre qu’un Parlement divisé n’est jamais à l’abri d’une pelure de banane que personne n’a vue.

Un dernier point : il y a quelque chose d’exagéré dans les campagnes électorales américaines qui durent des années. Mais ne faudrait-il par repenser une campagne électorale canadienne qui, au fond, s’est jouée sur trois débats télévisés ?