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Le grand perdant

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► Chronique rédigée à 23h06

Vous direz que je joue sur les mots, mais hier, ce n’est pas Justin Trudeau qui a gagné.

Avec tous les scandales qui ont éclaboussé le premier ministre pendant son premier mandat, Scheer aurait dû gagner les doigts dans le nez.

Or, le chef conservateur n’a pas été capable de profiter de la mauvaise posture de son adversaire.

Attendons-nous à une course au leadership chez les conservateurs...

Perdre alors que ton adversaire est dans les cordes, ce n’est pas décevant : c’est impardonnable.

SON CHIEN EST MORT

Le problème avec Andrew Scheer est qu’il n’a jamais réussi à convaincre les électeurs canadiens de lui donner un chèque en blanc.

Comme m’a dit un couple que j’ai croisé lors de la marche Pierre Lavoie, dimanche : « On n’aime pas Justin Trudeau, on le trouve vide, mais s’il faut choisir, on préfère un gouvernement libéral à un gouvernement conservateur... »

En fait, on pourrait dire que tout s’est joué lors des premières minutes du Face à Face de TVA. Quand Pierre Bruneau a demandé à Andrew Scheer s’il était personnellement pour ou contre le libre-choix en matière d’avortement, et que le chef conservateur a refusé de répondre à la question, son chien est mort en direct.

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Il aura fallu 24 heures pour que monsieur Scheer accepte finalement de répondre à cette question lors d’un point de presse au Nouveau-Brunswick.

C’était déjà trop tard.

Dans la tête de plusieurs Canadiens, la cause était entendue : le chef conservateur avait caché ses convictions personnelles pour ne pas nuire à sa campagne.

De là à dire que son parti était une formation pro-vie qui se drapait dans des oripeaux pro-choix pour ne pas effrayer les Canadiens, il n’y avait qu’un pas que plusieurs électeurs n’ont pas hésité à franchir.

Comme l’a écrit Martin Petit hier : « La campagne de Scheer a avorté. »

LA GOUTTE DE TROP

Alors que le chef conservateur creusait sa tombe, le Bloc, lui, se levait d’entre les morts, grâce à l’élite politico-médiatique canadienne-anglaise qui a passé les derniers mois à traiter les Québécois de racistes, de xénophobes et d’intolérants.

Un moment donné, assez, c’est assez.

Comme aurait dit René Lecavalier : « Le joueur de centre Yves-François Blanchet a compté avec l’aide d’Althia Raj, journaliste au Huffington Post ! »

Là encore, tout s’est joué lors d’un débat.

La question hyper biaisée que madame Raj a posée lors du débat en anglais de Radio-Canada (« Allez-vous contester la loi discriminatoire du gouvernement Legault ? ») fut la goutte qui a fait déborder le vase.

Quand c’est rendu qu’une modératrice ne se gêne même plus pour traiter les Québécois de racistes en plein débat national, c’est que tous les coups sont permis, même les plus « dégueulasses », pour reprendre l’expression de Jagmeet Singh.

Hier, en votant Bloc, les Québécois francophones ont relancé le sempiternel débat sur la société distincte.

Avons-nous, oui ou non, le droit de nous gérer comme nous l’entendons ?

Hâte de voir ce que Justin Trudeau va faire.

S’il conteste la loi 21, il va mettre le feu aux poudres au Québec.

S’il ne la conteste pas, les Canadiens anglais ne lui pardonneront pas.

Bref, sortez le pop-corn, le fun commence.