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Le retour du balancier

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Photo Agence QMI, Joël Lemay En neuf mois seulement depuis son couronnement à la tête du Bloc québécois, Yves-François Blanchet a réussi à le ressusciter.

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Chronique rédigée à 23h00

En 2011, le Québec vivait sa vague orange. En 2015, sa vague rouge. En 2019, considérant que le Bloc québécois était jugé mourant au déclenchement de la campagne, avec plus de 30 sièges au moment de mettre sous presse, le mot « vague » serait peut-être un brin exagéré. Sa renaissance est néanmoins spectaculaire.

La recette de sa résurgence ne fait aucun doute. Son ingrédient premier est le pif stratégique de son chef, Yves-François Blanchet. Son choix de se délester de son « parti frère » péquiste pour s’accrocher au nationalisme plus traditionnel du premier ministre François Legault fut le bon.

Qui plus est, le Bloc s’est érigé en grand défenseur de la populaire loi caquiste sur la laïcité.

Les demandes insistantes faites par M. Legault aux autres chefs fédéraux de ne jamais intervenir en cour contre sa loi ont aussi obligé Justin Trudeau, Andrew Scheer et Jagmeet Singh à répéter sans cesse aux Québécois leur propre opposition.

La campagne sans faille menée par M. Blanchet, sa performance solide aux débats des chefs et son refus de verser dans les attaques personnelles lui ont également valu le respect des électeurs, nationalistes ou non.

Or, au-delà des bons coups de son chef, la renaissance du Bloc est avant tout un produit dérivé de la victoire majoritaire de François Legault en 2018. Laquelle marquait déjà un retour certain du balancier politique vers un nationalisme résolument non souverainiste.

Ce retour répondait en fait aux 15 ans de fédéralisme pur et dur des Jean Charest et Philippe Couillard. Combiné à leur refus de « régler » même minimalement le dossier de la laïcité, le tout a fini par réveiller les eaux nationalistes dormantes depuis la défaite serrée du Oui en 1995.

Du côté conservateur, Andrew Scheer s’est montré particulièrement décevant. Son offre de respecter les « demandes » de François Legault sonnait faux.

Son conservatisme social inquiétant et ses attaques répétées contre la firme SNC-Lavalin lui ont aussi scié les jambes au Québec.

Bonnes planètes

Bref, sur tous les tableaux, le Bloc et son chef ont été bénis d’un alignement exceptionnel de bonnes planètes politiques. Incluant le chapelet d’accusations de « xénophobie » lancées du Canada anglais contre une laïcité québécoise jugée « xénophobe ». Du carburant précieux pour le moteur bloquiste.

Pendant que Justin Trudeau définissait l’élection comme un choix existentiel entre le progressisme libéral et le conservatisme de Scheer, le chef bloquiste se délimitait également un terrain fait nettement plus sur mesure pour l’électorat francophone. M. Blanchet a mis l’emphase sur un nationalisme traditionnel, tout en jouant la carte « progressiste » beaucoup plus en sous-thème.

La vraie question, elle, est toutefois plus complexe. Face à un gouvernement libéral minoritaire, quel sera l’impact réel sur les rapports Québec-Canada de la renaissance d’un Bloc post-souverainiste relié en plus au gouvernement Legault par un cordon ombilical bétonné ?

Face à Justin Trudeau, loin d’être un « ami » des nationalistes québécois, le pouvoir d’influence du Bloc à Ottawa risque en effet de ne pas être à la hauteur de ses propres attentes. À suivre.