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Trudeau face aux deux blocs

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► Chronique rédigée à 23h19

Après le tremblement de terre qu’a représenté l’élection de la CAQ en octobre 2018, c’était hier l’heure de la réplique au fédéral avec l’élection d’un important contingent de bloquistes à la Chambre des communes à Ottawa.

Qui l’eût cru en début de campagne, où même l’entourage d’Yves-François Blanchet se demandait ouvertement si son chef avait vraiment des chances de conquérir Chambly ?

Tenu pour quantité négligeable, sous-estimé, voire méprisé, le Bloc s’est lentement redressé, a profité du statut de négligé, des excellents débats de Blanchet et des déclarations de François Legault pour redevenir un des premiers partis politique fédéral au Québec.

La vague bloquiste s’est finalement matérialisée ; peut-être pas aussi fortement qu’on ne le croyait ces derniers jours, mais tout de même beaucoup plus forte que l’objectif de 20 circonscriptions fixé sans trop d’espoir en début de campagne.

Ce Bloc de 2019 est peut-être plus caquiste que souverainiste pur. Sans abandonner le grand projet, il n’a pas fait campagne sur le pays à faire. Ce sera un défi pour son chef de continuer à se réinventer en ce sens. Il devra naviguer entre un nationalisme idéal pour lui, à la Parizeau, et un autre, celui qui est au pouvoir à Québec, qui s’apparente davantage à celui de Robert Bourassa.

Justin Trudeau a réussi à se maintenir au gouvernement, mais c’est un chef sous surveillance et en sursis. En plus, des turbulences se profilent dans le ciel du Dominion actuellement en proie à de profondes divisions.

Entre le gouvernement Trudeau, aiguillonné à sa gauche par un NPD affaibli, mais rendu nécessaire au gouvernement rouge, et les quelque 35 bloquistes en chambre, le choc s’annonce frontal.

Non à Québec

Pensons aux demandes formelles que François Legault a formulées le 18 septembre : pas de contestation de la loi 21 sur la laïcité ; plus de pouvoirs en immigration ; le rapport d’impôt unique géré par le Québec ; l’assujettissement des entreprises à charte fédérale à la loi 101 (ou à des principes équivalents).

On le sait, à ces suppliques, c’est « non » quatre fois pour Justin Trudeau et Jagmeet Singh. Le Bloc et les quelques rescapés conservateurs batailleront ferme pour forcer le gouvernement Trudeau à agir sur au moins une d’entre elles. Le PLC ne pourra quand même pas totalement fermer la porte, s’il veut, au prochain scrutin (qui pourrait avoir lieu dans 18 mois), reconquérir le Québec.

Le Bloc de l’Ouest

Ce nouveau gouvernement Trudeau minoritaire aura fort à faire aussi avec les demandes de l’Ouest du pays qui l’a rejeté presque en bloc aussi.

Ses promesses environnementales, sa volonté de répondre à l’urgence environnementale se heurteront à la ferme volonté dans l’Ouest de poursuivre le développement des hydrocarbures et de l’ouverture des marchés pour les exporter.

Pour le premier ministre albertain, Jason Kenney, la réélection de Justin Trudeau est une défaite qui risque de le conduire à réaliser sa promesse de faire un référendum sur la formule de péréquation.

Déjà qu’être minoritaire sera un grand défi pour Justin Trudeau, il lui faudra le relever en faisant face à deux blocs.