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Homicide familial: l’histoire sans fin

Un père tue ses 2 enfants et s'enlève la vie

STOCKQMI-POLICE
Photo d'ARCHIVES, LA FRONTIÈRE

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Je ne peux pas croire que je suis encore en train d’écrire là-dessus. C’est une histoire qui arrive hélas! trop souvent et qui se répète, inlassablement. Un père, incapable de “dealer” avec une rupture conjugale, tue ses enfants avant de s’enlever la vie.   

Hier, l’histoire s’est répétée dans un quartier de Montréal. Une femme appelle le 911. Elle vient de découvrir les corps inanimés de deux enfants et d’un homme dans ce qu’on suppose être la demeure familiale. Cette femme, c’est la mère des deux enfants de 5 et 7 ans qui, selon ce qu’on sait jusqu’à maintenant, auraient été sauvagement assassinés. Je dis «sauvagement» parce que les corps portaient des traces de mutilation, selon les intervenants présents sur les lieux. Le père aurait donc tué ses enfants avant de se donner la mort.   

Je ne vous dirai pas que ces enfants-là sont des victimes innocentes. Je ne vous dirai pas non plus que ces deux petits avaient la vie devant eux et que le fait qu'ils soient morts assassinés par leur papa dépasse l’entendement. C’est une évidence. Je ne vous parlerai pas de la mère, dont la vie a volé en éclats un soir d’octobre et qui va sans doute passer le reste de son existence à se demander ce qu’elle aurait dû faire ou ne pas faire pour éviter que cet homme s’en prenne à la chair de sa chair, même si, en vérité, il n’y a sans doute rien qu’elle aurait pu faire ou ne pas faire pour éviter la mort de ses enfants.    

Ce genre de drame est d’une tristesse sans nom et, chaque fois que ça arrive, nous sommes invariablement pris de stupeur et d’incompréhension. Comment un parent peut-il en venir à tuer ses propres enfants? C’est contre nature.   

Et si on essayait de voir plus loin que l’horreur? Parce que je suis fermement convaincue que l’homicide familial est dans bien des cas l’arbre qui cache la forêt.   

C’est certain, il est difficile de ne pas voir un homme qui tue ses enfants comme un effroyable monstre. Mais on oublie trop souvent que derrière ce geste horrible se cache une vérité qu’on ne veut pas voir. Celle des hommes en détresse. On vit dans une société où on fait la promotion de la famille nucléaire. Tu te maries, tu fais des enfants, tu déménages dans une belle petite maison, tu achètes un chien. Tu es censé te contenter de ça et couler des jours heureux jusqu’à la fin.   

L’éclatement de la famille est vu comme un échec et certains hommes voient dans leur famille brisée la représentation de leur échec personnel. Donc, le jour où cette famille dont on a fait la promotion sociale à l’extrême vole en éclats, le jour où, par exemple, leur conjointe les quitte, le rêve de ces hommes éclate en mille morceaux. Et certains hommes, pas tous, sont incapables de faire face à cette rupture qui n’est pas leur choix.     

Ceux-là, ceux qui sont incapables d’y faire face, sombrent dans une profonde détresse, et la spirale de la violence s'enclenche. Ces hommes sont incapables de faire face à la perte de contrôle par rapport à leur univers familial et ne peuvent se représenter en dehors de celui-ci. Ils perdent, en quelque sorte, les fondements de leur identité. Sans cette famille, ils ne sont rien sur l’échiquier social. Ça s’appelle l’effondrement narcissique.   

Je ne suis pas en train de dire que tous les hommes sont des assassins en puissance. Mais force est d’admettre qu’il y a quelque chose qui cloche au pays de la masculinité. Selon la Sécurité publique du Québec, 78,9% des victimes d’homicides familiaux sont de sexe féminin. Selon des chiffres qui datent de 2014, 44 enfants de moins de 12 ans ont été assassinés par un membre de leur famille en une décennie au Québec, ce qui fait d’eux les principales victimes des homicides familiaux. Et les hommes représentent 90,9% des auteurs présumés d’homicides familiaux.  

Certains hommes en rupture amoureuse ont besoin d’aide. On le sait, les meurtres conjugaux et familiaux sont presque toujours précédés d’épisodes de violence ou de signes avant-coureurs. On sait aussi que les hommes, souvent, hésitent à demander du soutien et que peu de ressources existent pour leur venir en aide.   

On a rentré dans la tête de nos gars, depuis qu’ils sont petits, un idéal masculin difficile à soutenir. Les hommes doivent être invincibles, forts et inébranlables. Ce sont les pourvoyeurs de la famille. Il n’est donc pas surprenant que beaucoup d’hommes, pognés dans ces stéréotypes étouffants, préfèrent souffrir en silence quand leur monde s’écroule.     

Oui, les hommes, même les hommes violents, ont besoin d’aide. Et quand je dis ça, ce n’est pas pour mettre de côté la souffrance des victimes ni excuser la violence terrible dont elles font l’objet. Loin de là. Mais en accompagnant ces hommes-là, on empêche souvent le pire de se produire. On empêchera peut-être l’appel d’une mère au 911. Une mère qui aura découvert ses enfants inanimés sur le carrelage de la maison familiale. L’équation est simple: si les agresseurs obtiennent de l’aide et du soutien, il y aura moins de victimes.   

Geneviève Pettersen anime Les Effrontées tous les jours en semaine, de 13h à 15h, sur QUB radio.   

De grâce, si vous avez besoin d’aide, demandez-en. Ça ne fait pas de vous des sous-hommes ou des êtres faibles.    

Ligne québécoise de prévention du suicide:  

1 866 277-3553 (1 866 APPELLE)