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Legault en position de force... pour l’instant

François Legault
Photo Simon Clark François Legault

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François Legault sort grand gagnant de l’élection fédérale, du moins à court terme. Mais pourrait-il éventuellement regretter d’avoir soufflé sur les braises du mouvement souverainiste ?

Déjà, hier, le premier ministre du Québec a semblé prendre ses distances avec le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

M. Legault a tenu à préciser que son interlocuteur à Ottawa est d’abord et avant tout Justin Trudeau.

Pendant ce temps, le Parti québécois jubilait devant la percée inespérée de son cousin fédéral.

Il y a longtemps que le mouvement souverainiste n’a pas eu une occasion de fêter.

Les Québécois ont été nombreux à tourner le dos aux libéraux de Justin Trudeau, lundi soir. Quoiqu’honorable, la performance du premier ministre du pays au Québec a de quoi décevoir.

Son plan devant le conduire à un second mandat majoritaire n’a fonctionné qu’à moitié. L’Ontario a répondu à l’appel et le NPD s’est effondré comme prévu. Mais le Québec, lui, a refusé de coopérer.

Changement d’attitude

Dans un discours de victoire étrangement triomphaliste et peu inspiré, Justin Trudeau a réservé ses remarques les plus intéressantes aux Québécois.

« J’ai entendu votre message. Vous voulez continuer à avancer avec nous, mais vous voulez que la voix du Québec porte encore plus à Ottawa », a-t-il clamé.

Dans l’entourage du premier ministre Trudeau, on souligne qu’un changement d’attitude s’impose. Les Québécois sont particulièrement sensibles à la stature de leurs chefs d’État.

À ce titre, Justin Trudeau n’a pas toujours été à la hauteur. Au cours de son premier mandat, le chef libéral s’est infligé des blessures inutiles.

Le voyage catastrophique en Inde a fait mal. Le refus obstiné de mettre au pas les géants du web aussi.

Concernant une éventuelle contestation de la loi 21, le clan Trudeau met désormais deux paires de gants blancs lorsqu’il aborde le sujet.

Il n’en demeure pas moins que les libéraux auront toujours de la pression du reste du Canada pour qu’ils assistent ceux qui souhaitent casser la loi québécoise sur la laïcité.

Regrets ?

François Legault profite donc d’une conjoncture intéressante.

D’un côté, le Bloc lui servira de porte-voix à Ottawa et à la Chambre des communes. Si le fédéral refuse de coopérer dans certains dossiers, M. Legault aura toujours le loisir d’activer ce joker.

Il a aussi devant lui un partenaire fédéral affaibli qui sera enclin à démontrer sa bonne foi aux Québécois.

François Legault et le conservateur Andrew Scheer partagent davantage d’atomes crochus. Mais Justin Trudeau n’aura d’autre choix que de se montrer conciliant.

En remettant le Bloc sur les rails, Yves-François Blanchet est devenu en quelques semaines le principal porteur du flambeau souverainiste. Le chef bloquiste n’y serait peut-être pas arrivé sans l’aide du premier ministre québécois.

Cela dit, on peut penser que de nombreux électeurs bloquistes ne sont pas nécessairement des indépendantistes convaincus.

François Legault a fourni une tonne de munitions à Yves-François Blanchet pour l’aider à combattre ses adversaires libéraux et conservateurs durant la campagne. Des munitions qui pourraient peut-être se retourner contre lui si un Parti québécois plus motivé réussit à reproduire la recette gagnante du Bloc.