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Une victoire à la Pyrrhus?

GEN-
Photo Agence QMI, Steve Madden La résurgence du Bloc québécois est réelle, mais elle n’est pas suffisante pour lui donner la « balance du pouvoir ».

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Personne ne peut reprocher aux souverainistes de se réjouir des 32 sièges remportés par les bloquistes à la sueur de leur front. Après leur longue traversée du désert depuis la vague orange de 2011 et la chute du Parti québécois, leur chef Yves-François Blanchet a tout à fait raison de conclure à la renaissance de son parti.

Leurs réjouissances risquent néanmoins d’être brèves. À 157 sièges sur 338, le gouvernement libéral de Justin Trudeau est certes minoritaire, mais pour obtenir la confiance majoritaire de la Chambre des communes lorsqu’il en aura besoin, il ne lui manquera que 13 votes favorables.

Pour le Bloc, la nouvelle n’est pas bonne. À 32 sièges, la résurgence du Bloc est réelle, mais elle n’est pas suffisante pour lui donner la proverbiale « balance du pouvoir ». Cette dernière appartient au NPD. Malgré sa déconfiture sous Jagmeet Singh, ses 24 sièges lui suffiront en effet à soutenir le gouvernement Trudeau lorsque nécessaire.

Confirmation

Le fait est que les affinités idéologiques du NPD et du PLC seront suffisamment nombreuses pour faciliter cette nouvelle dynamique parlementaire. Ce qui, pour le Bloc et le premier ministre François Legault, anéantit en bonne partie leur espoir de voir le Québec sortir de cette élection avec un rapport de forces nettement plus musclé face au fédéral.

En cela, le résultat du scrutin n’est que le dernier épisode en date de la marginalisation politique du Québec au sein de la fédération canadienne depuis les échecs de l’accord constitutionnel du lac Meech en 1990 et du référendum de 1995. Certains nieront la réalité. Elle n’en reprend pas moins ses droits à la moindre occasion.

Que les libéraux et les conservateurs courtisent le vote québécois aux élections va sans dire. Toutes leurs belles déclarations d’amour ne débouchent pas pour autant sur leur offre d’un accroissement tangible des pouvoirs du Québec. Et encore moins, d’une reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise.

Le Québec coupé en deux

Même avec 32 sièges, le Bloc n’y pourra rien. Il fera ses « demandes » à Justin Trudeau. Poliment, il les écoutera. Si elles sont le moindrement substantielles, il les ignorera. Au Québec, le PLC a d’ailleurs lui-même raflé 35 sièges, soit trois de plus que le Bloc. Sans compter que son deuxième mandat, même minoritaire, M. Trudeau le doit à l’Ontario.

Quant au premier ministre François Legault, auprès de son propre électorat nationaliste, il a beau jeu de s’entêter à exiger de Justin Trudeau qu’il ne conteste pas en cour la loi 21 sur la laïcité. Il peut même déclarer, comme il l’a fait hier, qu’il n’a même pas la « légitimité » pour le faire.

La réalité dit pourtant le contraire. M. Trudeau a toute la légitimité pour appuyer éventuellement les recours déjà lancés contre la loi 21. Surtout, il en a le pouvoir. Par ailleurs, qu’il les appuie ou non ne changera rien à leur dénouement à la Cour suprême.