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«Le ravissement»: passage inusité à l’âge adulte

«Le ravissement»: passage inusité à l’âge adulte
PHOTO COURTOISIE/Yanick Macdonald

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C’est à un rendez-vous singulier avec l’obéissance, les relations de pouvoir et les désirs que nous convie la pièce «Le ravissement» sur les planches du Théâtre de Quat’Sous.

Cette création d’Étienne Lepage mise en scène par Claude Poissant présente Arielle, une femme de peu de mots, qui le jour de ses 18 ans, décide de ne plus se soumettre à ce que ses proches veulent d’elle.

Face à sa mère, incarnée par une convaincante Nathalie Mallette, elle refuse de rester pour son souper d’anniversaire, minutieusement organisé sans qu’elle n’ait été consultée. Malgré les menaces, elle ne plie pas.

En tête à tête avec son copain, interprété par Simon Landry-Désy, cette nouvelle adulte rejette son adonis qui passe alors de l’incompréhension à la rage.

Ensuite, allant à la rencontre de son séduisant et vaniteux patron, joué par Étienne Pilon, Arielle reste indécise, puis résolue à ne pas se laisser emberlificoter par cet homme de pouvoir.

Ces trois protagonistes tentent ainsi de la contraindre, mais peine perdue. La trame bascule alors puisque les forts deviennent les faibles dans cette œuvre qui flirte avec l’absurde.

«Le ravissement»: passage inusité à l’âge adulte
PHOTO COURTOISIE/Yanick Macdonald

Noire et froide

L’unidimensionnalité voulue des personnages, leur distanciation par rapport à leurs émotions, la virulence de leurs comportements, la froideur de l’héroïne et un texte truffé de tautologies (du genre «on est ce qu’on devient et on devient ce qu’on est») renforcent le caractère inusité de cette histoire.

Le mystère entourant la jeune femme, dont les désirs et les motivations restent masqués, contribue au minimalisme du récit. Ses nombreux silences et son stoïcisme sont rendus à merveille par la comédienne Laetitia Isambert.

Puisqu'elle côtoie des gens qui nous montrent tous une facette fort déplaisante, cette œuvre est noire et froide, sans toutefois verser dans le tragique.

La scénographie est sobre, laissant la place au jeu fort maîtrisé des comédiens. Le texte se révèle original avec ses dialogues souvent marqués par des répétitions, donnant ainsi un effet caricatural aux personnages. Leurs souffrances n’émeuvent guère. Elles servent avant tout à souligner l’absurdité de leurs exigences, leur désir de contrôle et leur peur du changement.

Le tout se termine avec un cinquième intervenant (Reda Guerinik), chargé d’une sale besogne. Comme Arielle, il ne parle pas beaucoup. Mais contrairement à elle, il fait ce qu’on lui demande...

«Le ravissement» est présentée au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 16 novembre.