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Compter ses forces

Compter ses forces
AFP

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Pendant qu’ici on soupèse le pour et le contre de la nouvelle donne avec l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire au Canada, alors qu’une bonne partie des indépendantistes québécois ont accepté de jouer le jeu des élections fédérales tout en sachant que ce processus ne pouvait aboutir à l’indépendance mais servait peut-être, en fin de compte, à mesurer nos forces face à un adversaire aux multiples visages, conservateurs, libéraux, NDP/NPD et QS, plus au sud, ça joue dur et ça saigne. 

Une bonne partie de l’Amérique latine est à feu et à sang. Répressions violentes et bains de sang, assassinats sélectifs comme en Colombie et au Honduras, emprisonnements et faux procès, couvre-feu, campagnes médiatiques de dénigrement, bruits de bottes menaçants, destruction et spoliation du territoire, tels sont les moyens variés mis de l’avant par ceux qui refusent les changements démocratiques auxquels aspirent la grande nation latino-américaine. 

Il y a deux semaines, en Équateur, une bonne partie de la population, dont une majorité d’autochtones, ont manifesté dans les rues de la capitale, Quito, pour protester contre les hausses du prix des carburants qu’avait ordonnée le transfuge Lenin Moreno, président du pays et auparavant membre du gouvernement socialiste de Rafael Correo, avant de virer sa veste de bord. Après avoir envoyé l’armée pour réprimer sauvagement manifestants et grévistes, Moreno avait dû céder devant la protestation populaire et avait entrepris alors une série de rencontres avec les mouvements autochtones pour gagner du temps et apaiser les tensions. Mais voici que ce dialogue est rompu et les syndicats ont appelé à une nouvelle manifestation pour le 30 octobre. Ce mécontentement contre les restrictions budgétaires et les hausses de toute sorte a ses origines dans la politique économique imposée par le Fonds monétaire international (FMI). 

Au Chili, plus au sud, c’est encore le même FMI qui sème la colère, en imposant ses politiques néolibérales. Depuis une semaine, les étudiants et les travailleurs ont envahi les rues au son des casseroles et ce ne sont pas les timides mesures du gouvernement de droite qui vont les apaiser, ni la répression sanglante de l’armée qui rappelle la sinistre période de la dictature de Pinochet. Le Chili présente un triste bilan, celui du plus grand écart entre les plus riches et les plus pauvres en Amérique latine. Cette fois-ci, même la classe moyenne exprime son mécontentement. On exige maintenant la démission du président du pays, Sebastian Piñera, qu’on accuse d’avoir ordonné le massacre dans les rues de la capitale au cours duquel ont été tuées au moins quinze personnes et détenues plus de 5000 manifestants. 

En Bolivie, petit pays au centre de l’Amérique latine, sans accès à la mer, mais qui fonctionne sans une véritable ambassade étatsunienne sur son territoire, le président sortant Evo Morales a affirmé, au cours des dernières heures, avoir remporté les élections avec une majorité de 10%, évitant ainsi un ballotage et second tour. Mais les forces d’opposition, dont le jupon aux couleurs du drapeau étatsunien dépasse largement, appellent à protester contre l’élection tout à fait légitime de Morales, rejouant la carte archi usée du coup d’État de velours. Incapable d’admettre une autre défaite, face au bilan des plus positif du gouvernement socialiste, l’opposition accuse Evo Morales et son parti, le MAS, d’avoir truqué les élections, une opération maintes fois répétée, au Venezuela, entre autres. Le pire est à craindre là aussi. 

En Haïti, le pays est en convulsion depuis des semaines et des mois et là encore, le feu aux poudres a été mis par le FMI et ses directives de hausser le prix de l’essence, entraînant des hausses en cascades des produits de première nécessité. On demande la démission du président Jovenel Moïse, qui n’a absolument rien fait depuis trois ans pour améliorer le sort de ses commettants. 

Mais il y a une embellie dans ce ciel orageux. On surveillera avec une certaine joie, en fin de semaine, les élections en Argentine où la gauche risque fort de l’emporter. Une victoire qu’on pourrait attribuer au FMI, car cet organisme honni est responsable du mécontentement populaire, qui fera de l’actuel président Macri, le futur chef de l’opposition.