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Bande dessinée: un grand album de plus

<b><i>Un jour de plus</i></b><br>
Philippe Girard<br>
Éd. Nouvelle Adresse
Photo courtoisie Un jour de plus
Philippe Girard
Éd. Nouvelle Adresse

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Alors que la rentrée culturelle québécoise automnale s’avère particulièrement riche en bandes dessinées tous azimuts, voilà qu’une nouvelle structure éditoriale lance un album de Philippe Girard en guise d’acte de naissance.

Vingtième album en carrière, Un jour de plus aborde la thématique de la mort. Omniprésente dans le corpus de Philippe Girard, l’inéluctable finalité n’est toutefois pas abordée avec réalisme comme ce fut le cas précédemment dans Les Ravins ou La visite des morts, mais plutôt avec un angle mystique. Pour l’occasion, l’auteur ramène le personnage de sa grand-mère, qui tenait la vedette de La mauvaise fille. « J’avais envie de la revoir. J’ai longuement réfléchi à la manière dont je m’y prendrais. Je me suis notamment inspiré du rapport que mon amoureuse entretenait avec sa grand-mère, de la route qu’elle faisait pour aller la visiter dans un hôpital de Rimouski », raconte-t-il à l’autre bout du fil. « Les grands-parents sont là pour transgresser les interdits avec leurs petits-enfants. Ce fait laisse place à beaucoup de fantaisie. »

Girard y raconte le récit d’une vieille dame qui se voit octroyer un jour de plus sur son lit de mort, en étant de surcroit affublée du pouvoir divin de soigner ou ressusciter quiconque est touché par sa main. S’ensuit un haletant road movie à la Thelma et Louise, alors que la miraculée et sa petite fille prennent la fuite afin d’aller régler une vieille querelle familiale. Pour l’occasion, l’artiste change d’outil, aborde son découpage d’un angle inédit, question de repousser ses limites. Résultat ? Il y livre un album d’une puissance et d’une intensité rares, dont le trait et la mise en page nous subjuguent par tant de beauté et d’inventivité. Philippe Girard confirme non seulement son statut d’auteur incontournable du 9e art national, il se pose comme grand explorateur formel du médium. Un jour de plus nous va droit au cœur et nous habite bien longtemps après avoir tourné la dernière page.

Nouvelle adresse

C’est chez Nouvelle adresse, pilotée par Renaud Plante et Marie-Claude Pouliot, que l’artiste a choisi de publier son album le plus abouti à ce jour. Rien d’étonnant, car c’est ce même duo qui fut à la tête de la relance de Mécanique Générale en 2013, alors qu’était lancé comme premiers titres Non-Aventures de Jimmy Beaulieu et Lovapocalypse de Philippe Girard, soit deux des six cofondateurs de la première mouture de Mécanique Générale en 2001. Toute est dans toute, comme le veut l’adage populaire.

Arrimée à la structure éditoriale Front Froid, Nouvelle adresse comptera sur la fidélité de plusieurs auteurs dont les projets d’album étaient déjà amorcés avant le départ de Plante et Pouliot de MG il y a un an afin de se forger une identité propre. « J’ai suivi Renaud, car il s’était déjà beaucoup impliqué dans l’élaboration de l’album. Nous en sommes à notre quatrième collaboration. J’ai profité de ce sursis inespéré d’un an afin de laisser mon récit se déposer, pour creuser davantage. »

Un jour de plus lance avec aplomb le jeune catalogue d’un nouvel éditeur qui saura à n’en point douter se positionner avec éloquence dans le riche et diversifié écosystème de la bande dessinée québécoise.

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