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Des lieux mythiques

<b><i>Les lieux de pouvoir au Québec</i></b><br/>
Marco Bélair-Cirino et Dave Noël<br/>
Éditions Boréal
Photo courtoisie Les lieux de pouvoir au Québec
Marco Bélair-Cirino et Dave Noël
Éditions Boréal

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Quand on parle des lieux de pouvoir, on pense aussitôt au « bunker » à Québec, fréquenté par sept premiers ministres, au siège social d’Hydro-Québec à Montréal cher à Jacques Parizeau, à la tour du 2001 de la rue McGill College, devant laquelle on venait manifester à répétition et où se réfugiait le premier ministre Jean Charest, lorsqu’il était de passage à Montréal.

Mais pour ceux qui suivent la politique de très près, comme les journalistes parlementaires, ces lieux de pouvoir sont beaucoup plus nombreux et fourmillent d’anecdotes.

L’édifice Honoré-Mercier, érigé entre 1922 et 1925, a connu plusieurs vocations. Maurice Duplessis l’a occupé pendant plus de dix-huit ans. Du temps où il dirigeait les destinées du Québec, Philippe Couillard avait transporté dans son bureau de l’édifice Honoré-Mercier, à Québec, sa collection d’albums de Tintin, dont Objectif Lune et On a marché sur la lune, ses préférés, ainsi que des figurines à l’effigie du célèbre reporter globe-trotteur. « Les Belges, comme ils savent que j’aime bien Tintin, ils m’apportent toujours un truc », avoue-t-il candidement.

C’est dans cette même enceinte que débat le Conseil des ministres, en toute confidentialité. D’ailleurs, Jean Charest invitera ses ministres à laisser leur téléphone cellulaire à l’extérieur, sur une étagère.

En 1970, les bureaux du PM déménageront dans le « bunker » de l’avenue Grande-Allée, avant de revenir à l’édifice Honoré-Mercier trente ans plus tard, avec Bernard Landry. « Le bunker, ça faisait pic pic pas mal », aux dires du président de l’Assemblée nationale Jean-Pierre Charbonneau. Aujourd’hui, le PM François Legault a toujours son bureau dans l’édifice Honoré-Mercier.

Le bunker, dont la construction a commencé sous le gouvernement unioniste de Daniel Johnson, a été surnommé ainsi par le journaliste Jacques Guay au cours d’une visite de presse. Avec sa structure austère en béton, ses fenêtres blindées en meurtrière qui ne s’ouvrent pas, son apparence extérieure de radiateur, son contrôle électronique à l’accès limité, son passage souterrain, son héliport sur le toit, le complexe « J » a tout d’une place forte. Selon Lisée, qui a fréquenté le bunker alors qu’il faisait partie de la garde rapprochée de messieurs Parizeau et Bouchard, « ça induisait le secret ».

Beaucoup à découvrir

En 1976, René Lévesque y fait son entrée, non sans exprimer certaines grimaces, selon les auteurs, en raison de l’austérité des lieux. Il y fait la découverte, au rez-de-chaussée, du fameux Centre d’analyse et de documentation (CAD), la « police politique de Bourassa », où des milliers d’individus et de groupes populaires potentiellement dangereux sont fichés. La majorité de ces dossiers seront déchiquetés le 31 mars 1977.

En janvier 1996, Lucien Bouchard s’y installe. Tout comme Robert Bourassa, il en fera aussi sa garçonnière où « il mène pendant cinq ans une vie ascétique digne d’un moine cloîtré ».

C’est dans cette salle aux allures de « war room » ou de « soucoupe volante » que Camille Laurin soumet au Conseil des ministres ses sept versions de son projet de Charte de la langue française. La loi 101 sera adoptée par l’Assemblée nationale le 26 août 1977. C’est là aussi que sera couchée sur papier la fameuse question du référendum du 20 mai 1980.

On apprend qu’avant d’être situés dans la tour d’Hydro-Québec, les bureaux du PM à Montréal sont situés dans l’ancien Palais de Justice, rue Notre-Dame.

Les auteurs passent en revue plusieurs autres lieux de pouvoir, y compris celui qui s’exerce dans les airs, sur les autoroutes ou autour d’une table, au restaurant.

Un livre vraiment divertissant, étonnant et instructif.