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Gala de l’ADISQ: les marginaux ripostent

Alexandra Stréliski est en nomination dans six catégories au gala de l’ADISQ.
Photo courtoisie, Raphael Ouellet Alexandra Stréliski est en nomination dans six catégories au gala de l’ADISQ.

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Mario Pelchat ferait mieux de s’y faire. Les artistes émergents ou issus de ce qu’on appelle le champ gauche musical n’ont pas fini de triompher au gala de l’ADISQ. Après Klô Pelgag et Hubert Lenoir en 2018, c’est au tour d’Alexandra Stréliski et de Les Louanges de convoiter les prix les plus importants de la fête annuelle de la musique québécoise.

De quoi décontenancer encore plus Mario Pelchat. Le producteur et chanteur avait soulevé une controverse, l’an dernier, quand il avait affirmé que Guylaine Tanguay, et non Klô Pelgag, aurait dû gagner le Félix de l’interprète féminine de l’année. Il avait aussi déploré que l’académie préfère honorer les artistes marginaux au détriment des artistes populaires.

La réponse de l’ADISQ? Dérouler son tapis rouge sous les pieds de deux artistes que personne ou presque n’avait sur son radar il y a 12 mois à peine.

Avec six nominations artistiques chacun, la pianiste Alexandra Stréliski et Vincent Roberge, le jeune Lévisien derrière le projet Les Louanges, partent grands favoris de la 41e remise des prix Félix. C’est même la première fois que les deux artistes ayant obtenu le plus de citations proviennent de la relève, a confirmé la productrice des galas de l’ADISQ, Julie Gariépy.

Ce n’est plus inaccessible

«On a fessé fort.» Au bout du fil, Alexandra Stréliski se réjouit de ses nominations tout en observant que l’ADISQ, depuis qu’elle a modifié ses règles de votation, a changé. Auparavant, quand elle regardait le gala dans son salon, avoir une place à ce gala lui semblait inaccessible pour une artiste comme elle.

«J’observais que c’était souvent Marie-Mai, et moins des artistes un peu plus champ gauche. [...] Je constate que l’industrie est en train de donner une très belle place à la musique instrumentale. En plus, je suis une femme. Je ne suis pas un cliché de ce qui est habituellement nommé à fond à l’ADISQ.»

En lice dans la catégorie révélation de l’année, la rappeuse Sarahmée applaudit le virage pris par l’ADISQ. «C’est une bonne chose. La musique évolue. Après, il faut que le reste suive. Si les institutions en place ne suivent pas, il y a un décalage. Mais c’est de mieux en mieux. La radio, c’est encore difficile, mais ça, c’est un autre sujet. On est persévérants. Et on les aura.»

La fin du clivage

Révélée en 2003 au gala de l’ADISQ grâce à son album Aquanaute, et en lice pour quatre Félix cette année, Ariane Moffatt estime que le clivage entre la musique alternative et la musique populaire tend à s’estomper.

«Quand j’ai commencé, on avait tendance à catégoriser davantage et donner plus de valeur artistique à la musique champ gauche. Aujourd’hui, les jeunes qu’on qualifierait d’alternatifs ont aussi envie de rejoindre le grand public», dit-elle en donnant justement en exemple Les Louanges et Hubert Lenoir.

«Ils ont faim, ils ont beaucoup d’ambition, et ce n’est pas une question de savoir si c’est pointu ou si c’est pop.»

Le défi de durer

Mais, parole de vieux sages que sont Ariane Moffatt et Richard Séguin, obtenir la reconnaissance de l’ADISQ ne garantit rien pour la suite des choses. «La grande préoccupation de tout le monde dans ce métier, ce n’est pas d’émerger, mais de durer», dit celui qui, à 67 ans, lorgne le Félix de l’album folk pour son Retour à Walden — Sur les pas de Thoreau.

La longévité, voilà ce qui fait la fierté d’Ariane Moffatt, heureuse de constater qu’elle est «encore dans les plus nommés et de sentir, presque 20 ans plus tard, qu’on reconnaît ma démarche».

Vingt ans de succès. C’est la grâce que se souhaitent certainement Alexandra Stréliski et Vincent Roberge.


♦ Le 41e gala de l’ADISQ sera présenté demain, à 19 h 30, à Ici Radio-Canada Télé.

 

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